Inscrit dans le programme Euromed Heritage initié par
la Commission Européenne, le projet « Qantara. Patrimoine
méditerranéen : traversées d’Orient
et d’Occident » consiste à réaliser
une base de données consultable par internet et qui intègre
l’ensemble des supports multimédia : textes, images
fixes et animées, réelles ou de synthèse,
documents sonores et, également, des bornes inter-actives.
En outre, une exposition itinérante et une publication
en français, arabe, espagnol et anglais, viendront compléter
ce dispositif informatique à l’issue des trois années
qui lui ont été imparties pour sa réalisation.
L’objectif de la base de données Qantara est de
recenser le patrimoine et le fonds artistique arabo-musulmans
répartis sur les rives de la Méditerranée
avec la volonté de mettre en lumière tous les éléments
susceptibles de rapprocher des populations trop souvent ancrées
dans leurs particularismes. À terme, il s’agit de
rendre sensible et évident, par le biais d’une analyse
transversale portant sur des exemples concrets, le partage de
valeurs culturelles communes.
L’architecture et le décor architectural, les objets d’art mais aussi les techniques et les savoir-faire sont considérés selon un critère de « transversalité », c’est à dire en montrant comment des phénomènes d’interférences se produisent et se communiquent autour de la Méditerranée, non seulement entre pays musulmans riverains, mais aussi comment ils touchent, dans bien des cas, les pays européens de la rive opposée.
La période chronologique prise en compte s’étend de l’avènement de l’Islam jusqu’au xixe siècle. Ainsi sera donné à voir et à comprendre tout ce qui témoigne de la fécondité des échanges dans cet espace géographique ouvert sur la mer et qui a suscité, au delà des contraintes de l’Histoire, des passerelles entre les choses et une sensibilité commune, voire une identité partagée entre les habitants. Cette histoire seconde, qui est celle du patrimoine matériel et artistique, surclasse les antagonismes classiques entre mondes musulman et chrétien, et transcende les différences entre Orient et Occident. On verra comment l’histoire politique : expansion de l’islam, croisades, Reconquête espagnole, Empire ottoman, colonialisme, n’a pas oblitéré le dialogue des formes, la circulation des objets, la propagation des influences et des concepts.
Le corpus analysé par Qantara rendra compte de ce phénomène de civilisation et se prêtera à une véritable approche trans-historique. Ainsi les minarets à section carrée de la mosquée des Omeyyades de Damas seront à l’origine du minaret de la mosquée Sîdî ‘Uqba de Kairouan qui, lui-même, sera le lointain ancêtre du minaret de la Kutubiyya de Marrakech dont la Giralda de Séville donnera, à la fin du xiie siècle, une nouvelle et parfaite formulation. Ainsi de ces céramiques dorées de Valence et de Manisès qui font revivre dans l’Espagne du xve siècle des procédés mis au point six-cents ans auparavant par les potiers de l’Orient abbasside. On aura la même démonstration à propos d’une soierie musulmane apportant ses motifs aux sculpteurs de la France romane ou d’un verre de Murano conçu et fabriqué pour l’Égypte mamelouke.
En dégageant des thèmes fondamentaux et communs à tous : comme l’eau et le jardin, la géométrie, la représentation figurative, ou encore la calligraphie, Qantara renforcera l’articulation et la cohésion de sa base de données et invitera à une découverte multiforme, mais cependant architecturée, des diverses expressions artistiques qui se sont entrecroisées d’une rive à l’autre du Bassin méditerranéen.
Cette base a été mise en œuvre par un consortium de sept partenaires – France, Espagne, Maroc, Algérie, Tunisie, Liban, Jordanie – et un partenaire invité – l’Égypte – qui, tous, ont bien voulu accepter de participer à un projet initié et piloté par l’Institut du monde arabe. Tous connaissent admirablement le patrimoine du pays qu’ils représentent et tous ont accepté, non seulement d’en verser les éléments les plus significatifs à la base de données de Qantara, mais aussi de les mettre en correspondance avec les œuvres des pays partenaires. Il va sans dire que ce corpus s’est établi grâce à des échanges nombreux et grâce aux conseils et aux remarques d’un comité scientifique réunissant des personnalités d’horizons variés. Tout cela tend à stimuler la réflexion de chacun sur la mise en perspective de son patrimoine.
Qantara comprend un volet de recherche et un volet d’application
informatique. Il donnera à tous les consultants les outils
nécessaires pour apprécier, découvrir et
interroger le patrimoine arabe dispersé autour de la Méditerranée. À terme,
le programme ambitionne :
•
l’étude, la préservation et la mise en valeur
du patrimoine matériel : monuments, sites archéologiques,
objets d’art, intégrés dans leur environnement.
•
la sensibilisation à l’égard de ce patrimoine
; l’amélioration et la diffusion de sa connaissance,
tant auprès des populations locales qu’étrangères.
•
une retombée économique pour les populations conservant
ce patrimoine en liaison avec l’industrie du tourisme culturel,
puisqu’il s’avère que le patrimoine fait partie
des sources
de développement stratégique pour l’ensemble
des pays méditerranéens.
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