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Citadelle de Baalbek

  • Nom : Citadelle de Baalbek
  • Lieu : Plaine de la Beqaa, Liban
  • Date/période de construction : XIIe-XIVe siècles
  • Matériaux de construction : Pierre, marbre

L’antique Héliopolis, conquise en 635 par les Arabes, prit le nom de Ba‘albak au VIIe siècle, comme l’indiquent ses émissions monétaires[1]. Durant les premiers siècles de la période islamique, elle aurait acquis le statut de ville (madîna), et été dotée d’une enceinte et d’une grande moquée. Mais ce n’est qu’à la suite de la conquête de la Syrie par les Seljukides, alors qu’elle jouait un rôle stratégique dans la lutte contre les Croisés, que ses fortifications furent renforcées. Sous le règne de l’émir Zangî (m. 1146) et de son fils Nûr al-Dîn, le sanctuaire romain fut transformé en citadelle. Cette pratique de construction de forteresses sur des sites antiques se retrouve en Syrie à Bosra et à Palmyre, mais aussi dans d’autres régions comme le Sud de la France, avec Nîmes et Arles.

Suite à l’invasion mongole de 1260, les Mamluks entreprirent la reconstruction de la ville. Les derniers aménagements de la citadelle eurent lieu sous le règne du sultan Qalâ’ûn et de ses descendants, jusqu'en 729H./1328-29. Si les auteurs de l’époque médiévale mentionnent la présence d’un grand nombre d’édifices à Baalbek, seuls la citadelle, les vestiges de quatre mosquées et trois mausolées témoignent de sa période de prospérité. La ville a en effet décliné après sa conquête par les Ottomans en 1517. Durant cette période, il semble qu’une partie de l’habitat se concentra à l’intérieur de la citadelle, car des fouilles menées dans la cour du temple de Jupiter ont mis à jour les fondations d’habitations modestes.

La transformation du temple de Jupiter en citadelle a consisté à en murer les portes et les portiques, et à réaménager le sommet des murs romains en chemins de ronde, scandés de meurtrières et de mâchicoulis. À l’époque ayyubide, un palais et un grand réservoir furent ajoutés, mais ils ont complètement disparus ; des fouilles archéologiques ont permis de les localiser dans la grande cour du temple de Jupiter, sur le site de la basilique byzantine. La citadelle fut également agrandie vers le sud-ouest en incluant le temple de Bacchus, transformé plus tard en donjon. Une mosquée et de larges portiques furent aussi ajoutés, et la citadelle fut entourée d’un fossé. Les réfections mameluks se concentrèrent sur le donjon qui servit, avec la tour sud, de palais et fut séparé du reste de la citadelle par un fossé intérieur. De ce palais, seule la tour sud est préservée. De plan cruciforme à îwâns, elle est flanquée aux angles de petites chambres de tir percées d’archères à niches.

Située au sud-ouest de la citadelle, la mosquée, dont la date de construction est inconnue, est, comme toutes les autres constructions médiévales, construite en pierre de remploi. Elle est de plan arabe : sur la cour entourée d’un portique s’ouvre la salle de prière ; les quatre nefs de la salle, parallèles au mur qibli et délimités par des colonnes surmontées de chapiteaux romains et paléochrétiens, supportent des arcs brisés. L’arcade centrale, dans l’axe du mihrâb, est plus large que les autres. L’inscription la plus ancienne trouvée en ce lieu date de 1238 et mentionne le don d’une madrasa proche, postérieure à la mosquée. Par ailleurs, une vingtaine d’édits mamlûks sont gravés sur les murs extérieurs de la mosquée, selon la pratique typique de la dynastie de graver sur pierre des décrets officiels relatifs aux taxes, que l’on retrouve à Tripoli[2]. Les édits de Baalbek donnent des informations importantes sur l’économie de la ville.

De grandes quantités de tessons de céramique, datant des époques ayyubide et mamluke, ont été découvertes à l’intérieur de la citadelle, ainsi qu’à l’extérieur, notamment à Bustân al-Khân. En cours d’étude, ces tessons provenant de toutes les régions de l’empire, indiquent que la ville était au centre d’un large réseau commercial. Mais à ce jour, aucun four de potier ou autre indice d’une production locale n’a été trouvé. Les autres trouvailles incluent des verres[3] et des fragments de revêtements muraux en marbre gravés de motifs de pampres, dont la provenance (mosquée, palais ?) n’est pas encore déterminée.

NOTE

[1] Fils omeyyade, Beyrouth, Musée Archéologique de l’Université américaine, C 83.2

[2] Madrasa al-Qartawiya, Tripoli.

[3] Flacon en verre, Berlin, MFIK, I.3300

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Daiber, V., « The Fine Wares from Medieval Baalbek » in BAAL, H.S 4, 2007, p. 289-317.

Gaube, H., « Islamic Baalbek: The qal'ah, the mosques and other buildings » in Baalbek, Beyrouth, Stuttgart, 1999, in Kommission bei Franz Steiner Verlag, p. 305-331.

Jidejian, N., Baalbek, Heliopolis « City of the Sun », Beyrouth, 1975, Dar El-Machreq.

Sobernheim, M., « Die arabischen Inschriften », in Baalbek, Ergebnisse der Aus rabungen und Unterschungen in den Jahren 1898 bis 1905, vol. 3. Berlin, Leipzig, 1921-1925, Walter de Gruyter, p. 12-40.

Van Ess, M., Heliopolis Baalbek 1898-1998 à la découverte des ruines, Berlin, Beyrouth, 1998.



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