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Statuette de musicienne

  • Titre / dénomination : Statuette de musicienne
  • Lieu de découverte : Fouilles de Fustât, Egypte
  • Date / période : XIe siècle
  • Matériaux et techniques : Bronze coulé
  • Dimensions : H. 5 cm, L. 3 cm
  • Ville de conservation : Le Caire
  • Lieu de conservation : Musée d’art islamique
  • Numéro d'inventaire : 6983

La représentation des plaisirs princiers est un thème récurrent dans le monde islamique, de l’Espagne à l’Iran. Avec la danse, la boisson et la chasse, la musique est l’une des composantes de cette iconographie des plaisirs. Selon les sources historiques, elle fut cultivée par la plupart des califes fâtimides, et  pouvait être jouée en plusieurs occasions : lors de fanfares militaires, après la chasse ou encore à l’occasion de fêtes privées. Dans ces dernières, se produisaient, pour le plaisir de la haute société, autant des danseuses, des chanteuses que des instrumentistes. C’est dans ce contexte qu’il faut envisager la petite figurine de musicienne retrouvée dans les fouilles de Fustât.

Assise à l’orientale, la jeune femme est parée de deux bracelets et d’une coiffe avec de gros cabochons. Ses yeux en amande et sa chevelure longue, tombant de chaque côté du visage pourraient évoquer des modèles iraniens, mais sont en fait des traits fréquents dans les représentations du monde médiéval méditerranéen. Elle tient un tambourin, instrument déjà présent en Égypte pharaonique et très répandu au Moyen Âge dans tout le monde méditerranéen, en Orient[1] comme en Occident[2]. Le calife al-Mustansir (r. 1036 – 1094), grand amateur de musique, avait, dit-on, fait cadeau à l’une de ses favorites d’une résidence le long du Nil connue sous le nom de « La terre des femmes tambourinaires ».

On trouve des représentations de musiciens dans une grande variété de matériaux : bijoux en métaux précieux[3], céramiques lustrées[4], tissus… La statuette du musée du Caire est l’une des rares ronde-bosses produites dans le monde islamique. D’autres exemples en bronze sont connus en Égypte fâtimide, dont certains sont de très petite taille, à l’instar de la musicienne. Ils pouvaient constituer un simple décor, ou avoir une fonction, comme par exemple servir de poignée à un robinet[5] ou de bouton de préhension à un couvercle. Néanmoins, comme les ronde-bosses andalouses, celles produites sous les fâtimides sont le plus souvent animalières. On trouve parfois des représentations humaines dans le monde iranien, comme les têtes de stuc de la Davids Sammling ou du musée du Louvre[6]. Les rondes-bosses, en bronze ou en pierre, grandes ou petites, sont surtout fréquentes dans l’art européen, qui poursuit en ce sens la tradition antique.

NOTE

[1] Tissu aux joueuses de tambourin, Royaume de Grenade, XIIIe siècle, soie et fils d’or, Paris, musée de Cluny, Cl. 21962 (catalogue tissus Cluny, n° 158 p. 296) ; Élément de décor architectural à la joueuse de tambourin, Syrie XIIIe siècle, Damas, musée national, 4/14642 (Saladin p. 48)

[2] Comme par exemple dans les illustrations d’un Roman de fauvel, Paris, v. 1320, Paris, Bibliothèque nationale de France, ms. Français 146, f° 34 et 36 v (Moyen-âge entre ordre et désordre, n69 p. 177)

[3] Bracelet aux musiciens, Syrie ?, XIe siècle – XIIe siècle, or, Paris, musée du Louvre,  MAO 495 (base Atlas)

[4] Plat à la joueuse de rabâb, Egypte, XIIe siècle, céramique à décor lustré,

[5] Fragment d’un robinet en forme de lion surmontée d’un paon, Égypte ou Syrie, XIe siècle, bronze, Koweit, collection al-Sabah, Dar al-Athar al-Islamiyyah, LNS 166 M. (trésors fâtimides du Caire, n° 47 p. 120)

[6] Têtes, Iran, XIIe – XIIIe siècle, stuc, Copenhague, David Sammlings, 44/1978 et 5/1976 et Paris, musée du Louvre, MAO 1237. (Atlas et catalogue de la David Coll)

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Islamic Art in Egypt 969 – 1517, (cta. exp., Le Caire 1969), n° 46, p. 56.

Wiet, G., Album du musée arabe du Caire, Le Caire, Institut Français d’Archéologie Orientale, 1930. n° 40.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Poché, C., « Le rapport de la science et de la musique dans la civilisation arabo-islamique », in L’âge d’or des sciences arabes, (cat. exp., Paris, Institut du monde arabe, 2005 – 2006), Paris, Institut du monde arabe, Actes Sud, 2005.

Shiloah, A., La musique dans le monde, une étude socio-culturelle, [trad. de l’anglais par C. Poché, ed. 1995], Paris, Librairie Arthème Fayard, 2002.



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