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Plat à la girafe

  • Titre / dénomination : Plat à la girafe
  • Auteur : Attribué à Muslim
  • Lieu de production : Égypte
  • Date / période : Fin du Xe – début du XIe siècle
  • Matériaux et techniques : Céramique à pâte argileuse ; décor lustré sur glaçure opacifiée
  • Dimensions : D. 24 cm
  • Lieu de conservation : Athènes, musée Benaki
  • Numéro d'inventaire : 749

Ce plat circulaire est décoré selon la technique du lustre métallique, qui nécessite deux cuissons : la première en atmosphère oxydante, pour cuire la pâte et la glaçure ; la seconde en atmosphère réductrice, pour cuire le décor, réalisé à base d’oxydes de cuivre et d’argent et qui peut être monochrome ou polychrome.

Sur cette pièce, le décor en lustre monochrome couvre tout le champ disponible. Le fond est entièrement orné de petits motifs spiralés qui dérivent des ocelles utilisés dans la céramique abbasside dès le IXe siècle. On les retrouve ensuite jusque dans le décor de certains vases de l’Alhambra[1]. Les motifs principaux, comme dans des céramiques abbasides du Xe siècle[2], sont cernés d’un liseré en réserve. Au centre, une girafe caparaçonnée est menée par un personnage qui semble courir en la tirant par son licol. Il porte une tunique à manches courtes marquées de deux bandes de tirâz, une sorte de pagne et un turban pointu. De l’autre côté de la girafe un arbre stylisé, semblant ployer sous les fruits, forme une courbe qui épouse les contours du plat et équilibre la composition.

La justesse des détails tant dans l’anatomie de l’animal (représentation précise de la tête et des poils sous le ventre et sous la queue) que dans son harnachement (licol, décoration des cornes…) serait, selon R. Ettinghausen, l’un des meilleurs exemples du « réalisme » fatimide, en opposition avec les formes stylisées abbassides. V. Meinecke-Berg a rapproché ce plat de fragments conservés à Berlin où la même scène est représentée deux fois, en symétrie. Ces fragments sont signés Muslim, potier bien connu par une soixantaine de pièces signées de styles très différents, qui travailla sans doute à Fustat sous le règne du calife al-Hâkim (r. 996 – 1021)[3]. Toutefois, il est difficile de savoir si ce nom désignait le potier lui-même ou l’atelier.

Au revers, trois grands cercles alternent avec des chevrons. Ce traitement, parfois interprété comme une marque d’atelier, est également emprunté aux céramiques irakiennes abbassides.  

Contrairement à d’autres animaux, les girafes semblent assez peu représentées dans l’art islamique ; pour V. Meinecke-Berg, cette représentation serait la première. On en trouve quelques autres à la même période, par exemple sur une cassette en ivoire du musée de Berlin[4].  Cette scène, qui s’inspire sans doute d’un modèle antique, existe aussi dans le Kitâb al-Hayawân d’al-Jahiz (1299-1300)[5] , repris dans une copie syrienne du XIVe siècle[6].

La girafe, avec son tapis de selle très décoré, est probablement un animal destiné à une ménagerie, comme il en existait souvent dans les cours islamiques ; des mosaïques syriennes du début du VIe siècle attesteraient déjà cette tradition[7], présente aussi dans le monde sassanide et qui se répandit ensuite en Europe : on sait par exemple que le calife Hârûn al-Rashîd fit présent à Charlemagne de deux éléphants. Le roi de Sicile Frédéric II (r. 1212 – 1250) aurait quant à lui échangé avec le sultan égyptien un ours blanc contre une girafe. Plus tard, en 1261, Baybars aurait offert une girafe à Manfred, l’un des fils de Frédéric II. Le fait que la girafe fut connue en Europe grâce au monde islamique se manifeste à travers son nom, dérivé de l’arabe zarafa. On ne peut s’empêcher de penser à la fameuse girafe qui, sous Charles X, traversa toute la France sous le regard ébahi des badauds.

NOTE

[1] Saint-Pétersbourg, musée de l’Ermitage, F 317.

[2] Bol au musicien, Xe s., Washington D.C., Smithsonian Institution, Freer Gallery of Art.

[3] Fragment de plat du musée Benaki n° 11122 qui donne le nom complet de Muslim et mentionne le règne d’al-Hâkim.

[4] Berlin, Museum für Islamische Kunst, K. 3101.

[5] New York, Pierpont Morgan Library, M 500, fol. 16 r.

[6] Milan, Bibliothèque Ambrosienne.

[7] Mosaïque du baptistère de Moïse, Jordanie, Mont Nébo, 531 ap. J.-C.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Philon, H., Benaki Museum Athens, Early Islamic Ceramics, Ninth to Late Twelfth Centuries, Athènes : Benaki Museum, 1980, p. 220, fig. 464 et pl. XXI.

Memorias do Impero árabe, (cat. exp., Saint-Jacques de Compostelle, Auditorio de Galicia, 2000).

Trésors fatimides du Caire, (cat. exp., Paris, Institut du monde arabe, 1998), Paris : Institut du monde arabe/Snoeck-Ducaju et Zoon, 1998, p. 112, n° 36.

Benaki Museum, a Guide to the Museum of Islamic Art, Athènes : Benaki museum, 2006, p. 67, n° 51.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Bahgat, A. B. ; Massoul, F., La céramique musulmane de l’Egypte, Le Caire : Institut Français d’Archéologie Orientale, 1930.

Laufer, B., The Giraffe in History and Art, [en ligne], <http://www.archive.org/stream/giraffeinhistory27lauf/giraffeinhistory27lauf_djvu.txt> [consulté le 6 novembre 2008].



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