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Stèle funéraire « à mihrâb »

  • Titre / dénomination : Stèle funéraire « à mihrâb »
  • Lieu de production : Inconnu
  • Lieu de découverte : Sicile
  • Date / période : 1072
  • Matériaux et techniques : Pierre sculptée
  • Dimensions : 0,80 x 0,50 m
  • Ville de conservation : Palerme
  • Lieu de conservation : Galleria Regionale della Sicilia (longtemps conservée dans le Collège des Jésuites de Palerme, puis envoyée à Vérone et conservée au Museo Lapidario Maffeiano (inv. 5060), avant de revenir à Palerme).
  • Numéro d'inventaire : sn
  • Inscription :

    17 lignes d’inscription 

  • Transcription (fr, ang, esp) :

    1.      بسم الله الرحمن الرحيم وصلى

    2.      الله على النبي محمد وآله الطيبين وأصحا

    3.      به المنتخبين وسلم تسليما " قل هو الله أحد الله

    4.      الصمد لم يلد ولم يولد ولم يكن له كفوا أحد "

    5.      " قل هو نبأ عظيم أنتم عنه معرضون " " كل

    6.      نفس ذائقة الموت وإنما توفون أجور

    7.      كم يوم القيامة فمن زلزل عن النار وأ-

    8.      دخل الجنة فقد فاز وما الحياة الدنيا إ-

    9.      لا متاع الغرور "هذا قبر إبرا-

    10.  هيم بن خلاف الديباجي توفي ليلة الأربعاء نصف-

    11.  جمادى الأولى من سنة أربع وستين وأربعمائة وهو

    12.  يشهد أن لا إله إلا الله وحده لا شريك له وأن محمد

    13.  عبده ورسوله وأن الجنة حق وأن النار حق و

    14.  أن الصراط حق " وأن الساعة آتية لا ريب فيها وأن -

    15.  الله يبعث من في القبور" على ذلك حي وعليه

    16.  توفي وعليه يبعث إن شاء الله رحم الله من دعا له

    17.  بالرحمة والمغفرة آمين رب العالمين

  • Traduction :

    1. Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux. Que la bénédiction de

    2. Dieu soit sur le prophète Muhammad, sa noble famille et

    3. ses compagnons élus, et qu’il leur donne la paix ! « Dis : " Il est Allâh, unique, Allâh le seul.

    4. Il n’a pas engendré et n’a pas été engendré. N’est égal à Lui personne". » (Coran CXII[1]) « Dis :

    5." C’est une annonce solennelle de laquelle vous vous détournez" » (Coran, XXXVIII, 67-68). « Toute

    6. âme goûte la mort. Au jour de la Résurrection, vous ne recevrez exactement que vos

    7. rétributions. Quiconque sera écarté du Feu et sera introduit dans le Jardin aura obtenu le Succès. La Vie immédiate

    8. n’est que jouissance fallacieuse » (Coran III, 185). Ceci est la tombe d’Ibrā-

    9. hīm fils de Khalāf al-Dibājī, mort dans la nuit de mercredi du milieu

    10. du mois de

    11. jumādā al-ulā de l’année 464 (8 février 1072), en témoignant

    12. qu’il n’y a d’autre Dieu qu’Allâh, l’unique, sans associé, et que Muhammad

    13. est son esclave et son prophète, et que le Paradis existe, que le feu de l’Enfer existe et

    14. qu’al-ṣirāṭ[2] existe et que « l’Heure va venir — nul doute à son endroit — et qu’Allâh

    15. rappellera ceux qui sont dans les sépulcres » (Coran XXII, 7). Il a vécu avec cette croyance et avec elle

    16. il est mort, et avec elle, Si Dieu veut, il ressuscitera. Que Dieu ait miséricorde de celui qui priera

    17. pour lui obtenir grâce et pardon ! Amen ! Oh Seigneur des mondes !

En théorie, le droit musulman considère avec une grande méfiance l’ornement des sépultures. Cette pratique est soupçonnée de viser à l’exaltation de l’individu au moment le moins opportun[3]. Malgré cette opposition de principe, dès les débuts de l’histoire islamique, des stèles funéraires ont été produites[4], tandis que des monuments plus imposants célèbrent les personnages importants (mais d’autres sépultures peuvent n’être signalées que par une pierre simple sans inscription). Les juristes ont donc eu à codifier ces pratiques répandues. Il n’existe pas à l’heure actuelle d’étude sur les stèles funéraires en islam qui synthétiserait leur évolution chronologique et géographique, d’autant que les intérêts des spécialistes divergent dans ce domaine (intérêts pour les rites funéraires, la paléographie des inscriptions, la décoration des stèles, etc.).

Les stèles islamiques peuvent être rangées en trois types, tous attestés en Sicile[5] : le premier est constitué d’une plaque verticale, localisée à la tête de la tombe et, en général, accompagnée d’une autre plus petite, située à ses pieds, toutes deux orientées vers la Mecque. Ce type est le plus répandu en Sicile (environ la moitié des 90 stèles conservées), surtout dans la région de Trapani[6]. La stèle analysée ici en est un bon exemple[7]. Le deuxième type est celui du cippe cylindrique qui peut être accompagné d’un second ou d’une plaque verticale à l’extrémité opposée ; seules neuf stèles de ce type sont connues en Sicile[8]. Enfin, la stèle dite « prismatique », qui peut avoir des formes variées, est surtout attestée à Palerme. Les stèles « prismatiques » de Sicile sont longues (généralement plus d’1,5 m), peu hautes (environ 20 cm) et peu épaisses (entre 10 et 15 cm) ; elles étaient posées horizontalement sur les tombes, dans le sens de la longueur. Leur forme, sauf exception, est à section pentagonale et pointue au sommet ; la base du parallélépipède est caractérisée par une modénature[9]. Les inscriptions sont généralement situées sur les côtés longs. En Sicile tant le registre de base que la partie supérieure angulaire accueillent des inscriptions. Les stèles les plus semblables au type sicilien sont les stèles maltaises[10] et tunisiennes du XIesiècle[11].

Les inscriptions siciliennes sont dans leur très grande majorité sculptées en relief et non gravées ; dans l’Occident musulman, le passage massif de la gravure à cette technique dans la sphère funéraire est attribuée à une influence fatimide[12]. Dans l’île, elles sont pour la plupart rédigées dans une graphie kufique, peu ornée et peu fleurie.

La stèle dont il est question ici est une des rares que l’on ait conservées qui date de la domination islamique de la Sicile (la plupart sont postérieures). Elle relève du type appelé conventionnellement « à mihrâb » parce qu’elle est décorée d’un arc, identifié avec celui de la niche du mihrâb, mais qui symbolise aussi le passage vers l’au-delà. L’arc est ici trilobé et se termine, à la septième ligne en partant du bas, par deux palmettes trilobées surmontées d’une fleur de lys. L’inscription en kufique est ponctuée de rares éléments fleuris (‘ayn médians), seuls le lam et le alif sont entrelacés. Les passages du Coran cités ici sont communs sur les stèles funéraires. Le texte, qui insiste sur la foi du défunt, se conclut par une « eulogie à report » qui appelle la bénédiction de Dieu sur ceux qui prient pour le défunt.

Dans la mesure où préciser la localisation de la mort est rare en islam, rien ne permet d’assurer que cette stèle fut gravée en Sicile[13] et qu’elle ne fut pas plutôt importée par un collectionneur depuis l’Ifriqiya voisine à une période plus tardive, sauf le fait que dans ce cas elle aurait sans doute rapidement fait l’objet d’une édition par, ou à la demande, du collectionneur[14].

NOTE

[1] Toutes les traductions du Coran renvoient à la traduction de R. Blachère, Paris, 1980.

[2] Ce terme qui signifie « chemin, route » est une référence au pont qui traverse l’enfer et que les croyants traverseront pour rejoindre le paradis en un clignement d’œil, cf. Johns 2006, p. 515.

[3] Cf. Ragheb 1970.

[4] Pour une vue d’ensemble, cf. l’article « Kabr » de J. Sourdel, dans l’Encyclopédie de l’Islam.

[5] Grassi 1993 et la synthèse publiée dans l’Encyclopédie de l’Islam, s. v. Siqilliya.

[6] Grassi 2004.

[7] C. Tonghini a proposé un catalogue des stèles prismatiques retrouvées en Italie dans « Gli Arabi di Amantea… », append. D, p. 221-226. Vingt-cinq sont énumérées.

[8] Ibid.

[9] Cf. Grassi 1989.

[10] Ibid.

[11] Vire 1956, inscr. 7 (ill. 40) datée de 1016 ; inscr. 10 (ill. 41) datée de 1018 ; inscr. 11 (ill. 42) datée du début du Ve s. H. ; inscr. 12 (ill. 43) datée de 1024 ; inscr. 13 (ibid.), datée de 1036-1037 ; inscr. 14 (ill. 44) datée du 1048 ; inscr. 16 (ibid.), datée de 1041-1042 ; inscr. 15 (ill. 45), datée à la première moitié du XIe s., etc.

[12] Cf. « Kitâbat », dans l’Encyclopédie de l’Islam.

[13] Ou que l’on acheva de la graver en Sicile car l’importation de stèles sur lesquelles ne manque que le nom du défunt était aussi possible.

[14] Ce fut le cas lorsque la stèle fut déplacée à Vérone à la demande de l’antiquaire Scipione Maffei entre 1714 et 1719.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Amari, M., Le epigrafi arabiche di Sicilia, trascritte, tradotte e illustrate, Palerme, 1875, rééd. revue par Gabrieli, F., Palerme, 1971, p. 159 - 162, pl. III, fig. 2.

Johns, J., fiche VIII, 5, in Nobiles Officinae – Perle, filigrane e trame di seta dal Palazzo Reale di Palermo, vol. 1, (cat. exp., Palerme, Palazzo dei Normanni, 2004), Palerme, 2006, p. 515.

Ventrone Vassallo, G., fiche 92, in Curatola, G. ‘éd.), Eredità dell’islam : arte islamica in Italia, (cat. exp., Venise, Palazzo Ducale, 1994), Venise, 1993.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Grassi, V., Materiali per un Corpus delle iscrizioni arabe in Italia. Iscrizioni edili e funerarie, Doctorat en Studi sul Vicino Oriente e Maghreb, Université de Naples, 1993, I, p. 60, 63, 66 - 246 ; II, p. 3 - 158.

Grassi, V., « Le stele funerarie islamiche di Sicilia : provenienze e problemi aperti », in Molinari, A. ; Nef, A. (éds), La Sicile islamique. Questions de méthode et renouvellement récent des problématiques (actes de la table ronde de Rome, 25 et 26 octobre 2002), Mélanges de l’Ecole Française de Rome. Moyen Âge, 116/1, 2004, p. 331 - 365.

Grassi, V., « Materiali per lo studio della presenza araba nella regione italiana. I. L’epigrafia araba nelle isole maltesi », in Studi magrebini, 21, 1989, p. 9 - 92.

Grassi, V., «Siqilliya », in Encyclopédie de l’Islam, t. IX, Leyde, E.J. Brill , 1998, p. 604 - 614.

Ragheb, Y., « Les premiers monuments funéraires de l’Islam », in Annales islamologiques, 9, 1970, p. 21 - 37.

Sourdel-Thomine, J. et al., « Kitâbat », in Encyclopédie de l’Islam, t. V, Leyde, E.J. Brill, Paris, Maisonneuve et Larose, 1986, p. 208 - 231.

Sourdel-Thomine, J., « Kabr », in Encyclopédie de l’Islam, t. IV, Leyde, E.J. Brill, Paris, Maisonneuve et Larose, 1978, p. 367 - 370.

Tonghini, C. et al., « Gli Arabi di Amantea : elementi di documentazione materiale », in Annali dell’Istituto Universitario orientale di Napoli, 57, fasc. 1 - 2, 1997, p. 203 - 230.

Torres Balbas, L., « Cementerios hispanomusulmanes », in Al-Andalus, 22, 1957, p. 131 - 198.

Vire, M.M., « Inscriptions arabes des stèles funéraires du Musée de Sousse », in Cahiers de Tunisie, 13, fasc. 4, 1956, p. 450 - 494.



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