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Albarelle italo-mauresque

  • Titre / dénomination : Albarelle italo-mauresque
  • Lieu de production : Florence
  • Date / période : Deuxième moitié du XVe siècle.
  • Matériaux et techniques : Céramique à décor peint sur glaçure opaque
  • Dimensions : H. 17, 8 cm ; D. 11, 5 cm
  • Ville de conservation : Paris
  • Lieu de conservation : Musée du Louvre, Département des Objets d'Art (acquis par le Louvre en 1910)
  • Numéro d'inventaire : O. A. 6409

Cet albarello (pot à pharmacie) florentin conserve la forme classique de ses lointains modèles orientaux. Au profil cylindrique, légèrement cintré pour faciliter la préhension, son col à bourrelet permet la ligature d’un couvercle en parchemin. Le décor « en bleu et blanc » se compose de larges bandes verticales, meublée de deux cercles tangents où s’inscrit une grande feuille de bryone, ici très stylisée. Chaque bande est séparée de la suivante par un ruban blanc où court une ligne ondulée. L’encolure est parée d’une suite de menues tiges chargées d'aiguilles, peut être dérivées de la bryone et qu’on appelle parfois des « feuilles gothiques ». Quoi qu'il en soit, la verticalité du décor maintient cet albarello dans la lignée des productions syriennes, alors que d'autres exemplaires florentins de la même époque[1] adoptent une décoration en multiples registres.

Les premières céramiques italiennes destinées à rivaliser commercialement et artistiquement avec les céramiques étrangères furent celles produites en série pour les pharmacies et les hôpitaux, gros commanditaires de récipients opaques et étanches, à propriétés isothermes. Il s’agissait d’albarelli, ou de grands vases à panse ovoïde, parfois munie de deux anses. Jusque dans le premier quart du XVe siècle, quand il s’agissait d’une commande importante, les Italiens, semble-t-il, se tournaient plutôt vers Malaga (d’où le nom de "maiolica", majolique, qui était donné à ces pièces), vers Valence et sa voisine Manisès, ou même encore vers le Proche-Orient musulman[2]. Damas, en particulier, était très apprécié pour ses « bleu et blanc », comme le laisse à penser le célèbre albarello, orné du lys florentin[3].

Le motif « à la bryone », ici très agrandi, est un emprunt direct aux potiers valenciens qui l’ont introduit dans leurs productions à partir du milieu du XVe siècle, en compagnie d’autres motifs comme la châtaigne, le persil, la fougère, le lierre ou les « chaînes d’éperons ». Ce répertoire, qui s’éloignait volontairement du répertoire musulman tel que l’avait transmis les ateliers de Malaga, inaugurait une nouvelle phase dans l’art de la céramique hispano-mauresque qui se fera peu à peu « gothique ». C’est cet ultime avatar que recueille la céramique florentine. La bryone, par sa délicatesse, composait un fond idéal pour de grands motifs: les armoiries des familles patriciennes, par exemple. Toutefois, sa présence sur un pot à pharmacie n’est peut-être pas due pas à une simple fantaisie : outre ses vertus diurétiques, on utilisait cette plante pour ses propriétés calmantes - contre la toux, ou l’inflammation des poumons. Dans l’Antiquité, elle était associée à Dionysos et à son culte.

Le «bleu et blanc» des ateliers italiens était appelé «zaffera», mot qui désignait la pigmentation donnée par le cobalt asiatique. Comme il avait tendance à fuser pendant la cuisson, les Florentins l’entouraient d’un trait de manganèse violacé, assez semblable au trait noir avec lequel les Syriens cernaient le leur. Dès le XIIIe siècle, les villes portuaires italiennes du Nord et du Sud commencent à l'employer. Au XIVe et au XVe siècles, la céramique glacée se développe sous la protection des princes (les Medicis, les Manfredi Della Rovere). Florence, Faenza et Montelupo rivalisent alors dans leurs créations jusqu'à supplanter l'Espagne dans le dernier quart du XVIe siècle.

NOTE

[1] Albarello du Victoria and Albert Museum, Londres, inv.47-1907.

[2] En 1420, un marchand milanais commande à un potier de Manisès 720 jarres « damascènes » en lustre doré, probablement pour approvisionner un hôpital. En 1424, l’inventaire d’une pharmacie florentine fait mention d’une grande jarre à épices venue de Damas ou de Malaga. Mais, dès 1426, l’Hôpital de Santa Maria Nuova à Florence, demande à un potier de la ville 588 pièces de vaisselle de type « damascène » ! Quelques exemplaires portant sur leurs anses l’emblème de l’hôpital ont subsisté. En 1430, c’est un millier de pièces qui est demandé par Santa Maria Nuova au potier florentin Giunta di Tugio, lequel signa sa production.

[3] Paris, musée du Louvre (dépôt du musée des Arts Décoratifs de Paris, inv. 4288).

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Sarre, F., « Der Import orientalischer Keramik nach Italien im Mittelater und in der Renaissance », in Forschungen und Fortschritte, 29, 10 Okt. 1933, pp. 423-424

Rackham, B., Victoria and Albert Museum, Catalogue of Italian Maiolica, 2 vol;, London, 1940.

Giacomotti, J., Les Majoliques des Musées Nationaux. Paris, 1974, n° 53.

Catalogue : L'Islam dans les collections nationales, Paris, 1977, n° 495, p. 219

Soustiel, J. La céramique islamique, Paris, Vilo,1985

Catalogue: Le calife, le prince et le potier, Lyon 2002.

E. Mack, R., Bazaar to Piazza,  Islamic Trade and Italian Art, 1300-1600, Berkeley, 2002, pp. 95 - 111.



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