Qantara Qantara

Soliman à cheval

  • Titre / dénomination : Soliman à cheval
  • Lieu de production : Turquie
  • Date / période : Vers 1560
  • Matériaux et techniques : Papier ; pigments et or
  • Dimensions : Page : H. 21,5 cm ; l. 25,3 cm ; miniature : H. 21,5 cm ; l. 14,7 cm
  • Ville de conservation : Paris
  • Lieu de conservation : Bibliothèque nationale de France, Estampes, Rés. Od. 41, f.40
  • Numéro d'inventaire : Fait partie d’un recueil de 55 folios de provenances diverses, constitué en 1750 sous le n°1657.

Soliman est représenté à cheval, vêtu d’une robe verte portée sur une tunique rouge. Un caftan gris anthracite sans manches doublé d’une fourrure complète sa tenue. Il est coiffé d’un gros turban à plume et franges. Le corps vieilli et voûté, penché vers l’avant, le visage ridé et les traits marqués, le tout est rendu avec beaucoup de soin, tout comme la représentation du cheval richement orné, dont le port et droit et la marche posée. C’est là le portrait d’un homme d’âge avancé : Soliman mena ses troupes à cheval jusqu’en Hongrie, où il décéda à Szigetvar le 7 septembre 1566, la veille de la bataille qui vit la victoire ottomane sur l’empereur germanique Maximilien II.

Le développement du portrait dans l’art ottoman s’amorça à la fin du XVe siècle sous le règne de Mehmet II (r. 1451-1481)[1]. Plusieurs portraits de Soliman sont connus, réalisés par des peintres turcs[2] et occidentaux[3]. Ce genre se développa également en Iran et en Inde, et se généralisera au XVIIe siècle[4].

Dans l’art occidental de la Renaissance le portrait équestre, inspiré formellement de la statuaire antique, dont la statue de Marc Aurèle[5] constitua probablement le principal modèle, est repris dans un but politique. Ainsi le condottiere  Bartolomeo Colleoni fit réaliser son portrait équestre par le sculpteur Andrea del Verrochio (1479-1483)[6], de même que Charles Quint[7] et François Ier[8], les prestigieux interlocuteurs politiques de Soliman, se firent représenter par les plus grands peintres de  leur temps.

La figure du cavalier jouit d’une grande faveur dans les arts de l’Islam. La civilisation sassanide, dont l’héritage s’est largement transmis dans les pays islamiques, faisait une place importante à ce thème étroitement lié à l’imagerie du pouvoir. Ainsi le souverain iranien Khosrow II (r. 590-628) se fit représenter à cheval grandeur nature et en ronde-bosse[9]. Le cavalier est rattaché aux thèmes de la chasse et de la guerre, activités princières par excellence, pratiquées par les souverains musulmans dans toutes les aires culturelles et géographiques couvertes par la nouvelle civilisation. Il apparaît ainsi largement sur de nombreux supports des arts décoratifs : céramique[10], bois, ivoire, miniature[11]. Le cheval occupe une place particulière dans la civilisation islamique. Sujet de nombreux traités d’art équestre et d’hippiatrie[12], il donna lieu à de multiples productions artistiques.

Le réalisme de la représentation et la recherche de vérité documentaire caractérisent la peinture ottomane dès le milieu du XVIe siècle. Les cartes de Pir i-Re’îs, les vues de villes assiégées, les recueils relatant les grandes fêtes de la cour relèvent de la même conception de la peinture au service de la documentation historique.

Le portrait nous donne un témoignage précis et détaillé de la tenue du sultan, d’une sobriété caractérisant la période suivant la mort de son épouse favorite Roxelane en 1558. Auparavant, Le Magnifique était réputé en Occident pour la magnificence de ses tenues. Les ornements luxueux de la monture, finement détaillés, sont fidèles aux pièces conservées[13]. La précision est telle que l’on peut tout à fait reconnaître dans la composition à médaillon central et écoinçons du tapis de selle les formules adoptées à l’époque dans l’art de la reliure[14].

Des successeurs de Soliman se firent également représenter à cheval, comme son fils Sélim II[15].

NOTE

[1] Parmi les portraits de ce sultan, celui réalisé en 1480 par le peintre vénitien Gentile Bellini est un des plus connus.

[2] Portrait de Soliman I, Nigari, Turquie, v. 1560-1565, Istanbul, Bibliothèque du Topkapi Sarayi, inv. H. 2134/8.

[3] Albrecht Dürer, Portrait de Soliman, 1526, Bayonne, musée Bonnat ; anonyme vénitien, Le sultan Soliman le Magnifique portant le casque serti de pierres précieuses, Italie, Venise, v. 1532, gravure sur bois, New York, The Metropolitan Museum of Art, inv. 42.41.1.

[4] Portrait équestre de l’empereur Awrangzêb, Inde, v. 1670-1680, Paris, musée de l’Institut du monde arabe, inv. AI 87-17.

[5] 2de moitié IIes. ap. J.C. La copie de la statue conservée au musée du Capitole à Rome est installée sur la place du Capitole.

[6] Elle est installée à Venise sur le Campo dei Santi Giovanni et Paolo. 

[7] Portrait de Charles Quint, Le Titien, 1548, Espagne, Madrid, Musée du Prado.

[8] Portrait de François 1er, Jean Clouet, détrempe sur bois, 1540, Italie, Florence, Galerie des Offices.

[9] Grottes de Taq-i Bûstan, Kermanshâh, Iran, VIIes.

[10] Coupe au cavalier, Iran, fin XIIe-déb.XIIIe s., céramique à décor haftrang et lustré, Lyon, musée des Beaux-Arts, inv. E 698.

[11] Cavalier-fauconnier, extrait du Livre des Chants, (Kitâb al-aghâni), par Abû’l-Faraj al-Isfahânî, Irak, Mossoul, 1219, Copenhague, Det Kongelige Bibliothek, Cod. Arab. 168.

[12] Kitâb al-baytara (Traité d'hippiatrie), Égypte, 1766, Paris, Bibliothèque nationale de France, Manuscrits orientaux, inv. Arabe 2817.

[13] Paire d’étriers, Turquie, 1e 1/2 du XVIIes., fer, argent doré et gravé, rubis, turquoise, soie et cuir, Moscou, Musée du Kremlin, inv. K-541/1-2.

[14] Reliure des Transformazioni  d’Ovide, Italie, Venise, 1553, cuir à décor repoussé, peint et vernis, Venise, Fondazione Giorgio Cini, inv. MS 216A/D47.

[15] Portrait de Sélim II à cheval, 1566-1574, Paris, collection particulière. La tradition se poursuivit au XVIIe s. : Portrait du sultan Osman II par Ahmed Naksi, Turquie, v. 1620, Istanbul, Topkapi Sarayi Müzesi, inv. 2169, f° 13 r°.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Soliman le magnifique, (cat. exp., Paris, Galeries nationales du Grand Palais, 1990), Paris, RMN, 1990, p. 29, n° 10.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Bernus-Taylor, M., « Le cheval et l’art islamique », in Chevaux et cavaliers arabes dans les arts d’Orient et d’Occident, (cat. exp., Paris, Institut du monde arabe, 2003), Paris, Institut du monde arabe, Gallimard, 2003, p. 85-93.

Digard, J.-P., « Le rayonnement de la culture équestre orientale vers l’Occident », in Chevaux et cavaliers arabes dans les arts d’Orient et d’Occident, (cat. exp., Paris, Institut du monde arabe, 2003), Paris, Institut du monde arabe/Gallimard, 2003, p. 249-254.

Martin, F.R., The Miniature Paintings and Painters of Persia, India and Turkey from the 8th to the 18th Century, Londres, Holland Press, 1968, ch. X, p. 90-94.

Raby, J., « La Sérénissime et la Sublime Porte : les arts dans l’art diplomatique 1453-1600 », in Venise et l’Orient, 828-1797, (cat. exp., Paris, Institut du monde arabe, 2006), Paris, Institut du monde arabe, Gallimard, 2006, p. 91-119.

The Anatolian Civilisations, (cat. exp, Istanbul, Topkapi Palace museum, 1983), t. III, Seljuk, Ottoman, Istanbul, 1983, p. 149.

Furûsiyya, Chevaliers en pays d’Islam, (cat. exp., Paris, Institut du monde arabe, 2007), Paris, Skira, 2007.



Transversalités associées
Ottomans (1281-1924)
Ottomans (1281-1924)
Islam
Islam
Enluminure
Enluminure
Arts du livre
Arts du livre
Représentation figurée
Représentation figurée
Formes et motifs
Formes et motifs
Costumes et parures
Costumes et parures
Vie de cour et art de vivre
Vie de cour et art de vivre
Patronage artistique
Patronage artistique
Pouvoir
Pouvoir
-->