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Grande Mosquée Zitouna

  • Nom : Grande Mosquée Zitouna
  • Lieu : Tunis, Tunisie
  • Date/période de construction :

    241-249 H. / 856-864 J.C., sur un ancien bâtiment construit en 78 H. / 698 J.C.

  • Matériaux de construction : Pierre de taille ; marbre ; bois ; stuc ; plomb ; brique
  • Décor architectural : Pierres de couleur, stuc
  • Destinataire/mandataire : L’émir aghlabide Abû Ibrahim Ahmed ; le calife abasside al-Musta’în (r. 962 – 866). Mandataire : Nusair, l’esclave du calife abasside
  • Auteur : Fathallah
  • Inscriptions :

    - Sous la coupole précédant le mihrâb, en kufique anguleux : « Voici ce qu’a ordonné de faire l’imâm al-Musta’în billah, émir des croyants, l’Abbâside, dans la recherche de la récompense de Dieu et dans le désir de Son agrément, par les mains de Nusair, son client, en l’année 250 (864)…Façon de Fath. »

La Grande Mosquée est située au coeur de la médina. Elle a été édifiée sur les vestiges d’une basilique chrétienne.

Elle assumait un rôle défensif, incarné par les deux tours d’angle (nord-est et sud-est), que l’on retrouve à la Grande Mosquée de Mahdiyya. La façade est percée de plusieurs entrées menant dans la cour pavée à quatre portiques (rajoutés au Xe siècle) ou dans la salle de prière.

Celle-ci est composée de quinze nefs perpendiculaires au mur qibli et de six travées couvertes en charpente portées par des arcs en plein cintre outrepassés posés sur des colonnes à chapiteaux antiques provenant sans doute des ruines de Carthage. La nef médiane et la travée devant la qibla sont plus larges. A leur croisée se situe la coupole du mihrâb, à base carrée, tambour octogonal à trompes et coupole à cannelures.

A l’entrée de la salle de prière, sous le portique, une seconde coupole ajoutée au XIe siècle met en valeur l’axe du mihrâb. L’extérieur du dôme est orné, comme en Égypte fatimide[1], de niches, ici parées de pierre ocre et de brique rouge.

Le plan et la typologie sont manifestement largement inspirés de la Grande Mosquée de Kairouan et de la Grande Mosquée de Cordoue. La ressemblance entre la Grande Mosquée de Kairouan et la Zitouna est si poussée que l’on peut envisager le concours du même architecte. La croisée de la nef médiane et de la travée qibli forme ici un carré parfait pour la coupole du mihrâb, ce qui n’était pas le cas à Kairouan vingt-cinq ans plus tôt. L’axe du mihrâb est également magnifié par la présence, au niveau du portique côté qibla, d’un arc plus haut et plus large qui, flanqué de deux arcs plus étroits, rappelle fortement les arcs de triomphe romains. Trois colonnes flanquent chaque côté de cet arc central ; ce principe sera repris plus tard à la mosquée al-Azhâr au Caire (970-972).

Le mimétisme entre les deux édifices se trace même dans leurs évolutions respectives : la deuxième coupole à l’entrée de la salle de prière sera ajoutée dans une seconde phase de construction dans les deux mosquées.

Un minaret carré haut de 43m fut ajouté au nord-ouest à l’époque hafside (1228 – 1574), sur le modèle almohade[2]. Comme celui de la Mosquée de la Casbah voisine (1235), il est orné d’entrelacs de pierres. Il fut reconstruit sous les Husseïnites.

De la période hafside date également la réfection de la façade de la bibliothèque, qui fut percée de fenêtres à baies géminées. Les portes de la salle de prière furent également remplacées et la façade est fut agrémentée d’une colonnade double.

Après les invasions hilaliennes et surtout à partir de l'époque hafside, la mosquée Zitouna subira nettement l'influence hispano-mauresque, inspirée elle-même des réalisations aghlabides. Celle-ci est visible à travers les décors de stuc, à décor géométrique et floral, qui se présentent sous forme de panneaux ornés de rinceaux englobant des feuilles de vigne et des palmettes polylobées composant des motifs axés contenant parfois des pommes de pin et des rosaces. Quant aux motifs géométriques, ils consistent en des cercles dans lesquels s’inscrivent des étoiles et des carrés posés sur la pointe.

La coupole du portique précédant la salle de prière est aussi emblématique de l’influence andalouse. Des niches aux arcatures polylobées encadrées de deux arcs en plein cintre se déploient sur deux niveaux. Les arcs en plein cintre sont constitués de claveaux alternés en pierres polychromes, que l’on retrouve dans la salle de prière de la Grande Mosquée de Cordoue. Ils évoquent aussi l’art byzantin oriental. L’utilisation des niches comme élément de décor est un procédé courant dans l’architecture islamique. On l’observe non seulement en Tunisie aux Xe-XIe siècles, mais aussi en Égypte et en Algérie[3].

NOTE

[1] Mausolée de Sayyida Ruqayya, Égypte, Le Caire, 1133.

[2]  Voir au Maroc les minarets de la mosquée Hassan (Rabat, XIIe s.) et de la Kutubiyya (Marrakech), et en Algérie celui de la mosquée de Tlemcen (1136).

[3] Façade orientale de la Grande Mosquée de Sfax (Xe siècle) ; façade de la mosquée Sidi Ali Ammar ; Qubba ibn al-Qhaoui et la Qal'a des Banu Hammad remontant au XIe s.

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

Combe, E., Sauvaget, J., Wiet, G., Répertoire chronologique d’épigraphie arabe, t. II, Le Caire, 1932, Institut français d’archéologie orientale, p. 75, n° 505.

Golvin, L., Essai sur l’architecture religieuse musulmane, t. III, Paris , 1974, Klincksieck, p. 150-162.

Golvin, L., « Note sur les coupoles de la grande mosquée az-Zaytouna de Tunis », in Revue de l’Occident Musulman et de la Méditerranée, 1966, n° 2, p. 27. 

Lézine, A., Architecture de l’Ifriqiya, recherches sur les monuments aghlabides, Paris, 1966, Klinksieck.

Marçais, G., L’architecture musulmane d’Occident, Paris, 1954, AMG, p. 491.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Golvin, L., Essai sur l’architecture religieuse musulmane, t. III, Paris, 1970, Klincksieck, p. 133-149.

Mozzati L., L'art de l'Islam, Paris, 2003, Mengès.

Stierlin, H., L'art de l'Islam en méditerranée d'Istanbul à Cordoue, Paris, 2005, Gründ.



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