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Minaret de la Grande Mosquée de Kairouan

  • Titre / dénomination : Minaret de la Grande Mosquée de Kairouan
  • Lieu de production : Kairouan, Tunisie
  • Date / période : 221 H / 836  
  • Matériaux et techniques : Pierre taillée, briques cuites et chaux ; marbre (chapiteaux, colonnes, linteau et jambages de la porte).
  • Dimensions : H. : 31,5m.
  • Ville de conservation : Kairouan
  • Lieu de conservation : Grande Mosquée de Kairouan

Ce minaret, le plus ancien conservé au Maghreb, se dresse au milieu du portique nord de la cour. Le géographe  al-Bakri  attribue sa construction au règne du calife omeyyade Hicham Ibn ‘Abd al-Malik (r. 724-743) mais la plupart des archéologues sont convaincus qu’elle est l’œuvre de Ziyadat Allah Ier (r. 817-838). Ceci est corroboré  par le fait que l’entrée actuelle du minaret se trouve au même niveau que le reste de la mosquée de Ziyadat Allah,  et que des fouilles menées à la base du minaret n’ayant pas révélé l’existence d’aucune structure antérieure, tout rehaussement de la cour est ainsi exclu.

Le minaret actuel, de forme massive et de base carrée, est constitué de trois étages de largeurs décroissantes. Le premier étage, haut de 18,90 m et large de 10,70 m,  s’amincit de la base au sommet avec 50 cm environ de différence. Il est surmonté de merlons arrondis, en usage en Ifriqiya depuis l’Antiquité, attestés déjà dans l’architecture assyrienne. Aux premières assises, (blocs de pierre arrachés aux monuments antiques) succèdent des murs en moellons taillés, appareillés avec soin et percés du côté de la cour de trois fenêtres et d’une porte (1,85 m de haut, 1 m de large, au linteau  et aux piédroits en marbre sculpté d’époque romaine) surmontée d’un arc de décharge outrepassé. Le deuxième étage, haut de 5 m et large de 7,65 m, est meublé, sur chacun de ses quatre côtés, de trois niches à fond plat surmontées d’arcs outrepassés. Le troisième  étage, probablement remanié à l’époque hafside (1228-1574), est constitué d’un  lanternon de 5,45 m de haut coiffé d’une coupole sur trompes côtelée.

À l’intérieur, couvert d’une voûte en berceau, un escalier de 129 marches tournant autour d’un pilier central  permet d’accéder aux terrasses et au premier étage. Alors que la façade sur cour est percée de fenêtres éclairant et aérant l’intérieur, les autres sont percées d’ouvertures en meurtrières, ce qui confirme le rôle militaire assigné au minaret, à côté de sa fonction ordinaire de tour d’appel à la prière.

La plupart des auteurs s’accordent à rapprocher ce minaret des minarets omeyyades de Syrie, dont les plus anciens, ceux de la Grande Mosquée de Damas, s’appuyèrent sur les tours carrées romaines du temenos du temple de Jupiter. Il se rapproche aussi du minaret de la Grande Mosquée de Cordoue, construit à l'époque de Hisham Ier au début du IXe siècle, et refait au XVIe siècle à la suite d’un tremblement de terre. Sa forme rappelle la tour du Cheikh ‘Ali Qâsim, près de Hama, tous deux du VIIIe siècle. Néanmoins, cette tour présente de grandes analogies avec certains phares romains, comme l’atteste la représentation du phare du port de Selectum sur une mosaïque retrouvée à Ostie, conservée in situ.

Le minaret de Kairouan, le plus haut au Maghreb avant la construction de celui de la Kutubiyya de Marrakech (XIIe siècle), peut être considéré comme le prototype des minarets de l’Occident islamique, qui restèrent les plus en vogue jusqu’à l’époque ottomane, même si des minarets cylindriques apparurent à la même époque, aux ribât de Monastir et de Sousse, et à al-‘Abbassiyya, première capitale aghlabide, en 901. Il servira de modèle par exemple aux minarets de Sfax (Xe siècle), Tlemcen (1136), et Séville (fin XIIe siècle). Certains imitèrent même le choix de l’emplacement axial, dans le mur nord de l’enceinte[1].

Même si le minaret de Kairouan apparaît austère et doté d’une ornementation moins développée que celle d’autres minarets maghrébins, il se distingue par son allure harmonieuse et sa majesté saisissante, qui produit une puissante et mystérieuse impression. 

C’est dans une des pièces adjacentes à ce minaret que fut découvert tout un trésor de reliures, de corans et de feuillets coraniques anciens (IXe-XIIIe siècles)[2], de traités de jurisprudence malékites et divers documents historiques concernant la ville de Kairouan.

NOTE

[1] Voir par exemple le minaret de la Grande mosquée de Tlemcen, Algérie, 1136.

[2] Il convient de mentionner en particulier le Coran fragmentaire, commandité par l’émir Bâdîs ibn al-Mansûr en 1020 pour sa nourrice, écrit, enluminé et relié par le calligraphe ‘Ali ibn Ahmad al-Warraq.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Golvin, L., Essai sur l’architecture religieuse musulmane, t. III, Paris, 1974, Klincksieck, p. 192-198.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Golvin, L., Essai sur l’architecture religieuse musulmane, t. I, Paris, 1970, Klincksieck.



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