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Citadelle d'Alep

  • Nom : Citadelle d'Alep
  • Lieu : Syrie, Alep
  • Date/période de construction : XIIe-XIIIe siècle
  • Matériaux de construction : Pierre
  • Décor architectural : Pierre sculptée
  • Destinataire/mandataire : Nûr al-Dîn Zangî (r. 1146-1174) ; al-Malik al-Zâhir Ghâzî (r. 1186-1216) ; al-Malik al-‘Azîz Muhammad (m. 1236)
  • Dimensions : 7 ha environ

La citadelle d’Alep, d’usage militaire, est emblématique de l’architecture militaire islamique médiévale, qui s’exprima particulièrement en Syrie à l’époque des Croisades. Elle accueille aussi le siège du pouvoir politique. De forme ovale, elle est particulièrement imposante avec ses fortifications ponctuées de tours défensives, sa porte unique et son tertre en partie artificiel autrefois entièrement pavé. Elle est située naturellement en hauteur, sur un relief qui est, depuis des millénaires, un lieu stratégique[1].

Une première campagne de construction eut lieu au Xe siècle[2], mais l’aspect de la citadelle actuelle remonte en grande partie aux campagnes de construction qui survinrent lors des Croisades, dès le XIIe siècle. En effet, pendant cette période troublée de lutte entre les États latins installés au Levant et les forces islamiques représentées dans la région par les Zangides puis les Ayyubides, de véritables programmes de construction et de rénovation des places fortes de la région furent entrepris. C’est ainsi que furent érigées ou largement remaniées de nombreuses fortifications (Le Caire, Damas, Alep et Bosra). On distingue des citadelles au rôle purement défensif situées sur des crêts, les bords de fleuves, et des citadelles urbaines, accueillant aussi le siège du pouvoir.

De la campagne de Nûr al-Dîn date la réfection de la forteresse antérieure et la construction, dans les murs de la citadelle, du Maqâm Ibrâhîm, tombeau associé au prophète Abraham.

C’est sous le règne d’al-Malik al-Zâhir Ghâzî, fils de Saladin, que les travaux les plus importants furent réalisés. Du point de vue militaire et défensif, les profondes douves furent agrandies et les glacis de pierre réputés infranchissables renforcés par des sections de fûts de colonnes antiques[3] installés sur les pans de la colline. Cette technique, caractéristique des architectures de Syrie du Nord, fut utilisée aussi à Bosra et pour les murailles du Caire[4]. Les murailles et les tours furent remaniées, agrandies, aménagées en fonction des nouvelles nécessités militaires : chemins de ronde, meurtrières, créneaux et mâchicoulis. En 1213 fut ordonnée la construction de l’immense et unique bloc d’entrée de la citadelle protégé par une tour avancée et par un pont à huit arches. Le bloc d’entrée est orné de bandeaux épigraphiés, de rosettes et d’encadrements en ablaq ; la première porte, de deux dragons entrelacés, thème récurrent dès l’époque seljukide, qui essaima d’Iran en Irak et en Anatolie[5]. L’intérieur de la citadelle était accessible par une rampe coudée et deux portes ornées de lions,  flanquées d’un poste de guet. Ce type de dispositif, comme le principe du glacis évoqué plus haut, influencèrent certainement l’architecture militaire croisée contemporaine.

La citadelle renferme dans son enceinte la résidence royale ayyubide, complétée par d’autres bâtiments destinés à l’exercice du pouvoir politique. Ils furent édifiés en ce lieu probablement à la fois pour des raisons de sécurité mais aussi dans une volonté de légitimation et de confirmation de l’autorité politique de ces dirigeants d’origine kurde régnant sur des populations arabes. Le palais royal, du règne d’al-Malik al-Zâhir, dont la disposition est caractéristique de l’architecture palatiale islamique médiévale syrienne, possède un portail à muqarnas et une façade sur cour tripartite.

En 1214, la Grande Mosquée fut reconstruite avec un minaret de 21 mètres, qui assurait probablement aussi une fonction de tour de guet. La maison de justice (Dar al-‘Adl), face à la citadelle, date aussi de cette période. Des souterrains permettaient de rejoindre directement la ville.

NOTE

[1] Le site contient les vestiges d’un temple hittite du premier millénaire av. J.C.

[3] Disposés perpendiculairement au sol.

[4] Œuvres de trois architectes venus d’Édesse à la demande de Badr al-Jamali, Arménien de Syrie.

[5] Ce thème se retrouve dans le décor architectural (murailles de Diyarbakir, Anatolie, XIe-XIIIe siècles) mais aussi sur les métaux, les céramiques, les enluminures, les textiles.

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

Knost, S., « L’architecture militaire ayyubide en Égypte et en Syrie », in L’orient de Saladin.  L’art des Ayyubides, cat. exp., Paris, 2001,  Institut du monde arabe, Gallimard.

Marino, L., Nenci, C., " L’architecture des Croisades“, in La Méditerranée des Croisades, Paris, 2000, Citadelles & Mazenod, p. 63-83.

Aleppo Citadel, [en ligne], disponible sur < http://www.archnet.org/library/sites/one-site.jsp?site_id=39>, (consulté le 2 novembre 2008).

Taabaa, Y., « Circles of power : palace, citadel, and city in ayyubid Aleppo », in Ars Orientalis, vol. 23, 1993, University of Michigan, p. 181-200.

Auteur, « Halab », in Encyclopédie de l’Islam, nouvelle édition, vol. III, Leyde, 1978, E.J. Brill, p. 298-301.



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