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Traité d'armurerie de Saladin

  • Titre / dénomination : Traité d'armurerie de Saladin
  • Auteur : Murdâ ibn ‘Ali al-Tarsûsi
  • Lieu de production : Syrie
  • Date / période : Deuxième moitié du XIIe siècle
  • Matériaux et techniques : Papier oriental, encre noire, couleurs à l’eau et or ; reliure médiévale orientale : cuir, décor de petit fer à chaud et à froid ; plats intérieurs occidentaux (1963)
  • Dimensions : H. : 25,5 cm ; l. : 19,5 cm
  • Ville de conservation : Oxford
  • Lieu de conservation : Bodleian Library
  • Numéro d'inventaire : Huntington 264

Ce feuillet fait partie de la section dédiée à l’archerie d’un Traité d’armurerie réalisé pour Saladin (1169-1193), célèbre fondateur de la dynastie ayyubide dont le pouvoir s’étendit  sur l’Égypte et la Syrie dès la seconde moitié du XIIe siècle. L’ouvrage traite des armes et de la tactique, comme le détaille son titre complet : Explications des maîtres de l’esprit sur les manières de se mettre pendant les combats à l’abri des dommages et développements de l’instruction relative  aux équipements et aux engins servant à affronter les ennemis. Treize illustrations insérées dans le texte et quatorze illustrations en pleine page ponctuent le récit qui, après avoir évoqué quelques généralités sur l’armement, traite avec force détails des techniques du sabre, de l’archerie, des boucliers, des cuirasses et des armures, des masses d’armes et enfin des engins de siège.

On peut imaginer le succès de ce type d’ouvrage dans l’entourage de Saladin, dont les armées menèrent une véritable guerre sainte contre les Croisés au Proche-Orient. Si le sujet correspond tout à fait au personnage, le fait qu’il en soit le commanditaire nous éclaire sur son action de mécène, une facette de sa personnalité ignorée jusque-là.

On sait très peu de choses de l’auteur, dont la nisba indique peut-être une origine arménienne.

La représentation de l’arme est détaillée, on peut voir l’intégralité du système (arc, étrier, flèche, arbrier). L’arbrier, la zone prétexte à l’expression d’un décor, est constitué d’un rinceau végétal doré se déroulant sur un fond brun. Le raffinement de ce motif adoucit le caractère austère du sujet.

La mise en page est originale : l’arbalète, disposée en diagonale, jaillit littéralement sur la feuille, scindant les quatre lignes de texte de la zone inférieure et laissant à droite la place pour six lignes en naskhi. Cette écriture était abondamment employée à l’époque ayyubide tant pour le décor des objets[1] que pour les inscriptions architecturales[2]. La reliure en cuir richement décorée de motifs réalisés au petit fer et l’utilisation de l’or pour les titres font de cet ouvrage une pièce de luxe, dont le soin apporté à la réalisation reflète le prestige de son destinataire[3].

L’arbalète, comme beaucoup d’autres armes d’alors, était utilisée conjointement par les armées occidentales et orientales qui s’affrontèrent au Proche-Orient dès la Première Croisade (1096). Les miniatures occidentales illustrant le siège de Jérusalem de 1096, qui vit la prise par les Croisés de la ville sainte, dépeignent des guerriers francs usant de l’arbalète[4]. L’arme appartient au domaine de l’archerie, hérité des peuples nomades de l’Antiquité, qui perdura aux époques postérieures dans l’art de la guerre et de la chasse.

Ce manuscrit s’inscrit dans un contexte culturel favorable au développement des ouvrages de mécanique, regroupés sous la dénomination de « sciences des procédés ingénieux ». Nourrie de l’héritage grec, la science de la mécanique arabe connut diverses applications dans des domaines aussi variés que l’horlogerie, l’hydraulique, l’art militaire et la mécanique ludique et ses automates destinés à l’agrément des princes. Une précision toute scientifique s’exprime dans le dessin très détaillé des différents systèmes mécaniques aussi bien dans le Livre des procédés ingénieux des frères Banu Musa[5] (fin IXe siècle) que dans le dessin de l’arbalète.

NOTE

[1] Vase au nom du sultan al-Malik al-Nâsir Salâh al-dîn Yûsuf, dit « vase Barberini », Syrie, Damas ou Alep, 1237-1260, alliage cuivreux martelé, décor repoussé, gravé, incrusté d’argent et de pâte noire, Paris, musée du Louvre, inv. OA 4090.

[2] Bande d’inscription de la cour de la madrasa al-Firdâws, Syrie, Alep, 1235-1236, pierre d’Alep.

[3] Le feuillet 206 v° porte la marque de la bibliothèque de Saladin.

[4] Siège d’une cité par les Croisés, Historia, Guillaume de Tyr, Acre, XIIIè siècle, Paris, Bibliothèque Nationale de France, Ms Français 2628. http://visualiseur.bnf.fr/CadresFenetre?O=COMP-1&M=notice

[5] Livre des procédés ingénieux, lieu, copie datée 1210, encre sur papier, Berlin, Staatsbibliothkk, Ms. Or. Quart. 739, 75ff. L’âge d’or des sciences arabes, p.234.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

L’Orient de Saladin, (cat. exp., Paris, Institut du monde arabe, 2001), Paris, Gallimard, 2001, p. 92, n° 60.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Gaier, C., « La valeur militaire des armées de la première croisade », in Les Croisades. L’Orient et l’Occident d’Urbain II à Saint Louis, 1096-1270, (cat. exp., Toulouse, Ensemble conventuel des Jacobins, 1997), Milan, éditions Electa, 1997, p. 183-204.

Reinaud, M., «  De l'art militaire chez les Arabes au moyen-age », in Journal des Sciences Militaires, octobre 1849, Paris, 1849, [en ligne]. Disponible sur <http://www.citadelle.org/encyclopaedia.cfm?doc_id=955&scriptorium&alpha=D&doc_str1=M.%20Reinaud%20-%
20Membre%20de%20l'Institut%20,%20professeur%20d'arabe>, (consulté le 23 avril 2008).



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