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Bouche de fontaine en forme de cerf

  • Titre / dénomination : Bouche de fontaine en forme de cerf
  • Lieu de découverte : Espagne, probablement Madinat al-Zahra
  • Date / période : Seconde moitié du Xe siècle
  • Matériaux et techniques : Bronze fondu ; décor ciselé
  • Dimensions : H. 61, 6 cm
  • Ville de conservation : Cordoue
  • Lieu de conservation : Museo Arqueológico y Etnológico
  • Numéro d'inventaire : Inv. 500

On rapporte qu’après avoir été découverte sur le site de Madinat al-Zahra au XVIe siècle, cette bouche de fontaine ou de vasque serait passée au monastère de San Jerónimo de Valparaíso, situé à proximité. Ce monastère a été bâti en partie avec des pierres issues du site de Madinat al-Zahra, détruit au début du XIe siècle. Ambrosio de Morales rend compte de la découverte dans la « Vieille Cordoue » d’une vasque de marbre blanc ornée et, à l’intérieur de cette vasque, de deux pièces en laiton : un cerf et une biche délicatement ouvragés « à peine plus petits qu’un chevreau ». Le cerf et la vasque ont été conservés au Monasterio de San Jerónimo ; le petit cerf intégra ensuite les collections de la Comisión de Monumentos lorsque les biens du clergé furent saisis en 1868 ; enfin, en 1905, il entra dans les collections du Museo Arqueológico de Cordoue. Peut-être faisait-il partie, si l’on en croit le compilateur al-Maqqarî (1577-1632), d’un groupe de douze animaux flanquant l’un des bassins de Madinat al-Zahra[1].

Réalisé en ronde-bosse, l’animal se dresse sur un socle creux relié au tuyau cylindrique par lequel était acheminée l’eau qui jaillissait ensuite par sa bouche. Il manque les cornes qui s’ajustaient dans des orifices encore conservés. Le corps de l’animal est tapissé de petites tiges enserrant des feuilles nervées réalisées en faible relief, et le poitrail est marqué d’une grande rosette. On remarque aussi la forme en amande de l’œil, que l’on peut observer sur les autres pièces de ce type.

L’utilisation de figures animales à des fins ornementales est fréquente à l’époque du califat omeyyade de Cordoue (929 – 1031), sur tous types d’objets (textiles, ivoires, céramiques, vasques à décor en relief, etc.) destinés le plus souvent à des espaces et à des usages privés. Aussi bien le raffinement qui se dégage de cette pièce que son usage et ses ornements renvoient aux conditions de vie somptuaires propres à cette époque, caractérisée par un goût marqué pour tout ce qui est oriental. Cette célèbre pièce est considérée comme une des œuvres maîtresses encore conservées de l’atelier de dinanderie associé au palais. Plusieurs études ont comparé cette sculpture à d’autres œuvres en métal représentant des animaux, en particulier à un autre cerf provenant aussi de Cordoue et conservé à Madrid[2], mais qui présente quelques différences avec celui conservé au Museo Arqueológico y Etnológico de Cordoue. Une biche, considérée comme provenant de Madinat al-Zahra, se trouve au Musée National du Qatar[3].

On connaît d’autres objets en métal dont la facture ornementale est comparable, citons par exemple le paon aquamanile d’al-Andalus conservé au musée du Louvre, daté de 972, et ceux des collections Furusiyya et de la Pinacothèque de Cagliari[4]. Cet art perdura dans cette région, comme l’atteste un lion à queue articulée attribué au XIIe siècle[5] ; certaines sculptures zoomorphes en métal sont même passées en territoire chrétien, dans des circonstances que l’on connaît mal, tel le griffon qui ornait la cathédrale de Pise[6].

L’art des sculptures en métal a été importé du Moyen-Orient en al-Andalus ; à partir de là, il influença les productions médiévales européennes[7]. On retrouve aussi l’influence de l’art islamique dans les aquamaniles zoomorphes fabriqués dans l’Occident chrétien à l’époque médiévale[8].

NOTE

[1] Cf. Les Andalousies. De Damas à Cordoue, 2000, p. 114-115.

[2] Madrid, Museo Arqueológico Nacional, inv. 500

[3]Qatar, Musée National, s.n.

[4] Paris, musée du Louvre, inv. MR1569 ; Vaduz, Fondation Furusiyya, s.n. ; Cagliari, Pinacothèque, inv. 1445.

[5] Paris, musée du Louvre, inv.  OA 7883.

[6] Pise,  Museo dell’Opera del Duomo.

[7] Cf. Les Andalousies. De Damas à Cordoue, 2000, p. 34.

[8] Cf. par exemple l’aquamanile en cuerda seca fabriqué en Espagne au XVIe siècle (Paris, musée du Louvre, inv. OA 6326).

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Baena Alcántara, M. D., « Cervatillo. Surtidor de fuente », in El Esplendor de los Omeyas Cordobeses, (cat. exp., Madinat al-Zahra, 2001), Grenade: Fundación El Legado Andalusí, 2001, p. 190-191.

Gómez-Moreno, M., El arte árabe español hasta los almohades, Madrid: Ed. Plus Ultra, 1951, « Ars Hispaniae », vol. 3, p. 331, fig. 396.

Robinson, C.,« Ciervo de Córdoba », in Al-Andalus: las artes islámicas en España, (cat. exp., Grenade, Alhambra/New York, The Metropolitan Museum of Art, 1992), Madrid : Ed. El Viso, 1992, p. 210-211, n° 10.

Les Andalousies. De Damas à Cordoue, (cat. exp., Paris, Institut du monde arabe, 2000) Paris : Institut du monde arabe/Hazan, 2000, p. 114, n° 90.



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