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Hammam de Volubilis

Hammam Walîla ou Walîlî/ Thermes extra-muros

  • Nom : Hammam de Volubilis
  • Lieu : Maroc, province de Meknès, site de Volubilis
  • Date/période de construction : Fin VIIIe siècle
  • Matériaux de construction : Pierre, brique, mœllon
  • Dimensions : environ 243 m² ; salle de repos : 13,84 x 5,20 m ; bassin froid : 4,46 x 4 m, prof. 1,12 m

Le hammam de Volubilis[1] est le plus ancien hammam islamique connu au Maroc et l'unique monument médiéval à l’élévation partiellement conservée. Il est situé en contrebat au sud-ouest du site, sur la rive droite de l'oued Khoumane. Des fouilles récentes ont montré que ce monument exceptionnel faisait partie du quartier général fondé par Idris Ier (r. 789-793) à l'extérieur de l'enceinte romaine. Vu ses dimensions réduites, il s'agit d'un hammam privé faisant partie d'un complexe résidentiel comprenant une aire de silos à grains, deux bâtiments à cours, l'un conçu comme espace de réception et l'autre comme résidence.

Le hammam est composé de deux ensembles disposés en L : les salles froides, orientées nord-sud, et les salles chaudes orientées est-ouest. Le premier groupe comporte une salle de repos dotée de banquettes et pavée de dalles de remploi en calcaire de Zerhoun disposées en biais. La piscine froide, au sud de la salle de repos, était alimentée par une canalisation en provenance de l'Oued Khoumane. La salle froide, au pavement similaire, est décorée d’un bouclier en bas-relief provenant de l’arc de triomphe de Caracalla. La petite canalisation alimentant cette chambre suppose l'existence d'une vasque dans l'angle sud-ouest de la pièce pour recevoir l'eau. Le sol de la salle tiède était certainement couvert de dalles à l'image des salles précédentes, reposant sur une plateforme en mortier de chaux. La salle est couverte d'une voûte en berceau percée de deux trous d'aération et d'éclairage.

L’édifice a profité des matériaux de construction disponibles sur le site. La brique cuite est utilisée exclusivement dans la salle chaude et la salle de chauffe, dans l'hypocauste, et pour les bassins d'eau chaude et le foyer. Sa datation remonte à la période où Idris Ibn ‘Abd Allâh, descendant de la famille du Prophète, arriva à Walili où il fut accueilli par la tribu zénète des Awraba, qui le prit pour imam. Le quartier et le hammam ont survécu à son assassinat et à l'abandon de la ville par les Idrissides au profit de  Fès, nouvelle capitale de la dynastie à partir de 798.

À cette époque, la tradition antique s'impose comme référence architecturale pour les premiers hammams islamiques. Hormis le caractère privé de ce dernier, rappelant ceux des résidences califales omeyyades, il renvoie à une tradition antique locale. La parenté avec un modèle tingitan est perceptible, d'abord au niveau du plan orthogonal, où la partie froide, plus imposante, se situe en angle droit par rapport à la partie chaude, de dimensions plus réduites. Ensuite, la présence de la piscine froide dans la salle de repos, tout comme à Khirbat al-Mafjar en Palestine (milieu VIIIe siècle), ainsi que la construction des banquettes, sont en corrélation avec des thermes de villes antiques marocaines notamment Volubilis et Banasa. Le système de chauffage par hypocauste s'inscrit en continuité par rapport au système de chauffage antique, avec toutefois l'absence, dans le cas de Volubilis, de parois chauffantes.

NOTE

[1] Le monument a été signalé pour la première fois à la fin du XIXe siècle par Henri de la Martinière qui, se basant sur la découverte d'un encensoir portant une croix, le prit pour une basilique chrétienne. Il fallut attendre 1964 pour que B. Rosenberger entreprenne la fouille du bâtiment et établisse sa fonction thermale, le datant cependant de l'époque romaine. C'est Abdel Aziz El Khayari qui, en 1992, l’attribut à l’époque islamique.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Akerraz, A., La Maurétanie Tingitane du sud de Dioclétien aux Idrissides, thèse de IIIe cycle, Paris IV, 1985.

El Khayyari, A., « Les thermes extra muros à Volubilis », in Africa Romana, 1992, p. 301-312.

Martinière, H. de la, Souvenir du Maroc, Paris, 1912.

 



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