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Coiffure féminine (Tantûr)

  • Titre / dénomination : Coiffure féminine (Tantûr)
  • Lieu de production : Liban
  • Lieu de découverte : Région du Chouf, Liban
  • Date / période : XVIIIe - XIXe siècle
  • Matériaux et techniques : Argent, décor gravé et repoussé
  • Dimensions : H : 44 cm ; D. de la base : 30 cm
  • Ville de conservation : Beiteddine
  • Lieu de conservation : Musée de Beiteddine
  • Numéro d'inventaire : DGA S31/1

Le tantûr est une des coiffures féminines orientales les plus surprenantes. Ayant la forme d’un cône en métal (or, argent ou cuivre) dont les dimensions varient entre 35 et 70 cm de hauteur, il était attaché droit ou de côté sur une calotte du même métal. Un long voile en soie ou en mousseline fixé sur son sommet couvrait les épaules et le dos. L’exemplaire du Musée de Beiteddine est en argent à décor gravé et repoussé, reposant sur une calotte du même métal.

Le tantûr était en usage chez les femmes de la montagne libanaise ; il était porté par les chrétiennes maronites, les musulmanes et les druzes. Il était réservé à la femme mariée de toute condition, mais les jeunes filles de familles de très haut rang pouvaient le porter à de très rares occasions. La hauteur et la matière du tantûr étaient conditionnées par le rang social et la richesse de la personne qui le portait. Ceux en or, souvent sertis de pierres précieuses ou de perles,  étaient donc destinés aux plus riches, tandis que les femmes d’un rang moins élevé portaient des tantûr en argent ou en bois.

Les descriptions de voyageurs occidentaux qui ont visité le Liban dès la fin du XVIIIe siècle, ont clarifié certains usages du tantûr. Il était présenté à la femme par le mari le jour du mariage, et pouvait être porté à droite ou à gauche, en avant ou en arrière de la tête. Les maronites étaient les seules à le porter sur le front mais celles qui le portaient sur l’oreille pouvaient être ou druzes ou maronites. Lamartine et De Guys signalent que les femmes ne le quittaient jamais, même pour dormir. L’usage du tantûr se prolongea au Liban au moins jusqu’en 1860, date la dernière occurrence parmi les  récits de voyageurs.  Il s’agit d’un Russe anonyme qui, rencontrant à Majdal ‘Anjar une femme druze, l’appela « femme-licorne » en raison de son tantûr.

Dans son étude sur le costume au Liban, Maurice Chéhab pense que le tantûr pourrait être une déformation du mot tartûr qui désigne une coiffe conique haute connue déjà au XVe siècle. D’après Dozy, ce dernier terme était déjà en usage auparavant, puisqu’on le retrouve dans les Mille et une Nuits (époque mamluke, XIIIe – XVe siècles) pour décrire une coiffe féminine. Les coiffes portées par les Égyptiennes ont été signalées par plusieurs voyageurs comme Belon du Mans qui visita la région au milieu du XVIe siècle ; elles auraient peut-être donné naissance au hennin. Ce dernier ayant la forme d’un cône rigide dont le sommet pouvait être tronqué et auquel était attaché un long voile, fit son apparition en France vers 1420 et se répandit ensuite en Italie et Allemagne. Atteignant des proportions extravagantes, il fut l’objet d’ordonnances restrictives, disparaissant vers la fin du XVe siècle.

Plusieurs hypothèses ont été avancées sur les origines du tantûr. Certains affirment que les Croisés l’auraient introduit au Liban, tandis que d’autres supposent, au contraire, qu’il aurait été ramené en Europe par les Croisés. Pour d’autres, le tantûr serait venu de Chine ou de Mongolie. Certains ont aussi trouvé des similitudes avec des chapeaux portés par les femmes chrétiennes d’Urfa en Turquie ainsi qu’avec les coiffes des femmes juives d’Algérie.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Chehab, M., « Le costume au Liban, », Bulletin du Musée de Beyrouth, VI, 1942-1943, p. 47-79.

Dozy, R. P. A., Dictionnaire détaillé des noms des vêtements chez les arabes, Amsterdam, 1843, Jean Müller, Beyrouth : Librairie du Liban.

Mayer, L. A., Mamluk Costume, Genève, 1952, Albert Kundig.



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