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Les Ayyubides (1174-1260)

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La dynastie ayyubide, qui règne sur le Proche-Orient entre 1174 et 1260, est marquée par une figure majeure : Saladin (Salâh ad-Dîn, r. 1169 - 1193). Né en 1183 à Takrit (Irak), il est le fils de Ayyub, gouverneur militaire d’origine kurde qui règne sur cette ville. Il part avec sa famille en Syrie, travailler pour Zangî, maître de Mossoul et d’Alep, puis pour son fils, Nûr ad-Dîn. En 1169, Saladin arrive en Egypte, alors régie par le califat chiite fatimide déclinant, pour remplacer son oncle Shirkûkh comme vizir de l’Egypte et nouveau commandant en chef de l’armée de Syrie. Deux ans plus tard, en 1171, Saladin abolit le califat fatimide et devient le maître du pays, où il rétablit un pouvoir sunnite tout en faisant allégeance au calife abbasside de Baghdad. L’Egypte devient alors un pôle politique majeur à partir duquel Saladin va s’étendre, contrôlant progressivement la Syrie, une partie de la Jezireh et même le Yémen.

Saladin s’illustre particulièrement dans ses batailles contre les Croisés : c’est le champion du jihad sunnite. Ainsi, il récupère le gouvernement de Damas en 1174, puis celui de Hama, Homs et Baalbek, malgré des oppositions dans le nord de la Syrie (Alep) et en Haute-Mésopotamie (Mossoul). Mais la grande victoire des troupes de Saladin contre les Francs se déroule à Hattîn, près du lac de Tibériade, le 4 juillet 1187. Ses troupes affrontent celles du roi de Jérusalem, Guy de Lusignan, qui est fait prisonnier. A la suite de cet épisode, l’armée de Saladin reprend les villes de Tibériade, Nazareth, Sidon, Beyrouth, Gaza, Hébron, Acre et surtout Jérusalem, à nouveau musulmane après 88 ans d’occupation croisée. C’est l’effondrement des Etats latins d’Orient. Cette offensive musulmane incita les Francs à reconquérir ces territoires qui organisèrent la troisième croisade, menée entre 1187 et 1192 par Barberousse, Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste.

Afin d’appuyer cette reconquête l’architecture ayyubide développe deux types principales de construction : les forteresses et les madrasas (écoles). Leur rôle de défenseur du jihad s’illustre dans ces constructions austères. Ils emploient des matériaux sobres, comme la pierre, où l’utilisation de couleurs variées demeure parfois le seul ornement. Certains édifices s’agrémentent néanmoins de motifs sculptés, géométriques ou figuratifs, assez discrets. Parmi les exemples les plus significatifs qui nous soient parvenus, la citadelle d’Alep (début du XIIIe siècle) reste l’un des chefs-d’œuvre de cette architecture défensive. Surplombant la ville et entourée d’un glacis, on n’y accède par une longue rampe, coupée de deux portes massives en pierre. Quand aux madrasas, elles affirment la foi musulmane sunnite, avec des bâtiments de taille modeste mais très élégants. Composées d’une cour entourée de salles de cours, elles s’ouvrent souvent sur un iwân et comporte un mihrab décoré de pierres colorées qui forment des entrelacs géométriques, comme dans la madrasa al-Firdaws à Alep (1235 - 1236). Déjà présentes en Syrie, elles se répandent alors en Egypte.

Saladin apparait aussi comme l’héritier d’une politique d’unification territoriale du Proche-Orient avec une conception familiale du pouvoir. Ceci entraine souvent des discordes, pourtant transcendées par l’intérêt général. Le territoire contrôlé par les Ayyubides se compose d’un ensemble de principautés, organisées autour d’une ville, à l’exception de l’Egypte, pays unifié. Il restaure également une économie stable, des routes commerciales avec le sud (Soudan, Yémen) mais aussi avec l’Italie, tout en s’appuyant sur une organisation militaire et administrative antérieure.

Cette stabilité permet le développement de centres artistiques importants, souvent proches du pouvoir. Mossoul devient ainsi le principal centre de production pour de luxueux métaux incrustés d’or, d’argent et parfois de cuivre rouge, innovation technique de cette période. D’autres ateliers voient le jour en Syrie, notamment à Damas et certainement à Alep. Les artistes travaillent pour les cours qui leur passent commande et se déplacent avec elles. Plusieurs artisans ont également signés leurs œuvres, en indiquant leur origine (nisba) : la ville de Mossoul (al-Mawsili) revient régulièrement, même si ces artisans n’y travaillaient plus. Les motifs décorant ces métaux présentent une iconographie variée, notamment celle illustrant les plaisirs princiers (chasse, musiciens…) ou les signes du zodiaque, mais agrémentée de certains thèmes inédits, comme les travaux des champs. Un certain nombre de pièces portent également des motifs chrétiens très reconnaissables : Vierges à l’Enfant, saints auréolés…Ces motifs, certainement issus des communautés chrétiennes orientales très nombreuses à cette époque, sont réinterprétés par les dinandiers.

Dans les autres domaines artistiques, peu d’informations nous sont parvenus. Des centres de productions de céramiques ont probablement existés dans le Nord de la Syrie et au Caire, sans être attestés avec certitude. Les objets produits se diffusent pourtant avec un certain succès : des pièces se retrouvent notamment en Italie. De formes variées, elles portent un décor peint sous glaçure utilisant avec une maîtrise nouvelle la couleur rouge. Cela donne ainsi des pichets ou des coupes aux motifs figuratifs et végétaux d’une grande élégance, dans une gamme chromatique utilisant, en plus du rouge, du bleu et du noir.

Les techniques de décor du verre évoluent également. Des pièces (gobelets, bouteilles…) d’une transparence accrue portent un décor émaillé. Cette technique, antérieure au règne des Ayyubides, se perfectionne afin d’élargir sa gamme colorée et l’utilisation de l’or se répand sur les pièces les plus luxueuses.

A la mort de Saladin en 1193, ses descendants directs sont progressivement écartés au profit de son frère, al-Adil (r. 1200 - 1218), puis d’al-Kamil (r. 1218 - 1238). Ils continueront sa politique en préférant les négociations aux combats contre les Francs, tout en restituant Jérusalem à Frédéric II. La solidarité familiale qui prévalait jusqu’au règne d’al-Salih (r. 1240 - 1249) disparut face aux nombreuses rivalités familiales. Ce dernier se constitua alors une armée composée d’esclaves turcs qui, face aux dissensions internes des Ayyubides, prirent le pouvoir en Egypte à la mort du dernier Ayyoubide en 1250. La nouvelle dynastie des Mameluks était née.

A. C. –R.


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