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Les Sharifs du Maroc (1511 - à aujourd'hui)

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La dynastie saadienne

D'origine Chérifienne, les Saadiens purent, entre le début du XVIe et le début du XVIIe siècle, renforcer la résistance marocaine et ses tentatives pour libérer les villes côtières qui étaient occupées par les Espagnols et les Portugais. Ils purent fonder un Etat et préserver l'indépendance du Maroc.

Le fondateur de cette dynastie al Qaïm Bi Amri-allah fut choisi, vers 1511, dans la région d’Agadir (Souss) pour lutter contre les Portugais. Son fils et successeur, Ahmed El Arej, put soumettre Marrakech en 1521 et libérer Agadir, Safi et Azemour qui furent évacuées par les Portugais vers 1541. Sous le règne du Sultan Mohammad e-Cheikh, les Saadiens purent s'emparer de Fès en 1549 et éliminer le pouvoir outtasside. Outre les menaces chrétiennes, le Maroc fut menacé par les interventions militaires des Turcs, surtout après la soumission de Tlemcen par les Saadiens en 1550. 

La politique extérieure du fils de Mohammad e-Cheikh, le sultan Abdallah el Ghalib (r. 1557-1574) fut marquée par la lutte contre les Ottomans et l'alliance avec quelques pays chrétiens (Espagne, France, Angleterre). Les Turcs furent obligés d'évacuer certaines régions marocaines à l'Est. Toutefois les Espagnols occupèrent Tétouan en 1565.

Exilés à Alger, les frères d’Abdallah, Abd al Malik et Ahmad obtinrent l'aide du sultan turc Mourad II pour renverser le sultan Saadien Mohammad al Motaoukil, qui accéda au trône après la mort de son père en 1574. Abd al Malik, aidé par Ahmad, put détrôner al Motaouakil qui demanda au roi portugais, Dom Sébastien de le soutenir en échange de donner au Portugal des régions du littoral marocain. C'est dans ce contexte que se déroula le 4 août 1578, près d’Oued el Makhazin, la fameuse « bataille des trois rois ». Elle se termina par une grande victoire marocaine et le désastre de l'armée portugaise. Le même jour Abdel Malik mourut, tandis qu’al Moutaoukil et le roi Dom Sébastien furent tués. Cette victoire put sauvegarder l'indépendance du Maroc et donna à Ahmad, le nouveau sultan, le surnom d'al-Mansour « le Victorieux ». En outre le Maroc fut hautement considéré par plusieurs nations (empire Ottoman, Espagne, Angleterre, France…).

Le sultan Ahmad al Mansour (r. 1578-1603) renforça les structures de l'armée et la dota d'une solide garde. Sa cour et son administration furent réorganisées. En outre, il entretint des relations d'alliance et de contre alliance vis-à-vis de l'Empire Ottoman, de l'Angleterre et de l'Espagne. Il organisa aussi une expédition militaire qui put s'emparer, vers 1590, des mines de sel de Taghaza et Taoudeni et put soumettre le Soudan. 

L’augmentation des ressources financières de l'Etat donna à Ahmad al Mansour, le surnom al Dahbi « le Doré ». Ces ressources considérables furent fondées sur les impôts, les exploitations sucrières, le butin de la « guerre des trois rois » et l'essor du commerce marocain, surtout après la conquête du Soudan. Sous le règne d'al Mansour, les fortifications de Taza, Fès et de Marrakech furent renforcées. De nouvelles presses de canne à sucre furent construites dans les régions de Marrakech. Toutefois, le plus magnifique monument, construit par ce sultan, fut le palais Qasr al-Badi' à Marrakech. 

Après la mort d'Ahmad al Mansour, la guerre fratricide entre ses fils compliqua la situation au Maroc, avant de porter un coup fatal à leur pouvoir.

La dynastie alaouite

Les Alaouites sont également d'origine chérifienne. Ils sont les descendants d'Ali et de Fatima, fille du prophète. Pour construire l'unité du Maroc, et mettre fin à l'anarchie, les habitants de Sijilmassa et sa région prêtèrent, en 1631, allégeance à Moulay Chérif. Ses fils Moulay Mohammad et Moulay Rachid jouèrent un rôle important dans la réunification du Maroc.

En effet au cours de la première moitié du XVIIe siècle, le Maroc était partagé entre plusieurs principautés autonomes et rivales. Les fondateurs de ces principautés étaient soit des chefs de Zawiyas, c'est le cas de la Zawiya de Dila (moyen Atlas) et celle d'Illigh (Souss), soit des chefs militaires comme al Mojahid al Ayachi (Nord-Ouest). En outre, Salé était sous l'autorité des Morisques et Tétouan sous celle des Naksis.

Après l'allégeance de 1631, les Alaouites parvinrent à former une base de départ dans la région de Tafilalt avant de réaliser au cours de la seconde moitié du XVIIe siècle, le projet de la réunification du Maroc. Entre 1636 et 1664, Moulay Mohammad put s'emparer de la ville de Touat et de sa région saharienne. Il put aussi contrôler une grande partie de la région de Malouiya. Son successeur le sultan Moulay Rachid put soumettre la forteresse de Tabouassamt (Tafilalt), Taza et sa région et Fès en 1666. Ensuite, il s'empara de la Zawiya de Dila en 1668, de Marrakech en 1669 et d'Illigh en 1670. Le règne de son successeur, Moulay Ismail (r. 1672-1727) fut marqué par la consolidation de la réunification de l'Etat marocain et de ses structures administratives et militaires.

Moulay Ismail adopta aussi le projet de la libération des villes côtières, occupées par les Européens. Il reprit aux Espagnols Larache et la Mamora - al Mahdiya – (1680/1681), et s'empara ensuite de Tanger qui fut évacuée par les Anglais en 1688. Après sa mort, l'histoire du Maroc fut marquée, entre 1727 et 1757, par une période de troubles liée à des problèmes économiques, sociaux et politiques. Les causes de ces problèmes furent l'intervention de l'armée des Abid al Boukhari dans la désignation des sultans et les grandes poussées de plusieurs tribus montagnardes vers les terres agricoles.

La période du règne du sultan Sidi Mohammad Ibn Abdallah (r. 1757-1790), fut marquée par la réforme des structures de l'Etat et sa réorganisation. Le sultan changea la situation de déstabilisation du Maroc et put rétablir l'ordre.

Sur le plan militaire, il remplaça l'ancienne armée des Abid et des Oudaya par une nouvelle armée constituée de tribus locales (Béni Hassan, Aït Atta…). Après le bombardement de Larache et de Salé en 1765, par la force maritime française, le sultan réorganisa la flotte marocaine. Grâce à ces réformes militaires, la ville d'Elbrija (El Jadida) fut reprise aux Portugais en 1769. 

Sur le plan économique, les ressources financières de l'Etat furent réorganisées et devinrent de plus en plus indépendantes des impôts agricoles grâce aux droits de douane et au développement du commerce maritime. Pour encourager les échanges avec le monde extérieur, le Sultan signa des traités avec le Danemark en 1757, la Suède en 1763, la France en 1767 et le Portugal en 1773.

En outre Sidi Mohammad Ibn Abdallah, fut l’un des plus puissants bâtisseurs marocains. Sous son règne plusieurs monuments (mosquées, médrasas, kasabahs et ports…) furent construits ou restaurés. La fondation de la ville d’Essaouira fut sa plus grande réalisation  architecturale. Elle fut construite en 1764.

Sur un panneau en pierre, surmontant l’entrée de la porte sud-est de la kasabah d’Essaouira, fut écrit en caractère cursif, le  texte  suivant :

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 Selon l’inscription « […] ce tighr bienheureux fut fondé suite à l’ordre donné par notre seigneur Commandeur des Croyants […] Sidi Mohammad […] en 1178 », la raison principale de la fondation d’Essaouira, fut la protection de la région contre les menaces extérieures. En effet, le terme tighr  « ??? » fut utilisé, par les musulmans, pour designer les villes fortifiées, capables de repousser les attaques extérieures. En outre, l’une des motivations de sa fondation   fut le contrôle du commerce avec le monde extérieur. Pour ces raisons, le sultan Sidi Mohammad Ibn Abdallah fit édifier les remparts d’Essaouira, les fortifications de ses sqalas, son port, et ses quartiers administratifs et commerciaux.

Le XIXe et le début du XXe siècle furent marqués, le plus souvent par des divisions internes et par la résistance marocaine contre les pressions de certains pays européens coloniaux. Sous la pression militaire française, le protectorat de la France sur le Maroc fut imposé en 1912. Les Espagnols profitèrent de cette situation politique et militaire et purent occuper progressivement certaines parties du Rif. Ainsi entre 1912 et 1934, le pays fut le théâtre de luttes qui opposèrent la résistance marocaine aux armées françaises et espagnoles. Mais grâce à la révolte du souverain légitime Mohammad V et du peuple marocain, le Maroc obtint son indépendance en 1956.

Sous le règne d’Hassan II (r. 1961-1999), le Sahara marocain, fut récupéré et de nombreux monuments furent construits. Parmi les belles réalisations architecturales de cette époque, il faut citer la grande mosquée Hassan II à Casablanca et le Mausolée Mohammad V à Rabat. Après la mort d’Hassan II en 1999, son fils Mohammad VI accéda au trône selon les traditions marocaines relatives à l’allégeance.

N. M.

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