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Minbar de la Grande Mosquée de Kairouan

  • Titre / dénomination : Minbar de la Grande Mosquée de Kairouan
  • Lieu de production : Kairouan, Tunisie
  • Date / période : 248 H./862 J.C.
  • Matériaux et techniques : Bois de teck sculpté, ajouré, ferrures
  • Dimensions : L : 3,93 m. ; H : 3,31 m
  • Ville de conservation : Kairouan
  • Lieu de conservation : Grande Mosquée de Kairouan

Ce joyau de l’art mobilier ifriqiyen est la plus ancienne chaire connue du monde islamique encore in situ. Confectionnée en bois de teck provenant du commerce indien ce minbar se présente sous la forme d’un escalier de onze marches ; il est composé de plus de 300 pièces sculptées et assemblées. Les panneaux sont d’une exceptionnelle richesse ornementale témoignant de l’extrême variété du répertoire dans lequel l’ornemaniste puise ses modèles.

Située à droite du mihrâb, adossée au mur de la qibla, cette chaire symboliserait l’estrade depuis laquelle le Prophète s’adressait aux fidèles. Elle serait peut-être aussi un héritage du trône surélevé depuis lequel le commandant en chef sassanide passait en revue ses troupes. Le minbar, utilisé par l’imam pour le prône, peut aussi bien être réalisé en bois comme ici, que parfois en pierre (monde ottoman et indien) ou en brique (monde iranien) ou même en pisé (Lybie).

Certains auteurs prétendent, en se référant à un texte du kairouanais Al-Tujibi[1] cité par Ibn Naji et à la finesse du travail de l’ébéniste, que ce minbar n'a pas été exécuté en Ifriqiya. Comme les carreaux de céramique lustrée du mihrab, ces panneaux proviendraient de Bagdad. Le décor sculpté, très précis et refouillé, extrêmement varié, s’inspire de plusieurs traditions. Peut-être a-t-il été en partie réalisé par des ébénistes ifriqiyens, tant sont grands les rapprochements avec les sommiers en bois contemporains trouvés à la Mosquée Ibn Khayrun à Kairouan (866).

L’essentiel de l’ornementation est formé de 90 petits panneaux rectangulaires aux décors variés réunis par des bandeaux à décor uniforme de rinceaux. On distingue un décor végétal pur,  constitué par des alignements de feuilles de vigne, de pommes de pin superposées, de tiges minces et souples, de fruits lancéolés resculptés en surface, et de grappes piriformes qui semblent supporter un feuillage en volutes. Le même décor végétal est aussi réparti selon des compositions axées organisées autour d’un arbre stylisé, d’un vase sobrement esquissé ou d’un fruit. Le décor géométrique formé par des damiers, des tresses et des grilles, se distingue par sa variété. Signalons seulement que les entrecroisements des lignes déterminent soit des figures simples (carrés, losanges), soit des figures plus complexes (grecques, svastika, étoiles). On observe aussi des panneaux à décor mixte. Certains sont proches du décor en marbre sculpté du mihrâb et aussi de bois tulunides égyptiens.

Le répertoire décoratif et le traitement des motifs évoquent l’art omeyyade, visible dans les décors des palais du désert syrien, dont les racines puisent leur sève à la fois dans le fond classique gréco-romain et byzantin et dans le fond iranien sassanide. En effet, peu de choses nous rappellent ici l’art contemporain mésopotamien et le style de Samarra. Les panneaux où la flore, très réduite, vient surtout combler les vides déterminés par les figures géométriques, sont à rapprocher de des claustra du complexe de Khirbat al-Mafjar (Jéricho, Palestine, 724-743) ou de ceux provenant de monuments omeyyades syriens et jordaniens (Qasr al-Hayr al-Gharbi, 724-727, Mshatta et al-Tuba, 743-744). Le minbar de Kairouan atteste de la persistance de cette dualité. Le legs hellénistique s’exprime à travers les panneaux à galons rigides ou courbes, tressés ou treillissés. Le souvenir de l’art sassanide, et en particulier celui de la couronne des souverains, s’affirme dans des compositions florales plus riches et un relief plus vigoureux, où figurent la pomme de pin enveloppée de palmes, la tige dressée dans l’axe du panneau, des enroulements en forme de S, des ailes ouvertes, des rinceaux formant rubans. Ainsi, le minbar de Kairouan offre une symbiose réussie entre différentes traditions, que l’on retrouve aussi dans bon nombre de productions de l’école de Kairouan de la brillante époque aghlabide.

NOTE

[1] Ibn Naji, 1978, p. 147-148.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Golvin L., Essai sur l’architecture religieuse musulmane, t. I, Paris, 1970, Klincksieck, p. 213.

Ibn Naji, Ma'âlim al-îmân fi ma'rifat ahl al-Qayrawân, t. II, Tunis, 1978, al-Maktaba al-Atiqa, p. 147-148.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Golvin L., Essai sur l’architecture religieuse musulmane, t. III, Paris, 1974, Klincksieck.

Les Omeyyades : naissance de l'art islamique, Aix en Provence, 2000, Edisud.

Syrie, Mémoire et civilisation, (cat. exp., Paris, Institut du monde arabe, 1993), Paris, 1993, IMA, Flammarion, p. 418-419.



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