Qantara Qantara

Représentation de Digénis Akritas sur un plat en céramique

  • Titre / dénomination : Représentation de Digénis Akritas sur un plat en céramique
  • Lieu de découverte : Kherson, Ukraine
  • Date / période : Fin du XIIe - début du XIIIe siècle
  • Matériaux et techniques : Céramique à pâte argileuse ; décor gravé sur engobe et sous glaçure (sgraffiato) du type Zeuxippus Ware
  • Dimensions : D. 31,8 cm
  • Ville de conservation : Saint-Pétersbourg
  • Lieu de conservation : Musée de l'Ermitage
  • Numéro d'inventaire : n° X728

L’épopée de Digénis Akritas occupe pour la civilisation byzantine une place comparable à celle des Mille et Une Nuits pour l’Islam classique ou à celle de l’Iliade pour la Grèce antique. Il s’agit d’un poème épique ayant comme toile de fond l’histoire de Byzance et ses relations avec l’Islam.

Un émir arabe originaire de Syrie capture une noble byzantine lors d’une incursion sur le territoire de l’Empire byzantin. La mère de la jeune femme envoie ses fils à la rencontre de celui-ci afin qu’ils délivrent leur sœur. Après une terrible confrontation, l’émir est vaincu. Mais plutôt que de se séparer de celle dont il est tombé amoureux, il se convertit au christianisme, emmène toute sa famille sur le territoire byzantin et épouse sa belle. De leur union naît Digénis, « celui qui est né de deux races ». Enfant précoce, il est doté d’une force et d’un courage extraordinaires. Telle est l’histoire racontée dans la première partie de l’œuvre, qui met en scène des personnages et des événements du IXe et du Xe siècle.  La deuxième partie, plus longue et plus romancée, relate les aventures de ce personnage à la stature imposante : Digénis participe à une chasse aux fauves, et, à son tour, enlève la fille d’un puissant stratège. Ils se marient, puis il l’emmène mener une vie errante le long de la frontière où il affronte dragons, amazones et brigands. Enfin, il construit près de l’Euphrate un palais merveilleux où il meurt subitement dans la force de l’âge. L’existence de cet homme au croisement de deux cultures lui a valu le nom d’Akritas, « l’homme de la frontière ». On retrouve le terme d’akritai dans des traités militaires byzantins du Xe et du XIe siècle, qui désignait généralement les habitants  qui vivaient  aux confins du territoire impérial, le long de la frontière est.

Il existe six manuscrits racontant cette même histoire, avec parfois quelques variantes. Ces récits seraient la réécriture d’un texte perdu, appelé Digénide, qui aurait été composé au XIIe siècle. Le contenu, la forme et la langue du poème en grec démotique suggèrent qu’il fut écrit sous le règne d’Alexis Ier Comnène (1081-1118), sans doute dans les premières décennies du XIIe siècle. Cependant, l’action décrite prétend se dérouler bien plus tôt : les adversaires des Byzantins sont des Arabes et non des Turcs, comme c’est pourtant le cas depuis 1050. De ce fait, l’œuvre s’inscrit dans un passé légendaire où les incursions arabes sur le territoire byzantin auraient été nombreuses ; les repères historiques, servant à donner une allure de vraisemblance au poème, prennent leur source dans les traditions populaires.

Chasseurs et guerriers, tels que Digénis Akritas, sont des thèmes iconographiques qui se retrouvent sur la vaisselle byzantine en céramique. Lors de fouilles ont été mis au jour des plats dont le décor figure un guerrier, que l’on a voulu identifier avec Digénis Akritas, au combat contre un fauve ou un animal fantastique. Un de ces plats est aujourd’hui exposé au musée de l’Hermitage à Saint-Pétersbourg. Il a été découvert en Crimée et daterait de la fin du XIIe siècle ou du début du XIIIe siècle. Un deuxième exemple a été retrouvé à Thèbes et date de la même période. On y voit également un guerrier s’attaquant à un dragon au corps de serpent, créature fantastique que l’on trouve dans le poème épique. Ces plats appartiennent à une variété de céramique byzantine de bonne qualité, appelée Zeuxippus Ware.

L’épopée de Digénis Akritas fut largement diffusée : elle était connue dans tout le Proche-Orient, jusqu’en Russie où une traduction slave a été élaborée. La transmission de ce texte depuis le Moyen Âge jusqu’à l’époque moderne témoigne de la popularité du mythe de Digénis et de sa capacité d’adaptation aux réalités de différentes cultures.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Actes du VIIe Congrès international sur la céramique médiévale en Méditerranée, 11-16 octobre 1999, Thessalonique, 2003, Athènes, 2003.

Cappel, A.-J., « Akritai » in Oxford Oxford Dictionary of Byzantium, I, New York, 1991, Oxford University Press, p. 47.

Jeffreys, E. J., « Digenes Akritas » in Oxford Dictionary of Byzantium, I, New York, 1991, Oxford University Press, p. 622-623.

Odorico, P. (trad.), L’Akrite : l’épopée byzantine de Digénis Akritas, Toulouse, 2002, Anacharsis.

Megaw, A. H. S., « Zeuxippus Ware », in Annual of the British School of Athens, 63, 1968, p. 67-88.



Transversalités associées
Céramique
Céramique
Sgraffiato
Sgraffiato
Anges (1185-1204)
Anges (1185-1204)
Byzance
Byzance
Représentation figurée
Représentation figurée
Formes et motifs
Formes et motifs
Littérature
Littérature