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Muqarnas peint avec motif de musicien

  • Titre / dénomination : Muqarnas peint avec motif de musicien
  • Lieu de découverte : Egypte, Fustât
  • Date / période : XIe siècle ? (avant 1136)
  • Matériaux et techniques : Stuc ; décor peint
  • Ville de conservation : Le Caire
  • Lieu de conservation : musée d'art islamique
  • Numéro d'inventaire : 12880

Lors des fouilles de 1932 à Fustât, plusieurs fragments de stuc peint, éléments de décor d’un hammâm incendié en 1136, ont été découverts. Les bains étaient nombreux dans cette ville créée lors de la conquête islamique, et devenue un faubourg du Caire sous les Fatimides. Ils constituent en effet un élément fondamental de la vie dans les pays d’Islam, à la fois lieux d’hygiène et d’ablutions rituelles. Dès la période omeyyade, conçus sur le modèle romain, ils étaient présents dans ou près des résidences palatiales[1] ainsi que dans des villes (bains de ‘Amr à Fustât). Plus tard, au XIIe siècle, la ville de Damas en aurait compté pas moins de cinquante-sept[2], et quatre cents ans après, Léon l’Africain en recensait une centaine à Fès.

Les muqarnas sont des éléments architecturaux prismatiques, spécifiques de l’Islam, constitués de petites niches assemblées. D’origine sans doute iranienne, ils sont universellement employés dans tout le monde islamique dès le XIe siècle, pour masquer les zones de transition, emplir des voûtes ou décorer des chapiteaux, par exemple. Très présents aussi en al-Andalus, ils furent très utilisés par la suite dans les édifices mudéjar, et sont très courants en Sicile, dont l’architecture est souvent très influencée par l’Islam.

Le décor de ces muqarnas constitue l’un des rares exemples conservé de peinture murale fâtimide. L’iconographie est variée : sur le plus grand fragment, on observe la présence de motifs végétaux et d’oiseaux affrontés, alors que sur un autre prennent place plusieurs représentations figurées, encadrées par une bordure. Une danseuse, tenant sans doute des foulards, est discernable dans l’une des niches, tandis que dans une autre est assis un personnage nimbé, tenant un gobelet.

L’image du buveur est fréquente dans les arts de l’Islam. Elle peut être une simple évocation des plaisirs princiers, associée à la danse et à la musique, comme par exemple sur la frise fâtimide retrouvée dans le maristan du sultan Qalâ'ûn[3]. Elle est aussi employée pour représenter le souverain dans le monde islamique. Par exemple, sur l’église Sainte-Croix d’Aghtamar (915 – 921), c’est ainsi que le calife abbasside se distingue, des autres rois représentés.  Cette iconographie du prince assis à l’orientale, un gobelet à la main, continue d’être utilisée sous les Ayyubides puis sous les Mamluks[4] en Égypte.

Longtemps, ces fragments ont été daté de la période fâtimide (909 – 1171), par comparaison avec d’autres œuvres du XIe siècle en Égypte. Les scènes de boisson et de danse sont fréquentes dans l’art fâtimide sur différents supports, et le style des personnages se rapproche de plusieurs céramiques à reflets métalliques, comme par exemple le plat à la joueuse de rabâb[5]. Des représentation sur des ivoires et des bois sont aussi comparables. Néanmoins, E.J. Grube a récemment évoqué la possibilité d’une datation beaucoup plus précoce, vers la fin du VIIIe siècle, par comparaison avec les fresques 'abbâsides de Sâmarrâ (Irak) et en raison de l’ancienneté du quartier où se situait le hammâm. Cette datation remettrait en cause la chronologie de la peinture égyptienne et celle de la diffusion des muqarnas. La proximité des peintures de Sâmarrâ avec celles du plafond de la chapelle palatine de Palerme (mil. XIIe siècle), peut-être réalisée par des artistes égyptiens, témoigne pourtant que le style abbasside s’est perpétué au fil des âges. L’attribution à la période fatimide, sur des critères stylistiques, reste donc la plus probable. 

NOTE

[1] Notamment à Qusayr ‘Amra (Jordanie), qui présente d’ailleurs tout un cycle de peintures, et où ils ont seuls survécu.

[2] Selon Ibn ‘Asâkir.

[3] Frise aux scènes animées, Égypte, Le Caire, maristan de Qalâ'un, XIe siècle, bois, Le Caire, musée d’art islamique, n° 3465, 3473, 4063, 4366, 3467, 3468, 3471, 3470, 3472.

[4] Baptistère de Saint-Louis, Égypte, début du XIVe siècle, Paris, Musée du Louvre, LP 19.

[5] Plat à la joueuse de rabâb, Égypte, XIe siècle, céramique à décor de lustre métallique, Le Caire, musée d’art islamique inv. 14923

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Islamic art in Egypt, 969 – 1517, (cat. exp. Le Caire, 1969), n° 205 p. 213.

Behrens-Abouseif, D., « Mukarnas », in Encyclopédie de l’Islam, VII, Leyde/Paris : E.J. Brill/G.-P. Maisonneuve & Larose S.A., 1993, p. 501.

Grube, E. J., « A Drawing of Wrestlers in the Cairo Museum of Islamic Art », in Quaderni di studi arabi, 1985, 3, p. 89-106.

Sourdel-Thomine, J. ; Spuler, B., Die Kunst des Islam, Berlin : Propylën Verlag, 1973, p. 202, pl. XXXIV.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Sourdel Thomine, J., « Hammâm », in. Encyclopédie de l’Islam, III, Leyde/Paris : E.J. Brill/G.-P. Maisonneuve & Larose S.A., 1990, p. 142-147.

Trésors fatimides du Caire, (cat. exp. Paris, Institut du monde arabe, 1998), Paris/Gand : Institut du monde arabe/Snoeck-Ducaju et Zoon, 1998.



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