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Deux gobelets à décor de scènes chrétiennes

  • Titre / dénomination : Deux gobelets à décor de scènes chrétiennes
  • Lieu de production : Egypte ou Syrie
  • Date / période : Environ 1260
  • Matériaux et techniques : Verre soufflé ; décor émaillé et doré
  • Dimensions : 47.17 : H. 18,5 cm ; D. ouverture : 12,1 cm. / 47.18 : H. 17 cm ; D. ouverture : 10,5 cm.
  • Ville de conservation : Baltimore
  • Lieu de conservation : The Walters Art Museum
  • Numéro d'inventaire : 47.17 et 47.18
  • Inscription :

    N°47.17, bandeau sous la lèvre, en naskhi : « Gloire à notre maître, le sultan, le royal, le savant… »

    N°47.18, bandeau sous la lèvre, en naskhi : « Gloire à notre maître… le juste… »

Ces deux gobelets aux bords largement évasés portent un décor réparti en trois registres. Les bandeaux supérieurs sont ornés de formules de vœux dorées et cernées de rouge sur fond bleu. Des inscriptions et des rinceaux végétaux dorés sur fond rouge, tracés à l’intérieur de l’objet, ornent aussi les bandeaux inférieurs qui sont identiques sur les deux gobelets, mis à part le contenu des formules de voeux.

Sur le gobelet n°4717, deux personnages nimbés, en longs vêtements drapés rayés, alternent avec la représentation de deux bâtiments à coupoles nervées, à un et deux niveaux, protégés par une enceinte. Des visages et des lampes apparaissent à travers les arcatures et les fenêtres. Sur le n°4718 les architectures sont comparables mais dépourvues d’enceinte. Un personnage sur un âne, un autre debout vêtu d’une cape bordée de fourrure et une petite figure debout sur un toit sont intercalés entre ces bâtiments, parmi les tiges feuillues et les rinceaux végétaux du fond.

Le gobelet est une forme très utilisée pour les verres émaillés et dorés élaborés au Proche-Orient dès le début du XIIIe siècle. Le profil élancé et le bord largement évasé rattachent ces pièces à un groupe attribué au milieu du XIIIe siècle, dont le musée du Louvre possède un exemplaire à décor de cavalier[1].

Quelques gobelets ont été découverts en groupe[2]. Leurs dimensions, comme celles des gobelets de Baltimore, laissent à penser qu’ils étaient peut-être stockés empilés. Leur fonction était peut-être cérémonielle. On les voit en effet figurés sur des objets en céramique, en verre, et en métal incrusté dans des scènes de banquets et de divertissements princiers[3] mais aussi dans des décors chrétiens, à côté d’accessoires liturgiques[4].

Le riche décor d’or et d’émaux colorés, appliqué sur le verre déjà cuit, est fixé par une seconde cuisson. Cette technique, qui rappelle par certains côtés la céramique haft-rang seljuqide d’Iran, se développa en Syrie dès la fin du XIIe siècle. Elle donna lieu à une production admirée, exportée et imitée[5] jusqu’en Occident, qui perdura jusqu’au XVe siècle, époque où les ateliers orientaux périclitèrent, supplantés par les productions vénitiennes et barcelonaises. Le sens des échanges s’inversa alors et les verres européens s’exportèrent en Orient[6].

L’iconographie est clairement chrétienne. Le n°4717 fait référence aux communautés monastiques, autour desquelles gravitait la vie chrétienne au Proche-Orient islamique. Ce type de scène est fréquent sur des objets produits dans la région à l’époque ayyûbide et sous les premiers Mamlûks[7]. Le n°4718 représente l’entrée du Christ dans Jérusalem, un épisode décrit dans les quatre Évangiles[8], largement représenté en contexte chrétien[9], ce dès l’époque paléochrétienne. On peut l’observer à plusieurs reprises sur des objets à iconographie chrétienne élaborés en contexte islamique[10] mais aussi sur les manuscrits syriaques provenant des scriptoria des monastères chrétiens d’Orient[11].

La présence d’inscriptions est une caractéristique de l’art islamique. L’arabe, langue utilisée par l’archange Gabriel pour transmettre le message divin au prophète Muhammad, possède un caractère sacré ; elle est donc très présente dans l’art islamique, tant dans le domaine religieux[12], historique, documentaire, qu’esthétique et même symbolique.

Le style est caractéristique de la période. Les tenues drapées et rayées[13], les architectures, ou encore les végétaux[14], apparaissent fréquemment sur les productions du Proche-Orient des XIIe-XIIIe siècles, qu’elles soient en rapport ou non avec les Chrétiens d’Orient.

Cette communauté de style révèle l’existence de contacts culturels et artistiques intenses entre les différentes composantes de la société d’alors.

NOTE

[1] Gobelet au cavalier, Syrie, milieu XIIIe s., verre soufflé, décor émaillé et doré, Paris, musée du Louvre, département des arts de l’Islam, inv. OA 6131.

[2] Trois gobelets, Syrie ou Égypte, XIIIe s., verre soufflé, décor émaillé et doré, Londres, Nasser D. Khalili Collection of Islamic Art, inv. GLS 578a, 578b, 578c.

[3] Bol au buveur, Syrie, début XIIIe s., pâte siliceuse, décor polychrome peint sous glaçure, Damas, Musée national, inv. A/4510/11890.

[4] Brûle-parfum à décor chrétien, Syrie ou Mésopotamie du nord, première moitié XIIIe s., alliage cuivreux moulé incrusté d’or et d’argent, Londres, British Museum, inv. 1878 12-30 679.

[5] Voir la série de gobelets vénitiens dits « Aldrevandin » parmi lesquels le gobelet au griffon, Venise, fin XIIIe-déb.XIVe s., Francfort-sur-le-Main, Museum für Angewandte Kunst, inv. 6770.

[6] Lampe de mosquée, Venise, XVIe s, verre soufflé à décor de redeselli et doré, Istanbul, Topkapi Sarayi Müzesi, inv. 34/468.  

[7] Bouteille à scènes chrétiennes et pastorales, Syrie, milieu XIIIe s., Vaduz, Furussiyya Arts Foundation..

[8] Mt 21, 1-11, Mc 11, 1-11, Lc 19, 28-38, Jn 12, 12-16.

[9] Entrée du Christ dans Jérusalem, XIIe s., , mosaïque, Palerme, Chapelle Palatine.

[10] Gourde, Syrie, vers 1250, bronze incrusté d’argent, Washington, Freer Gallery of Art, inv. F1941.10.

[11] Entrée du Christ à Jérusalem, Lectionnaire jacobite, Iraq, Mossoul, monastère de Mar Mattây, 1220, gouache et encre sur papier, Vatican, Biblioteca Apostolica Vaticana, Ms. Siriaco 559, f° 223 v°..

[12] Coran bleu, Tunisie, Xe s., vélin teint à l’indigo et enluminé d’or, Kairouan, musée des Arts islamiques de Raqqada, inv. Rutbi 196.

[13] Coupe aux fiancés, Syrie ou Chypre, XIIIe s., céramique à pâte argileuse, décor gravé sur engobe sous glaçure transparente, rehauts de glaçure colorée, anciennement collection Croizier, dépôt à l’Institut du monde arabe.

[14] Livre de la Thériaque, Djezireh, 1199, Paris, Bibliothèque Nationale de France, Manuscrits orientaux,  arabe 2964, ff. 5, 22, 55.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Atil, E., Renaissance of Islam. Art of the Mamluk, (cat. exp. Washington, Smithonian Institution, 1981), Washington : Smithonian Institution Press, p. 126-127, n° 44-45.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Barovier Mentasti, R., Carboni, S., « Le verre émaillé, entre l’Orient méditerranéen et Venise », in Venise et l’Orient, (cat. exp. Institut du monde arabe, Paris, 2006), Paris : IMA / Gallimard, 2006, p. 252-276.

Carboni, S., « L’art du verre sous les Ayyubides et les premiers décors émaillés et dorés », in L’Orient de Saladin, (cat. exp., Paris, Institut du monde arabe, 2002), Paris : IMA-Gallimard, 2002, p. 137-197.

Duchet-Suchaux, G. ; Pastoureau, M., La Bible et les saints, guide iconographique, Paris : Flammarion, 1994.



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