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Les Lombards (568-774)

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Germains d’origine scandinave, les Lombards entrent en Italie par la plaine du Pô, dirigés par le roi Alboïn (r. 561-572), en franchissant les Alpes en 568. Le territoire est occupé par les Byzantins qui ne résistent guère à la force lombarde. La terre sur laquelle les Lombards s’installent rassemble des Ostrogoths aux usages germaniques et des Byzantins d’influence orientale et de tradition romaine antique. Du fait de la résistance byzantine, l’établissement du peuple lombard ne se fait pas sans heurts et la persistance de ses pratiques religieuses « hérétiques » rend son intégration encore plus problématique dans la Péninsule. Ce n’est que sous Perthari (r. 671-688) que le catholicisme deviendra définitivement religion officielle et les Lombards garderont très longtemps leurs coutumes juridiques.

Succédant au royaume ostrogoth pour plus de deux siècles, la dynastie des rois lombards couronnera 27 rois et tentera de s’étendre jusqu’au Sud de la Péninsule.

Dans le contexte de morcellement territorial du Haut Moyen Âge, plusieurs mondes coexistent autour du pouvoir lombard : le pouvoir de Rome, exarchat de Ravenne et de Byzance et siège apostolique, le pouvoir byzantin qui tente de reconquérir l’Occident et le pouvoir mérovingien. Chacun est régi par sa loi et ses usages. Quels sont les liens entre ces différentes cultures ? Que retiennent les Lombards des peuples qu’ils colonisent ? Que gardent-ils de leurs origines germaniques ? Quels syncrétismes ? La Péninsule réussit-elle à garder des contacts avec la Méditerranée auparavant objet de sa prospérité ?

Après une période d’anarchie de dix ans (574-584) qui montre les tâtonnements et le désordre politique lombards à ses débuts, la royauté est restaurée avec l’élection d’Authari. Avec ce dernier et surtout le roi Agilulf (r. 590-616) s’installe un véritable royaume lombard structuré. L’administration est installée à Pavie qui devient capitale en 626, où la bureaucratie est inspirée par le modèle byzantin. Le modèle byzantin, héritier des monarchies hellénistiques, est porteur de ces traditions orientales millénaires.

Cette période de stabilisation est propice au développement d’une production artistique lombarde. La pratique germanique de l’inhumation habillée et son mobilier funéraire nous permettent d’avoir un aperçu des arts du métal. Si les premières nécropoles (ex. Cividale del Friuli) montrent une continuité des techniques et des styles pannoniens, les années 600 marquent l’influence de la mode byzantine. Les boucles d’oreilles pour les femmes sont à corbeille et filigranées, les fibules sont portées seules, rondes et rehaussées de pierres en bâte et de filigranes ; les hommes portent la garniture de ceinture de type byzantin. C’est en Italie que les Lombards enrichissent les motifs zoomorphes traditionnels germaniques de tresses et entrelacs méditerranéens, sur les fibules ansées et les croix funéraires.

L’architecture religieuse lombarde est très marquée par l’architecture italo-byzantine mais apporte quelques originalités. Les églises sont en général de plan basilical (Saints-Apôtres de Côme) mais elles ont la particularité d’avoir des absides tréflées comme à Saint-Sauveur de Brescia, ou des rotondes étoilées comme les chapelles palatines de Bénévent et de Pavie.

La sculpture est elle aussi influencée par l’art de Byzance ; les panneaux de marbre de l’abbesse Theodata (m. 720), le ciborium du baptistère de Cividale, ou l’autel du Duc Ratchis à Cividale (744-749), en reprennent les reliefs en méplat, la stylisation, l’abstraction et la symétrie. Les maîtres sculpteurs byzantins ont certainement œuvré pour les Lombards dans le domaine de la sculpture en haut-relief et la ronde-bosse, apanage du monde antique, surtout aux VIIe et VIIIe siècles.

Les Lombards développent en revanche un vocabulaire particulier dans le domaine de l’enluminure avec des lettrines zoomorphes, des croix médianes et des frontispices rectangulaires, un modèle qui s’exportera notamment en Gaule.

Les Lombards sont donc influencés par l’Orient et la Méditerranée grâce à la proximité du dynamique monde byzantin. Les relations avec le reste de la Méditerranée - Afrique du Nord et Levant - ne restent que marginales au Haut Moyen Âge et sont l’œuvre des gens de la mer et des riverains ; en premier lieu les ports de l’Italie méridionale puis ceux de la côte ouest. Les horizons s’élargissent dans des cas exceptionnels jusqu’aux lignes d’Alep, Hama, Damas ou Le Caire. Les marchands byzantins apportent au VIIIe siècle à la Cour lombarde le sel et des produits de l’Orient, mais les liens commerciaux avec la Méditerranée restent anecdotiques.

Le VIIIe siècle est à la fois celui de l’apogée et celui de la fin du royaume lombard. Liutprand (r. 712-744) amène le territoire à son extension maximale mais la Péninsule ne sera jamais entièrement conquise. Charlemagne prend possession du territoire lombard en 774, démantèle le royaume de Didier et devient le 27e roi des Lombards. Il engagera les artistes lombards réputés pour leur savoir-faire dans sa politique de renouveau artistique.

E. D. -P.

Bibliographie

Azzara, C., L’Italia dei barbari, Bologne, 2002, Il mulino.

Bautier, R.-H., Commerce méditerranéen et banquiers italiens au Moyen Age, Brookfield, 1992, Gower.

Collectif, Moyen-Age : Chretiente et Islam, Paris, 2005, Flammarion.