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Ville de Rabat, remparts andalous et fortifications côtières : Sqala, Borj Sirat, Borj Dâr

  • Nom : Ville de Rabat, remparts andalous et fortifications côtières : Sqala, Borj Sirat, Borj Dâr
  • Lieu : Maroc, Wilaya de Rabat-salé-Zemour-Zaer
  • Date/période de construction :

    Rempart andalous : à partir de 1609 ; fortifications alaouites : fin du XVIIIe siècle

  • Matériaux de construction : Pierre et mortier de chaux
  • Dimensions : Rempart andalous : 1400 m, H. 4,90, ép. 1,65 m ; Sqala : 66,80 x 19 m ; rempart alaouite : 5400 m, plus de 840 ha

La ville de Rabat est ceinte de trois grands remparts qui correspondent à trois phases importantes de son histoire : la muraille almohade, celle des Andalous et celle des Alaouites.

L’enceinte andalouse marque une phase de repli et de décadence de la ville de Rabat. Construite par des familles morisques[1] fuyant l’Inquisition espagnole au début du XVIIe siècle, cette enceinte réduite s’étend sur un tracé rectiligne. La courtine est fortifiée d’un chemin de ronde protégé d’un parapet et ponctué de tours barlongues dont l’une est ronde : le Borj Sidi Makhluf, qui doit son nom à un saint d'origine juive dont le corps repose à proximité, patron des bateliers de l’époque (XVIIe siècle).Cet ouvrage défensif permettait de guetter les mouvements des embarcations dans l’estuaire. Depuis sa plateforme circulaire on pouvait surveiller le port.

À la fin du XVIIIe siècle, la ville de Rabat est doublée, du côté du continent, d'une muraille continue qui part de l'océan, englobe une partie de l'Agdal et aboutit à l'extrémité sud-est de l'enceinte almohade. Cette enceinte protégeait le palais de Mawlây Sulaymân[2].

L’enceinte côtière enserre plusieurs édifices du XVIIIe siècle. En 1776, Muhammad III ibn ‘Abdâllah[3] édifie la Sqala, sous les ordres du célèbre anglais Muhammad al-Inglîzî. Cet ouvrage défensif d’influence européenne était destiné à recevoir des pièces d’artillerie. Il comporte une plateforme élevée, souvent flanquée dans les coins d’échauguettes et dotée d’embrasures à canons. Sa position est stratégique : sur le littoral atlantique à quelques mètres de l’extrémité nord, en contrebas de la Qasaba des ’Udâyas, la Sqala commande l’entrée de l’embouchure du Bouregreg. Composée d’une batterie dotée de canons et d’une vaste plate-forme trapézoïdale, elle est bordée des cotés nord, est et ouest d’un parapet percé d’embrasures. Au sud, une porte principale et trois portes latérales donnent accès à l’intérieur d’une cour. Trois échauguettes occupent les angles sud-est,  nord-est et nord-ouest, tandis que l’angle sud-ouest est occupé par des cellules et une pièce trapézoïdale couverte en voûte d’arête. Cette dernière mène vers un passage souterrain par le biais d’un escalier. L’ouvrage est entièrement construit en pierre de taille et en moellon.

On doit également au fameux Muhammad al-Inglîzî le Borj Sirat, qui se dresse sur une falaise rocheuse dominant l’océan à plusieurs mètres et abrite actuellement le phare de Rabat. C’est une ancienne fortification dotée d’une tour dont on ignore les origines exactes. Selon une inscription surmontant la porte d’entrée, l’ouvrage date de 1775-1776. Vaste trapèze construit en gros blocs de pierres taillées, ce fortin est doté de dix-neuf embrasures et opposait une résistance certaine aux attaques ennemies.

Borj Dâr se dresse au milieu du rempart maritime de Rabat. Il fut édifié par le sultan Sidi Muhammad ibn ‘Abdallâh, contemporain de la Sqala, de la Qasaba et de Borj Sirat. L’inscription qui coiffe la porte d’entrée donne une date plus récente : 1239 H./ 1823-24, ce qui signifie que l’ouvrage a subi une réfection sous le règne de Mawlây ‘Abd al-Rahmân.

 Ces ouvrages militaires rappellent par leur style architectural, leurs matériaux et techniques de construction, les fortifications maritimes modernes qui se développent en Occident comme en Orient avec l’introduction de l’arme à feu. Les liens avec l’architecture défensive chrétienne, espagnole et portugaise sont notables et l’on connaît plusieurs exemples d’ouvrages similaires construits à la même époque, à Anfa et à Essaouira sous le règne du sultan Sidi Muhammad ibn ‘Abdallâh (r. 1757-1790).

NOTE

[1] Musulmans d’Espagne.

[2] Souverain alaouite du Maroc (r. 1793-1822).

[3] Souverain alaouite du Maroc (r. 1757-1790).

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

Basset, H. ; Terrasse, H., « Sanctuaires et forteresses almohades », in Hespéris, n° V, Paris : Institut des Hautes Études Marocaines, 1925, p. 311-376 ; VI, p.107-270 ; VII, p.117-171, 287-345.

Caillé, J., La ville de Rabat jusqu’au Protectorat français, Paris : Éditions d’Art et d’Histoire, « Publications de l’Institut des Hautes études marocaines, t. XLIV », 1945.

Marçais, G., l’Architecture musulmane d’Occident, Paris : Arts et Métiers Graphiques, 1954.

Terrasse, H., « Le décor des portes anciennes du Maroc », in Hesperis n° III, 1923, p. 147-174.

Terrasse, H., L’art hispano-mauresque des origines au XIIIème siècle, Paris : Van Ost, 1932.

Terrasse, M.,  L’architecture hispano-maghrébine et la naissance d’un nouvel art marocain à l’âge des Mérinides, Thèse de Doctorat d’État, sous la direction de J.Thomine Sourdel, Paris, 1979.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Avilier, A-C. d’., Dictionnaire d’architecture civile et hydraulique, et des arts qui en dépendent, nouvelle édition, Jombert, 1755,  p. 124.



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