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Gobelet à décor de griffon

  • Titre / dénomination : Gobelet à décor de griffon
  • Lieu de production : Venise, Italie
  • Date / période : Fin XIIIe - début XIVe siècle
  • Matériaux et techniques : Verre incolore soufflé à la volée ; décor émaillé
  • Dimensions : H. 11,3 cm ; D. max. : 9,5 cm
  • Ville de conservation : Francfort-sur-le-Main
  • Lieu de conservation : Museum für Angewandte Kunst
  • Numéro d'inventaire : 6770
  • Inscription :

    « Ave Maria Gratia Plena »

Cette pièce est rattachée à un ensemble de gobelets en verre émaillé et parfois doré, produits à Venise entre la fin du XIIIe et le milieu du XIVe siècle, fortement inspirés des productions ayyubides et mamlukes. Ils sont regroupés sous la dénomination « gobelets Aldrevandin », en référence aux archives vénitiennes mentionnant des peintres sur verre dont un certain Aldrevandinus, « fabricant de gobelet ». Sa signature apparaît sur un gobelet conservé au British Museum[1].

La découverte de nombreuses pièces de ce groupe en Europe, principalement au nord du continent, a conduit par le passé à proposer pour ces objets une production syrienne à destination d’une clientèle franque, présente sur les côtes levantines jusqu’à l’expulsion des Croisés de Terre Sainte en 1291. Les recherches plus récentes concluent à une production vénitienne, fortement influencée par l’Orient.

De profil élancé, le gobelet, dont la base repose sur un tore, s’évase vers le haut. Sa relative étroitesse, comparée à d’autres pièces du groupe, bien plus larges et trapues[2], permet de la rapprocher de pièces orientales[3]. Le verre, légèrement rosé, porte un décor peint d’émail jaune, rouge, vert, noir et blanc, sur la face extérieure. Le registre principal occupé par un griffon est encadré par deux bandeaux décoratifs. Celui du bas, constitué d’une bande de petits points blancs et d’une ligne jaune cernée de rouge, est repris au niveau supérieur, où il est enrichi d’une inscription chrétienne : « Je vous salue Marie pleine de grâce ».

Techniquement, le gobelet est très comparable aux gobelets islamiques. L’importation d’Orient de groisil et de matières premières nécessaires à la production du verre[4] et les ressemblances entre les compositions chimiques des verres orientaux et vénitiens suggèrent des échanges très étroits entre les deux aires culturelles. La répartition du décor figuré entre deux bandeaux décoratifs dont le supérieur porte une inscription fait clairement référence aux pièces islamiques[5]. Les points blancs sont hérités du décor des verres ayyubides de la première moitié du XIIIe siècle, dont le gobelet dit « de Charlemagne »[6] est un célèbre exemple. L’application de ces gouttelettes d’émail perdura assez longtemps dans le décor vénitien, par exemple sur des cesendelli (lampes à suspendre)[7]  du XVIe siècle. L’inscription latine indique peut-être l’utilisation du gobelet dans le cérémonial chrétien, supposition étayée par le fait que plusieurs gobelets du même groupe furent découverts dans des églises européennes[8]. Le griffon, animal hybride mi-lion mi-aigle issu du bestiaire antique, très utilisé dans l’art islamique, est ici réinterprété : des serres d’aigle remplacent les pattes avant léonines. L’inspiration est plus européenne qu’orientale[9]. C’est cette iconographie qui prévaut en Europe médiévale. Quant à la position de l’animal, elle rappelle le dynamisme des représentations animalières souvent adopté dans l’art islamique[10]

Cet objet, comme les autres pièces du groupe des gobelets Aldrevandin, est emblématique du mouvement d’influences techniques et artistiques de l’Orient vers l’Occident en vigueur à la fin du XIIIe  siècle dans le domaine des arts du verre, dont les artisans vénitiens restent jusqu’à aujourd’hui les spécialistes. Ces gobelets vendus dans toute l’Europe du Nord révèlent le rôle pivot qu’occupa la République de Venise dans la diffusion des savoir-faire et des styles artistiques originaires d’Orient.

NOTE

[1] Gobelet, verre émaillé et doré, Italie, Venise, fin XIIIe - déb. XIVe s., Londres, British Museum,  inv. MME 1876.11-04.0003.

[2] Comme le gobelet en verre émaillé à décor de personnage auréolé sous des arcades, Venise, fin XIIIe - déb. XIVe s., Suisse, Domchatz Chur.

[3] Cf. la forme du gobelet à décor épigraphié découvert en fouilles à Hama, seconde moitié du XIIIe s., Syrie, Musée de Damas, inv.A.3886.

[4] Attestée à Venise dès 1280 par des sources historiques.

[5] Gobelet à décor de scène de jeu de polo, Syrie, mil. XIIIe s., Paris, musée du Louvre, département des Arts de l’Islam, inv. OA 6131.

[6] Syrie, 1e moitié du XIIIe s., Chartres, musée des Beaux-Arts, inv. 5144.

[7] Lampe à suspendre, Venise, fin XVe - déb. XVIe s., Murano, Museo Vetrario, inv. CI.VI, n°2.

[8] Cf. note n°1.

[9] Voir à ce propos les griffons représentés dans les mosaïques de pavement de l’église Santa Maria e Donato de Murano (Italie), XIe s.

[10] Un fond de plat égyptien du VIIIe-IXe s. conservé au musée du Louvre à Paris (département des Arst de l’Islam, inv. MAO 337) présente un griffon dans une position comparable. 

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Venise et l’Orient, 828-1797, (cat. exp., Paris, Institut du monde arabe, 2006), Paris, 2006, Institut du monde arabe, Gallimard, p. 258 et 341.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Carboni, S., « Ogetti decorati a smalto di influsso islamico nella vetraria muranese : tecnica e forma », in Arte veneziana e arte islamica, Venise, 1986, p. 147-165.

L’étrange et le merveilleux en terres d’Islam, (cat. exp., Paris, musée du Louvre, 2000), Paris, 2000, RMN, p. 134-137.

L’Orient de Saladin, (cat. Exp., Paris, Institut du monde arabe, 2001), Paris, 2001, Institut du monde arabe, Gallimard, p. 137-139, p. 189-193.



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