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Olifant de Saint-Orens d’Auch

  • Titre / dénomination : Olifant de Saint-Orens d’Auch
  • Lieu de production : Italie du Sud ou Sicile
  • Lieu de découverte : Ancien trésor de l’église prieurale de Saint-Orens d’Auch, France
  • Date / période : XIe – XIIe siècle
  • Matériaux et techniques : Ivoire sculpté
  • Dimensions : L. 46 cm ; D. maximum : 11,8 cm
  • Ville de conservation : Auch
  • Lieu de conservation : Musée Municipal
  • Numéro d'inventaire : sn

Sur sa partie centrale, l’olifant présente huit facettes, chacune meublée d’oiseaux, de quadrupèdes et d’animaux fantastiques insérés dans les sinuosités d’une tige feuillue ; une petite croix de Malte apparaît dans un cercle. Le pavillon, qui redevient circulaire, est souligné par deux bagues décorées d’un feston végétal. Il est entouré d’une large frise composée d’animaux insérés dans des anneaux. Dans une séquence plus brève, ce bandeau réapparaît à l’embouchure ainsi que les deux bagues d’accompagnement.

Certaines caractéristiques du décor – exagération de la tête et de l’œil, dessin curviligne des corps, traitement des plumes et des poils par des virgules, inscription des figures dans des cercles – permettent de rattacher l’ouvrage aux ateliers italiens d’Amalfi, en Campanie, et notamment à une famille d’ivoiriers connue aux XIe et XIIe siècles : les Mansone. Ce nom apparaît dans une inscription latine gravée dans un plumier en ivoire, conservé au Metropolitan Museum de New York. Quoi qu’il en soit, cet olifant « chrétien », marqué par sa croix de Malte, a reçu une décoration fortement influencée par les ivoires musulmans produits à la même époque dans les ateliers d’al-Andalus ou de l’Égypte fatimide ou encore dans ceux de la Sicile, cette dernière étant, par excellence, le lieu où s’entrecroisent les cultures. Le Musée d’Art islamique du Qatar possède un olifant entièrement sculpté de figures animalières,  attribué à Amalfi ou à Venise, et dont le style est proche de celui-ci. Ces ivoires reflétant l’art de la Méditerranée musulmane, mais fabriqués hors de son domaine, sont souvent qualifiés de « sarracéniques ».

Par ailleurs, on connaît l’importance commerciale et politique de la cité d’Amalfi et les liens qu’elle entretenait à cette époque avec l’Orient musulman. Ce sont des marchands d’Almalfi qui, pour secourir les pèlerins chrétiens, ont fondé la première organisation hospitalière en Palestine, fondation qui sera la forme primitive de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem (1099).

La légende de Roland, neveu de Charlemagne tombé sous les coups des musulmans, a fini par susciter en France un véritable culte qui fait que les olifants sont toujours des « cors de Roland » et qu’ils sont vénérés comme des reliques. L’olifant de l’église Saint-Orens d’Auch, comme celui de l’église Saint-Sernin de Toulouse, ou comme celui de Saint-Trophime d’Arles, était considéré comme ayant appartenu au preux chevalier. Le personnage de Roland  était devenu, à l’époque des Croisades, la figure emblématique du héros combattant pour sa foi. À Auch, on soufflait dans l’olifant pour inviter les fidèles aux offices. Rappelons la légende : en 778, dix ans avant la mort de l’émir de Cordoue ‘Abd al-Rahmân Ier, Charlemagne roi des Francs entreprend une expédition vers Saragosse alors peuplée de musulmans assez indépendants. Au retour, l’arrière-garde franque, conduite par son neveu Roland, est attaquée dans un val de l’Ebre appelé Roncevaux. On ne sait pas si les assaillants sont des Arabes ou des Vascons. Roland, malgré les appels de son cor, ne sera pas secouru à temps. Cet épisode, peu éclairé par les chroniques de l’époque, qu’elles soient arabes ou latines, deviendra au fil du temps une épopée et sera à l’origine de la première œuvre poétique en langue française : la Chanson de Roland. Rédigée au début du XIIe siècle, à la suite d’une tradition orale, ce poème va contribuer à populariser la figure du neveu de Charlemagne. Il pourrait être contemporain de cet olifant.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Gauthier, M-M., Les Routes de la foi : reliques et reliquaires de Jérusalem à Compostelle, Paris, 1983, Bibliothèque des Arts.

Kühnel, E., Die Islamischen Elfenbeinskulpturen VIII-XIII Jahrundert, Berlin, 1971, Deutsche Verlag für Kunstwissenschaft.

Métivier, R., « A propos de l’olifant dit de St-Orens », in Bulletin de la société archéologique Du Gers, 1901.

Les Andalousies, de Damas à Cordoue, (cat. exp., Paris, Institut du monde arabe, 2000), Paris, 2000, Institut du monde arabe, Hazan, n° 209, p. 178.

Les Trésors des Eglises de France, (cat. exp., Paris, musée des Arts Décoratifs), Paris, 1965, n° 507, p. 275.



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