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Chape ecclésiastique (piviale)

  • Titre / dénomination : Chape ecclésiastique (piviale)
  • Lieu de production : Turquie, probablement Bursa ; coupée, assemblée et brodée à Venise
  • Date / période :

    Milieu du XVe siècle  

  • Matériaux et techniques : Soie, fil d’argent doré ; velours coupé, assemblé et brodé
  • Dimensions : H. 1,4 m ; l. 2,97 m
  • Ville de conservation : Venise
  • Lieu de conservation : Basilica di Santa Maria Gloriosa dei Frari, Ufficio Promozione Beni Culturali, Curia Patriarcale

Ce vêtement, une grande cape de cérémonie utilisée dans la liturgie catholique[1], est réalisé en velours de soie à dominante rouge et or. Il est composé de trois parties assemblées et brodées de fil doré. De forme semi-circulaire, la chape est agrafée par devant et portée par le prêtre et l’évêque lors des bénédictions solennelles (vêpres, laudes) et des processions.

Nombre de musées et de trésors d’églises européens possèdent de telles pièces, tissées en Orient et transformées en vêtements liturgiques chrétiens. Cette présence importante atteste de la faveur dont ces riches étoffes orientales jouissent en Occident, ce depuis le Moyen Âge. Une chasuble conservée dans la cathédrale de Fermo (Italie), ayant appartenue à l’archevêque de Canterbury, est taillée dans un tissu espagnol d’Alméria, principal centre textile de la dynastie almoravide (1042-1147).

La chape, de forme arrondie, porte un décor de rangées de médaillons évoquant des formes florales, à fond alternativement rouge et blanc, disposés en quinconce sur un fond de fins rinceaux fleuris, et décorés de motifs floraux composites. La bordure rapportée au bord du vêtement est décorée d’un motif d’enroulements végétaux. Le chaperon est orné du même rinceau d’enroulements ; il encadre un motif de croix dorée.

Les velours de soie, en coupons ou taillés, font partie des marchandises de luxe échangées entre Venise et le monde islamique, dans le cadre de relations diplomatiques ou de tractations commerciales. La technique luxueuse et complexe de fabrication du velours de soie est probablement originaire d’Italie, où l’on peut trouver les velours les plus anciens, datant du XIIIe siècle. Elle se serait diffusée d’ouest en est jusqu’en Turquie ottomane, où les ateliers rivalisent techniquement dès le XVe siècle avec ceux de Gênes et Venise.

Le décor de ce velours permet d’attribuer le lieu de production à la Turquie ottomane du XVe siècle. Il a peut-être été réalisé à Bursa, première capitale de l’empire dès 1326 et centre de production et de tissage de la soie depuis l’époque byzantine, quand le ver à soie fut acclimaté aux mûriers anatoliens. Un textile provenant d’une église suédoise[2] présente la même disposition du décor, caractéristique de la production ottomane. Les tapis anatoliens d’Ushak aux teintes dominantes rouges et or, composés de médaillons alternés[3], relèvent de la même tradition anatolienne.  Cette disposition en quinconce est connue très tôt en Occident et en Orient, par exemple en Égypte aux VIIe-IXe siècle[4].

Les deux parties à fond rouge, la bande rapportée et le chaperon, sont d’un style différent, proche l’art de l’enluminure et de la reliure ottomane mais aussi des motifs du répertoire décoratif vénitien de la Renaissance. Ce type d’enroulement au développement axial apparaît par exemple sur l’encadrement d’une Vierge à l’enfant peinte à Venise vers 1450[5].

Les activités conjointes des deux industries de luxe, italienne et turque, perdureront aux XVIe et XVIIe siècles et la pratique des échanges de textiles, particulièrement des velours de soie, continua. Ainsi les caftans ottomans du trésor du palais impérial seront souvent taillés dans des velours de soie italiens. Quant aux velours ottomans, s’ils apparaissent moins répandus dans la cité vénitienne, ils seront très recherchés dans toute l’Europe pour la confection de textiles d’ameublement et de vêtements liturgiques[6].

NOTE

[1] Le mot vient du latin cappa : capuchon, cape.

[2] Tissu de soie à fils d’or et d’argent, Turquie, XVe s., Stockholm, Musée des Antiquités Nationales, inv. 15662.

[3] Tapis d’Ushak à médaillons, Anatolie, 3e quart du XVe s., laine, Koweït, Dâr al-Athar al-Islamiyyah, Collection al-Sabah.

[4] Morceaux de paire de jambières, tapisserie laine-lin, Égypte, fouilles d’Antinoé ( ?), VIIe-IXes., Lyon, musée historique des Tissus, inv. 28.520/27 et 28.

[5] Vierge à l’Enfant, M. Giambono, tempera et or sur panneau de bois, Italie, Venise, v. 1450, Rome, Galleria Nazionale d’Arte Antica di Palazzo Barberini, inv. 1660.

[6] Les textiles turcs et iraniens sont notamment très répandus dans les collections russes et polonaises, sous forme de vêtements liturgiques portés pour la célébration du culte orthodoxe et catholique (Pologne).

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Venise et l’Orient, 828-1797, (cat. exp., Paris, Institut du monde arabe, 2006), Paris, Institut du monde arabe, Gallimard, 2006, p. 187, cat n° 80.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Atasoy, N. (dir.), IPEK. The Crescent and the Rose. Imperial Ottoman Silk and Velvets, Londres, 2001.

Blair, S. S., Bloom, J., The Art and Architecture of Islam, 1250-1800, Yale University Press, 1994, p. 231-236.

De Jonghe, D. (dir.), The Ottoman Silk Textiles of the Royal Museums of Art and History in Brussels, Brepols, 2004.

Mack, E.R., Bazaar to Piazza, Islamic trade and italian art, 1300-1600, Berkeley, Los Angelès, Londres, University of California Press, 2002, p. 27-49.



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