Les deux dernières décennies sanglantes du XIIe siècle sont marquées par le règne de la dynastie impériale des Anges (1185-1204), à une époque de pleine maturation pour l’Empire byzantin.
Dès le début du XIIe siècle, la famille des Anges est associée à la dynastie régnante des Comnènes par le mariage de Théodora, la plus jeune fille d’Alexis Ier Comnène, avec Constantin Ange. Les Comnènes ont bien su, dans l’ensemble, faire face aux différentes menaces que représentaient, depuis la fin du XIe siècle, les Turcs seldjukides, les Normands et les Croisés. Après la mort de Manuel Ier Comnène en 1180, la situation cependant se complique. Des États indépendants se sont créés, comme la Serbie et la Bulgarie, tandis que Chypre est tombée entre les mains des Francs. Au cours du bref règne d’Alexis II Comnène (r. 1180-1183) qui, en raison de son bas âge, demeure sous l’emprise de sa mère Marie d’Antioche, Andronic Comnène se présente, dès 1182, à Constantinople dans le but de renverser cette dernière. Des émeutes éclatent en faveur d’Andronic ; les habitants massacrent une grande partie des marchands italiens de la ville. Une fois le calme revenu, Andronic entre dans la capitale et prend le pouvoir, reléguant Marie d’Antioche dans un couvent. Un an plus tard, il déjoue une conspiration tramée contre lui, et, sous prétexte d’une révolte en Anatolie, se proclame empereur. Son règne, très sanglant, est marqué par la perte de Thessalonique attaquée par les Normands en 1185.
Isaac II Ange (r. 1185-1195) devient empereur à vingt-neuf ans. Sur le plan intérieur, il se montre incapable d'empêcher la désintégration de l’Empire, face à l’aristocratie féodale qui commence à se rebeller. Isaac II Ange altère les monnaies et augmente les impôts. Il confie le commandement de l’armée au général Alexis Branas qui réussit à vaincre les Normands lors de la bataille du Strymon le 7 septembre 1185. Le mariage de l’empereur avec la fille du roi Béla vaut comme traité de paix avec la Hongrie ; il noue également une alliance avec les Vénitiens. Au même moment, une révolte des Bulgares et des Valaques éclate dans la région du Danube. Alors qu’Isaac II Ange commençait à l’emporter sur les Bulgares, l’empereur germanique Frédéric Barberousse arrive à la tête de la troisième croisade, après avoir pillé la Thrace. La priorité pour Isaac II Ange est de négocier la paix avec Frédéric avant d’affronter les Serbes et les Bulgares.
En Asie Mineure, les révoltes se multiplient et l’armée impériale s’avère incapable de les contenir. Isaac II Ange ne parvient pas à venir à bout du séparatiste Théodore Mancaphas qui s’est créé un territoire comprenant la Lydie et Philadelphie. Pour l'en déloger, l'empereur fait donc appel au duc des Thraciens, Basile Vatatzès. Théodore Mancaphas se réfugie auprès du sultan d'Iconium. Il obtient de ce dernier des troupes, et ravage les provinces byzantines. Isaac II finit par obtenir à prix d'argent que Théodore Mancaphas lui soit livré. Cet épisode témoigne de l'incompétence de l'empereur et de la dissolution progressive de l'Empire. En 1195, Isaac II est détrôné et aveuglé par son frère Alexis.
Alexis III Ange (r. 1195-1203) prend le pouvoir à quarante ans. Son règne est une suite d'émeutes et de conspirations qui continuent de ruiner l'Empire. Des régions entières sont perdues, leurs gouverneurs faisant tour à tour sécession. Ces rebelles ne cherchent pas à s’emparer de Constantinople, mais simplement à s’assurer le contrôle d’un territoire donné. En1203, Constantinople est victime de la quatrième croisade par la République de Venise. Alexis IV, fils d'Isaac II Ange, convainc la cité de renverser Alexis III avec la promesse de verser aux Croisés six fois la somme due aux Vénitiens, et à condition de rétablir son père Isaac, sur le trône byzantin. En dépit des protestations du légat du pape rappelant l’interdiction faite aux Croisés d’attaquer d’autres chrétiens, dès le printemps suivant, l’armée de la quatrième croisade et les Vénitiens, rejoints par Alexis, se lancent à la conquête des îles et des ports grecs. En juillet 1203 un premier assaut de Constantinople provoque la chute et la fuite d’Alexis III. Isaac II, rétabli sur le trône, prend comme co-empereur son fils Alexis IV. Pour pouvoir tenir les promesses faites aux Croisés, Alexis IV entreprend une politique très stricte imposant de lourds impôts. La population se révolte contre ces nouvelles lois fiscales, et le titre d’empereur revient à Alexis V Doukas Murtzuphle, qui mène une politique résolument anti-latine. Les Croisés concluent alors un traité, signé en mars 1204, installant le partage de l’Empire entre les Vénitiens et les Croisés. Le 13 avril 1204, la ville de Constantinople est prise et livrée au pillage.
La quatrième croisade, détournée de son but par la prise de Constantinople a marqué la rupture définitive entre Orient et Occident. Les options politiques des Anges ont conduit l’Empire à son démantèlement après 1204. Cependant, malgré le déclin politique et militaire que connaît l’Empire à cette période, il réussit à demeurer un foyer économique et culturel. Durant la dernière décennie du XIIe siècle de petites églises sont construites plutôt dans les Balkans ou dans les provinces lointaines de l’Empire que dans sa capitale même (église de Saint-Georges de Kurbinovo en Macédoine yougoslave, en 1191 ; église de Lagoudéra à Chypre, en 1192). Malgré leurs dimensions restreintes et leur type architectural à une seule nef, ces églises sont ornées d’un riche décor peint qui reflète les changements qui se sont produits dans l’iconographie et le style à cette époque.
E. Y.
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