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Qantara - Les Lascarides (1205-1261)
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Les Lascarides (1205-1261)

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La prise de Constantinople par les Croisés le 13 avril 1204 marque un tournant dans les relations entre Byzantins et Chrétiens d’Occident. Les Latins élisent un empereur, Baudouin de Flandre, et entament le partage de l’Empire byzantin selon l’accord dit Partitio Romaniae[1]. Les Vénitiens se réservent la plupart des îles et les ports d’Albanie, d’Épire, du Péloponnèse, d’Eubée et de Crète. Boniface de Montferrat, quant à lui, occupe la Thessalie et crée le royaume de Thessalonique ; Geoffroy de Villehardouin règne sur le Péloponnèse et instaure la principauté d’Achaïe, tandis qu’Othon de La Roche reçoit le duché d’Athènes.  La partition du territoire en plusieurs principautés féodales engendre des difficultés. En rivalité les unes avec les autres, celles-ci refusent de se soumettre à l’autorité de l’empereur latin de Constantinople.

Trois centres de résistance byzantine voient le jour sous l’autorité de descendants des familles impériales : les petits-fils d’Andronic Comnène, Alexis et David, s’installent à Trébizonde ; Michel Ange occupe les montagnes d’Épire, alors que Théodore Laskaris, gendre d’Alexis III, s’établit à Nicée. Chacun de ces trois nouveaux États indépendants a pour objectif de rétablir l’Empire à son propre compte, et, par conséquent, de reprendre Constantinople aux Latins.

L’État de Trébizonde, affaibli par les attaques turques, est le premier des trois à renoncer à ce projet.

Michel Ange réussit à s’emparer de Dyrrachium ainsi que de l’Ouest de la Thessalie, mais est assassiné en 1215. Le royaume est confié à son demi-frère, Théodore Ange. Ce dernier soumet les territoires bulgares adjacents et, à la mort de l’empereur Henri[2], étend son territoire en direction de Thessalonique. Pierre II de Courtenay, beau-frère d’Henri, succède à ce dernier. Il entreprend d’envahir l’Épire par l’ouest, mais se fait tuer dans une embuscade épirote. Théodore Ange s’approprie alors l’Est de la Thessalie, prend Thessalonique en 1224 et se proclame empereur. Son succès est de courte durée. En 1230, les Bulgares lui infligent une terrible défaite à Klokotnitsa et s’emparent des territoires intérieurs de l’Empire de Thessalonique. La région aux alentours de Thessalonique tombe aux mains d’un des frères de Théodore, et l’Épire revient à Michel II Ange.

À Nicée, Théodore Laskaris parvient à organiser un État puissant grâce au soutien de hauts dignitaires exilés de Constantinople qui y ont trouvé refuge. Sa victoire contre le sultan seldjukide en 1211, et, trois ans plus tard, contre l’empereur Henri, lui permettent de renforcer l’autorité de son État. Jean Vatatzès, gendre de Théodore Laskaris lui succède en 1222. Il réussit à s’emparer des possessions franques en Anatolie et des îles de Lesbos, Chios, Samos et Rhodes. La défaite du despote d’Epire Théodore Ange contre les Bulgares en 1230 offre l’occasion à Vatatzès de reprendre pied en Thrace, alors que la victoire des Mongols sur les Seldjukides en 1243 le débarrasse de toute menace venue de l’Orient. En 1246, il attaque la frontière méridionale de la Bulgarie, puis la ville de Thessalonique. L’année suivante, Jean Vatatzès conquiert le reste de la Thrace, à l’exception de Constantinople. Il entreprend des négociations avec le pape Innocent IV qui semble prêt à rendre Constantinople à la condition que soit scellée une union des églises chrétiennes d’Orient et d’Occident. L’affaire n’aboutit pas. Jean Vatatzès et Innocent IV meurent tous deux en 1254. L’Empire de Nicée revient au fils de Vatatzès, Théodore II Laskaris (1254-1258). Il doit défendre ses territoires contre le tsar bulgare mais aussi contre Michel II d’Épire qui a conclu une alliance avec le prince franc du Péloponnèse et le régent germanique du sud de l’Italie qui incite les Albanais des environs de Dyrrachium à se révolter contre l’autorité de Nicée. En 1258, Théodore II Laskaris meurt et laisse l’Empire de Nicée à son jeune fils Jean Laskaris et à Michel Paléologue, proclamé régent en 1259.

Durant l’occupation latine (1204-1261), Constantinople est pillée d’une très grande partie de ses richesses, dont profitent avant tout les Vénitiens, tels qu’en témoignent la Pala d’Oro et les objets précieux du Trésor de Saint-Marc de Venise.

En dehors de la capitale, les efforts des Latins se sont portés sur la construction de forteresses visant à défendre les territoires occupés. Celle de Mistra dans le Péloponnèse, érigée par les Villehardouin, est une des plus imposantes. Les Croisés y ont construit également quelques églises de style gothique. Les églises byzantines où sont visibles des voûtes d’ogives, ou dont le décor a été complété de sculptures figuratives, rappellent la présence franque. À Chypre les répercussions de l’occupation des Croisés sont tout à fait manifestes au travers des monuments de l’île. De même qu’en Palestine, Chypre est un des principaux foyers latins où l’art des icônes connaît un développement considérable. Un grand nombre de panneaux est réalisé par des artistes latins s’inspirant d’œuvres byzantines. Après la chute de Jérusalem en 1244, Saint-Jean d’Acre devient le plus important centre de production de manuscrits et d’icônes, d’inspiration byzantine, mais dont le style reste occidental.

L’âme de Byzance continue à vivre grâce aux artistes et aux lettrés byzantins qui quittent la capitale de l’Empire occupée par les Croisés, pour trouver refuge dans les régions restées indépendantes, en Grèce et dans les Balkans : au Mont Athos ainsi que dans les Etats de Nicée et de Trébizonde. Nicée, capitale provisoire de l’Empire grâce à Théodore Laskaris, fait partie des grands centres intellectuels et artistiques de l’époque, de même que Trébizonde, dès l’arrivée des Comnènes. Les œuvres produites par des artistes byzantins établis dans le  despotat d’Épire en Grèce ont également fait perdurer durant cette période des traits caractéristiques de l’art byzantin, comme à Arta, capitale de cet État.

E. Y.

NOTE


[1] Traité conclu entre le doge de Venise Enrico Dandolo et les Croisés en mars 1204.

[2] Henri de Hainaut, frère de Baudoin Ier, règne sur l’Empire latin de Constantinople de 1206 à 1216.



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