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L'herbier du Pseudo-Apulée

Esculape découvrant la bétoine

Recueil de traités médicaux

  • Titre / dénomination : L'herbier du Pseudo-Apulée
  • Lieu de production : Art carolingien, école de Reims, Hautvillers
  • Date / période :  

    Milieu du IXe siècle

  • Matériaux et techniques : Dessin à la plume et à l'encre sur parchemin
  • Dimensions : 28 x 20 cm
  • Ville de conservation : Paris
  • Lieu de conservation : Bibliothèque National de France
  • Numéro d'inventaire : Lat. 6862, folio 18 vo

Ce folio enluminé, introduisant l'Herbarius du Pseudo-Apulée à l'intérieur d'un recueil médical, a probablement été exécuté dans l'abbaye de Hautvillers placée sous la protection de l'archevêque de Reims Ebbon, familier du roi Louis le Pieux, fils de Charlemagne. Hautvillers a produit au milieu du IXe siècle des manuscrits à peinture marqués par l'hellénisme, comme en témoigne le mouvement insufflé au personnage d'Esculape.

Esculape, fils d'Apollon et divinité de la médecine, est représenté sous les traits d'un jeune seigneur carolingien récoltant des plantes à vertus curatives, ces simples que l'on distinguait des médicaments composés faits de plusieurs ingrédients. Il découvre la bétoine, une plante des bois servant de panacée et dont le nom vient de Vettones, peuple ibère qui la vénérait.

L'Herbarius répertorie 131 plantes. Il a été compilé en latin au IVe siècle à partir d'un original grec. L'auteur invoqué, Apulée, est un écrivain berbère du IIe siècle, adepte du platonisme, célèbre pour avoir rédigé en latin un roman initiatique : l'Âne d'or. On lui a beaucoup prêté. Le recueil qui nous intéresse, destiné à un usage pratique, amalgame des textes et des auteurs. Il est caractéristique des traités scientifiques du haut du Moyen Age élaborés dans un cadre monastique. Son modèle provient peut-être d'Italie, alors carolingienne. A partir du VIe siècle, les bénédictins du Mont-Cassin, de Bénévent, de Squillace, en contact avec Byzance, avaient commencé à collecter ce qui subsistait du savoir antique.

L'herbier médiéval n'est pas un album de fleurs desséchées mais un manuel de plantes médicinales,  dont les espèces sont identifiées par des figures. Théophraste, disciple d'Aristote, avait inauguré la  botanique médicale. Crateuas, médecin de Mithridate VI, roi du Pont (r. 120-63), a été le premier à insérer des schémas dans son Traité de botanique (Rhizotomikon). À sa suite, la Medicina Plinii, tirée des volumes XX à XXXII de l'Histoire naturelle de Pline l'Ancien (v. 23-79), les Médicaments simples de Galien (De simplicibus), seront éclairés par des dessins. Mais c'est la pharmacopée de Dioscoride (v. 40-90), diffusée sous sa forme latine de De materia medica qui fera l'objet des plus belles illustrations, comme l'atteste l'exemplaire de Vienne, réalisé vers 512 à Byzance[1].

Exploités au sein même des monastères qui abritaient, comme à Saint-Gall (820-830), un hôpital, une pharmacie, un jardin botanique, les herbiers ont été, dans l'Occident du haut Moyen Age, une des rares sources d'information thérapeutique. Ils étaient entourés de considération et de crainte ; des plantes comme la mandragore et la bryone, dont les racines imitaient des formes humaines, ou la bétoine qui éloignait les démons, les tiraient du côté de la magie. Mais grande était la puissance curative de la nature, tout le monde en convenait. Charlemagne avait son enclos de plantes médicinales et l'abbé du monastère de Reichenau, Walafrido Strabo (v. 809-849), avait chanté dans son Hortulus les belles vertus des herbes de son cloître.

A partir du XIe siècle, les herbiers se multiplieront en Europe sous l'influence des Arabes qui les  apprécient. Le texte du Pseudo-Apulée, constamment recopié au Moyen Age, sera intégralement illustré pour son édition imprimée en 1481.

NOTE

[1] Ce Dioscoride « alphabétique » (classement introduit par Oribase), offert à la princesse Anicia Juliana, est le plus ancien connu. Il est conservé à la Bibliothèque nationale de Vienne : Dioscoride, De materia medica, Codex Med. Gr. 1, Vienne, Österreische Nationalbibliothek.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Hubert J., Porcher J., Volbach W.F., L'Empire carolingien, Coll. « L'Univers des formes », Paris, 1968, p. 112, fig. 98

Delvoye Ch., L'art byzantin, Paris, 1967, p. 108 et fig 35                                                                

Durand J., L'art byzantin, Paris, 1999, p. 39

Garrison F. H., An Introduction to the History of Medicine, Philadephie et Londres, 1929, p. 145-147

Jacquart D., « La scolastique médicale », Mirko D. Grmek, Histoire de la pensée médicale en Occident, Paris, 1995, p. 177

Agrimi J. et Crisciani Ch., « L'assistance dans la civilisation chrétienne médiévale », Mirko D. Grmek, Histoire de la pensée médicale en Occident, Paris, 1995, p. 165

de Wit H. C. D., Histoire du développement de la Biologie, Lausanne, 1992,  p. 81-88



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