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Kalîla wa dimna

Fables de Bidpai

  • Titre / dénomination : Kalîla wa dimna
  • Lieu de production : Syrie
  • Date / période : 1220
  • Matériaux et techniques : Encre, couleurs opaques et or sur papier
  • Dimensions : 125 x 191 mm
  • Ville de conservation : Paris
  • Lieu de conservation : BNF Manuscrits orientaux (rapporté par Benoît du Maillet, consul au Caire entre 1692 et 1698. acquis par la Bibliothèque royale)
  • Numéro d'inventaire : arabe 3465

Le livre de Kalîla wa Dimna dérive d’un ouvrage de la littérature indienne populaire, les Panchatantra ou cinq livres. Compilation de paraboles écrites en sanscrit, l’ouvrage fut initialement attribué à un Brahmane Vishnuite kashmiri du IVe siècle, puis à un sage indien nommé Bidpai ou Pilpay. Le livre fut traduit en arabe au VIIIe siècle par le savant persan ‘Abd Allâh ibn al-Muqaffa[1] à partir d’une version en pehlevi disparue, réalisée par le physicien Burzoe pour le roi sassanide Khosrow Anûshirwân (r. 531-579). La popularité de cet ouvrage fut immense et donna lieu à de nombreuses traductions. Au début du XIIe siècle, Abû al-Ma‘ali Nasr Allâh Munshi rédige une version en persan pour Bahrâm Shâh de Ghazni[2], on en connait également une version en grec et une en hébreu du début du XIIe siècle[3], dont les illustrations présentent des similitudes importantes avec les modèles arabes et qui servit certainement de base à la version latine de Jean de Capoue (1236-1278), source des versions européennes. Une version en prose du texte de Ibn al-Muqaffa en inspira une versifiée au XIVe siècle, en partie traduite en français en 1644 par Gibert Gaulmin[4].

Rapporté en Europe par des savants ou des ambassadeurs sous forme de manuscrits arabes ou persans, cet ouvrage était présent dans les grandes bibliothèques du XVIIe siècle comme la Bibliothèque royale ou la Colbertine. Jean de la Fontaine s’inspira de ces fables « sues de tous », qui lui fournirent une réserve importante d’histoire qu’il rendit « nouvelles par quelques traits qui en relevassent le gout »[5]. Il ne conserve cependant pas la forme du texte indien, lui préférant celle de la fable ésopique[6]. Les fables de Bidpai ne sont pas la seule source de l’auteur, mais ce dernier s’en réclame dans sa préface, allant même jusqu'à assimiler Pilpay avec Ésope (une de ses sources principales), sous le nom du sage Locman[7].

Le Livre de Kalîla wa Dimna appartient au genre littéraire du miroir des princes, destiné à l’éducation morale et politique de personnages de haut rang. Les contes sont regroupés en chapitres qui forment un tout cohérent grâce à une structure narrative qui fait intervenir le dialogue. Chaque chapitre s’ouvre par une question du souverain indien Dablishim au conseiller, philosophe et légendaire auteur Bilpai, sur les conséquences d’un comportement, ensuite expliqué par une histoire dont les protagonistes sont des animaux et les personnages principaux deux chacals, nommés Kalîla et Dimna. Chaque histoire s’achève par une leçon de morale. Outre le caractère plaisant des histoire, c’est la langue et les dialogues vifs et spirituels qui font le charme et la force de cet ouvrage qui aurait influencé un grand nombre d’œuvres majeures de la littérature orientale comme le masnavi de Rumi, les Mille et une nuits, le shâhnâme de Firdusi ou la Khamseh de Nezâmi.

Le texte de Kalîla wa Dimna est l’un des premiers à être illustrés dans le monde arabe. Il semble que la première version de l’ouvrage en pehlevi comportait déjà des illustrations et l’on connaît en Inde et en Asie centrale des peintures pariétales du cycle du Panchatantra[8]. L’une des plus anciennes copies arabes de Kalîla wa Dimna est datée de 1220, réalisée dans les ateliers syriens et conservée à la BNF. Cet ouvrage qui comprend 98 peintures (dont 7 ajoutées plus tardivement) appartient à la période dite classique. Ses peintures sont empruntes d’un certain hiératisme ; organisées le long d’un axe vertical, les scènes présentent des éléments stylistiques qui évoquent les manuscrits byzantins contemporains, comme le De Materia Medica de Dioscoride[9]. Bien que de part son contenu et sa qualité, cet ouvrage fut destiné à un personnage important, le frontispice très endommagé présente une scène de trône dont le prince reste anonyme, aucun nom de souverain n’étant mentionné dans cette copie.

NOTE

[1] Abû Muhammad, ‘Abd Allâh Ibn Ruzbih Ibn Daduway dit al-Muqaffa‘, 714-759.

[2] Souverain Ghaznévide qui règne entre les années 1152-1160.a vérifier

[3] Une version en Hébreu réalisée par Rabbi Joel au début du XIIe siècle est conservée à la BNF.

[4] Livre des Lumières ou la Conduite des rois, composé par le sage Pilpay, indien, traduit en français par David Sahib d’Ispahan, ville capitale de Perse. Paris, S. Piget, 1644. In-8°. Paris, BNF, Impr., E*-3069 (rel. Aux armes du cardinal Huet ;ex-dono du cardinal Huet à la maison professe des jésuites)

[5] Jean de la Fontaine, « préface » des Fables choisies mises en vers, 1668, Pleiade I, p. 7.

[6] La fable ésopique est constituée d’une compilation de textes indépendants les un des autres, alors que la fable indienne présente un récit continu.

[7] Le sage Locman, dont Tanneguy Le Fèvre traduit en 1673 quarante et une fables.

[8] Le cycle des peintures de Panjikent en Soghdiane, daté du VII et VIIIe siècle illustre les thèmes du Panchatantra et des fables d’Esope. Il constitue certainement un prototype qui influence les peintures postérieures arabes et persanes.

[9] Conservé à Istanbul, Sainte-Sophie, n 3704, XIIIe siècle.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Blochet, B., Les enluminures des manuscrits orientaux turcs, arabes, persans de la Bibliothèque nationale de France, Paris, Gazette des beaux arts, 1926, p. 55-56, pl. VI et VII

Ettinghausen, R., La peinture arabe, Genève : Skira, 1977, p. 61-66

Sanchia Cowen, J., Kalila wa Dimna, An Animal Allegory of the Mongol Court, The Istanbul University Album, New York / Oxford, Oxford University Press, 1989, p. 4

L’art du livre arabe. Du manuscrit au livre d’artiste, cat. exp. Paris, Bibliothèque nationale de France, 2001, Paris, BNF, 2001, p. 113-114, 132

« Kalîla et Dimna » in L’art du livre arabe, Bibliothèque nationale de France [en ligne]. Disponible sur <http://expositions.bnf.fr/livrarab/gros_plan/illustres/ind_kalila.htm> (consulté le 07/11/07)

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Atil, E., Kalila wa Dimna Fables from a Fourteeth-Century Arabic Manuscript, Washington, Smithsonian Institution Press, 1981, p.9-10

Blochet, B., Les enluminures des manuscrits orientaux turcs, arabes, persans de la Bibliothèque nationale de France, Paris, gazette des beaux arts, 1926, p. 55-58, pl. VI à IX

Brill, E.J., « Kalîla wa Dimna », First Encyclopaedia of Islam 1913-1936, Leiden : Brill, E.J. Volume IV, p. 694-698

Cowen, J. S., Kalila wa Dimna, An Animal Allegory of the Mongol Court, The Istanbul University Album, New York / Oxford, Oxford University Press, 1989, p. 3-6

Lesage, C., Duprat, A., « les fables épisodique, un genre ancien et familier », in. Jean de la Fontaine, cat. exp. Paris, Bibliothèque nationale de France, 1995 – 1996, Paris, BNF / Seuil, 1995, p. 124-139

Mârq, Fables for princes, Illustrated versions of the Kalilah wa Dimnah, Anvar-I Suhayli, Iyar-I Danish, and Humayun Nameh, volume XLIII No. 1, Bombay, Mârg publication, 1991

Morgan, M.I., “Ibn al-Muqaffa‘”, Encyclopaedia Universalis

Samir Khalil Samir, S.J., « Les manuscrits arabes, les chrétiens du Moyen-Orient et la civilisation arabe » in Icônes arabes, art chrétien du levant, cat. Exp. Paris, Institut du monde arabe, 2003, Paris, Edition Grégoriennes, 2003, p. B 28-B 43, illustration p. B 38

Dr. Ali Abbara, « Kalîla et Dimna » in Fables et contes traduits de la littérature arabe ancienne par Fahd Touma [en ligne]. Disponible sur < http://www.aly-abbara.com/litterature/fables/fables_arabes_02.html > (consulté le 09/05/08)



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