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De materia medica

  • Titre / dénomination : De materia medica
  • Auteur : Dioscoride
  • Lieu de production : Jésireh, Iraq
  • Date / période : 626H./1229
  • Matériaux et techniques : Encres et or sur papier
  • Dimensions : 19,2 X 14 cm
  • Ville de conservation : Istanbul
  • Lieu de conservation : Bibliothèque du Topkapı Sarayı Müzesi
  • Numéro d'inventaire : Ahmet III, 2127

Vers 60 ap. J.C., Dioscoride, médecin grec né en Cilicie[1], rédigea un ouvrage de botanique dans lequel il décrit l’usage médical de 1600 produits : des plantes surtout, mais aussi des animaux et des minéraux. Il y indique leur nom populaire et décrit leur apparence, leurs vertus, comment les récolter et parfois où les trouver. L’ouvrage, écrit en grec, est connu sous son nom latin : De Materia Medica. Copié, complété et illustré de nombreuses fois en Orient comme en Occident, il fut pendant quinze siècles la principale référence en pharmacopée. La plus ancienne copie connue fut découverte à Istanbul en 1560[2] : conservée à Vienne, elle remonte au VIe siècle et présente de nombreuses miniatures de style byzantin.

Le manuscrit présenté est un des exemplaires arabes du De Materia Medica. Il illustre la transmission des sciences de l’Antiquité au monde islamique par l'intermédiaire de Byzance, grâce à des traductions[3]. Il permet aussi de voir l’adaptation des types iconographiques byzantins au contexte de la civilisation islamique.

Le scribe a daté son travail d’après l’Hégire et l’ère séleucide. Il termine son colophon par une bénédiction en syriaque. D’après une autre inscription, le manuscrit  fut rédigé à l’intention d’un certain Shams al-Dîn Abu’l-Fada’il Muhammad, qui aurait régné sur la Jésireh. Ces informations suggèrent l’origine du manuscrit : le Nord de la Mésopotamie ou peut-être de la Syrie.  

Le manuscrit débute par un splendide frontispice sur deux pages, où sont placées trois figures sur fond d’or[4]. Sur chaque page, un arc violet soutenu par deux colonnes vertes torsadées forme le cadre de l’illustration. Sur la page de droite, Dioscoride est assis sur une cathèdre, le pied gauche posé sur un tabouret. Ses outils de travail sont disposés sur une petite table devant lui. Le médecin grec est habillé selon la mode classique. Sa représentation s’inspire des évangélistes tels qu'ils sont peints dans les tétraévangiles byzantins des Xe – XIe siècles[5]. Selon le modèle byzantin, Dioscoride est également nimbé, mais il porte un turban, faisant référence au contexte islamique. Le savant s’adresse aux deux personnages de la page opposée, vêtus à l’orientale. Le premier, en tunique à rayures[6], présente un livre ouvert à son maître. L’image s’inspire des scènes de présentation telles qu’on peut les voir dans l’art tardo-antique : l’auteur remet son oeuvre au mécène. Adaptée à divers contextes, cette iconographie  se retrouve dans des manuscrits byzantins[7] et coptes[8] des XIIe – XIIIe siècles. Sur les pages d’Istanbul, les choix stylistiques de l’artiste peuvent nous amener à interpréter cette scène comme une allégorie de la transmission de l’héritage antique au monde de l’Islam.

Au folio suivant, sur fond d’or, Dioscoride fait face à un élève assis sur un coussin bleu. Le savant, sur un siège bas, est représenté cette fois comme un Arabe. Il semble examiner la mandragore que l’élève lui présente, une scène que l’on trouve déjà au VIe siècle dans le manuscrit de Vienne.   

L’ouvrage contient des illustrations de 563 plantes. Quelques-unes sont fidèles aux prototypes byzantins, comme la vigne[9], représentée avec un grand naturalisme. D’autres variétés, la lentille[10] par exemple, sont montrées de manière très schématique, stylisée, et relèvent d'une tradition artistique islamique.  

Le copiste, Abu Yusuf Bihnam b. Musa b. Yusuf al-Mawsili, est connu par une notice écrite dans un autre manuscrit de Dioscoride en arabe[11], laquelle indique que Bihnam était chrétien. Sur deux folio[12] du manuscrit d’Istanbul, illustrés de plantes, est inscrit le nom musulman ‘Abd al-Jabbâr ibn ’Alî. Cela souligne la collaboration entre un scribe chrétien et un enlumineur musulman.

NOTE

[1] Au sud de la Turquie.

[2] Vienne, Österreichischen Nationalbibliothek, Cod. Med. Gr. 1 ; déclaré patrimoine mondial de l’UNESCO en 1998.

[3] La première traduction arabe du De Materia Medica fut réalisée au IXe siècle à Baghdad, à partir d’une version syriaque de l’ouvrage grec. L’exemplaire d’Istanbul a aussi été traduit depuis une version syriaque. Selon la tradition islamique, l’empereur byzantin Constantin VII Porphyrogénète (913-959) aurait envoyé à la cour des Omeyyades de Cordoue, au début du Xe siècle, un exemplaire du De Materia Medica en grec, afin que les savants musulmans puissent corriger les traductions arabes dont ils disposaient.

[4] fol. 1v et 2r.

[5] Certains détails comme les plis du vêtement incitent à penser que ce portait de Dioscoride aurait directement été copié sur une représentation de Saint Matthieu dans un manuscrit byzantin du Xe siècle conservé à la Bibliothèque nationale de France à Paris (Coislin 195, fol. 9v).

[6] Ce goût pour les étoffes à rayures se rencontre ailleurs en Méditerranée et à d’autres époques : par exemple, un plat tunisien du Xe siècle est orné de cavaliers vêtus de tuniques ajustées à rayures (Kairouan, musée des arts islamiques de Raqqada, C19).

[7] Dans un manuscrit du Vatican gr 666, f° 1v et 2r, c’est l’empereur Alexis Ier Comnène (1081-1118) qui présente aux Pères de l’Église le manuscrit qu’il a commandité, la Panoplie dogmatique rédigée par le moine Euthymios Zygabenos où celui-ci réfute toutes les hérésies.

[8] Quatre évangélistes présentant les Évangiles au Christ : Évangéliaire copte, Damiette, 1179, Washington D.C., Smithsonian Institution, Freer Gallery of Art (la page est issue du manuscrit Copte 13 de la Bibliothèque nationale de France).

[9] fol. 252 v.

[10] fol. 80 r

[11] Paris, Bibliothèque nationale de France, Ms. Arabe 4947.

[12] fol. 29 r et v.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Ettinghausen, T., La peinture arabe, Genève, 1977, p. 67-74

Hoffman, E., « The Author Portrait in thirteenth-century Arabic manuscripts : A new Islamic context for a late antique Tradition », in Muqarnas, 1993, 10, p. 6-20

The Glory of Byzantium, Art and Culture of the Middle Byzantine Era, cat. exp., New York, 1997, p. 429-433, 843-1261.

Rogers, J. M., Topkapı Sarayı, Manuscrits et miniatures, I, Paris, 1986, Les Éditions du Jaguar, p. 3536, ill. n° 16, 17, 18, 19

Weitzmann, K., « The Study of Byzantine Book Illumination. Past, Present and Future », in The Place of Book Illumination in Byzantine Art, Princeton, 1975, p. 38-39

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

L’Art du livre arabe, cat. exp., Paris, 2001, Bibliothèque nationale de France, 2001.



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