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Monnaie d'or sicilienne

  • Titre / dénomination : Monnaie d'or sicilienne
  • Lieu de production : Sicile, atelier monétaire de Palerme
  • Date / période :

    Règne du Comte Roger (1085-1101) ou régence d’Adélaïde (1101-1111)

  • Matériaux et techniques : Or
  • Dimensions : D. 14 mm ; poids : 1,52 gr
  • Ville de conservation : Londres
  • Lieu de conservation : British Museum
  • Numéro d'inventaire : 1883.6-8.15
  • Inscription :

    Au droit : dans le champ, Tau entre deux annelets, cercle plein ; légende circulaire : inscription illisible, peut-être mention du lieu et de la date de frappe.

    Au revers : sur trois lignes lâ ilâha / Muhammad rasûl Allâh/ lâ [sic] Allâh, cercle plein, deux annelets de part et d’autre de la troisième ligne ; légende circulaire illisible, traces de lettres kufiques.

Au lendemain de la conquête de la Sicile, les Normands mirent en place un système monétaire original et novateur, mêlant légendes latines et arabes. La monnaie d’or dominait ce monnayage, sous la forme de fractions désignées par un terme d’origine arabe, tari (c’est-à-dire « nouvellement frappé »). L’utilisation de la monnaie d’or dans les échanges autour de la Méditerranée, et par conséquent en Sicile, s’était généralisée dès l’époque des souverains aghlabides de Kairouan, alors qu’au même moment l’Europe employait essentiellement les monnaies d’argent : en effet, les dynasties musulmanes installées sur les rives sud de la Méditerranéesoient des imitations de monnaies fatimides frappées en Sicile, en particulier les ruba‘i dînâr  monnayaient l’or apporté par les caravanes du Soudan et de Nubie. Bien que les premières monnaies normandes d’or ou « quart de dinar », les souverains normands réussirent néanmoins à imposer un système monétaire exclusif, qui interdisait l’emploi de monnaies étrangères, surtout fâtimides et almoravides (dont le principal numéraire était le morabatin d’or).

Le monnayage normand est parfois présenté dans la continuité des émissions monétaires des villes d’Amalfi et Salerne (Italie) qui, dans la seconde moitié du Xe siècle, avaient émis des monnaies d’or à l’imitation des quarts de dinar fatimides de Sicile. Pourtant, si les monnaies de Salerne et d’Amalfi étaient émises sur des standards monétaires toujours plus faibles, celles des Fatimides et des Normands étaient réputées pour leur valeur et leur haute proportion de métal précieux. Le monnayage normand repose sur une monnaie d’or pesant en moyenne 1,05 gr., avec un taux d’or de 69 à 71%. Si dans les échanges commerciaux l’or prévalait, néanmoins l’utilisation de toutes petites monnaies d’argent perdurait ; appelées kharrube (les graines du caroubier, kharrub en arabe, servaient d’unité de mesure de l’argent et sont à l’origine de notre « carat »), ces monnaies d’argent étaient en fait des fractions du dirham au contenu de métal fin très bas.

C’est principalement à Palerme qu’étaient produites les monnaies normandes, d’or et dans une très faible mesure d’argent. D’autres ateliers sont attestés en Sicile pour la frappe des tari, comme Agrigente et peut-être Messine. En revanche, il semble que les monnaies de cuivre (follaro) proviennent exclusivement de Messine. Bien que notre monnaie ne porte pas explicitement le nom de la ville où elle a été frappée, il est fort probable qu’elle ait été émise par l’atelier de Palerme.

La présence sur cette monnaie d’une légende en arabe nous rappelle que les premiers souverains normands souhaitaient assimiler les traditions déjà existantes lors de leur arrivée. Cette inscription, située sur le revers, correspond à une version abrégée de la shahâdaou profession de foi, couramment employée sur les monnaies orientales depuis la création du monnayage musulman par le calife omeyyade ‘Abd al-Malik en 697. Ainsi, les monnaies fatimides présentaient des légendes très proches, le plus souvent complétées par la formule wa ‘Alî walî Allâh « et ‘Alî est le protégé d’Allâh »[1]. Quant à la grande lettre qui orne le droit de cette pièce et que l’on retrouve aussi sur certaines monnaies d’argent, son sens précis est resté longtemps un mystère : un temps, on a voulu voir dans ce T majuscule l’initiale du terme tari, voire même du nom du souverain normand Tancrède ou encore l’initiale de Trinacrie (ancien nom de la Sicile). Aujourd’hui, l’hypothèse la plus partagée est celle d’une croix chrétienne en forme de Tau[2]. Si cet exemplaire est anonyme, d’autres monnaies avec Tau de Roger I adaptent en arabe la titulature normande et présentent le souverain comme Qûmis Siqilliyya « le Comte de la Sicile » ou SultânSiqilliyya « le maître de la Sicile ».

NOTE

[1] Cette formule marquait l’obédience chi’ite de la dynastie fatimide.

[2] Dix-neuvième lettre de l’alphabet grec.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Balog, P., « La monetazione della Sicilia Araba e le sue imitazioni nell'Italia Meridionale », in Gli Arabi in Italia, Milan, 1979, p. 611-628.

Depeyrot, G., Histoire de la monnaie des origines au 18è siècle. I. Introduction de l'antiquité au treizième siècle, Wetteren, 1995.

Lowick, N., « Un ripostiglio di monete d'oro islamiche e normanne da Agrigento », in Bollettino di Numismatica, ser. 1, 6-7, 1986, p. 145-166.

Nicol, N. D., A corpus of Fatimid coins, Trieste, 2006.

Travaini, L., La monetazione nell’Italia normanna, Rome, 1995.

Travaini, L., « Entre Byzance et l'Islam : le système monétaire du royaume normand de Sicile », in Bulletin de la Société française de numismatique, 46, nov. 1991, p. 200-204.



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