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Le griffon de Pise

  • Titre / dénomination : Le griffon de Pise
  • Lieu de production : Espagne
  • Lieu de découverte : Sicile. Jusqu’en 1828, il était sur le toit de la nef centrale (zone absidiale) de la Cathédrale
  • Date / période : XIe-XIIe siècle
  • Matériaux et techniques : Bronze fondu avec décor gravé ; certaines parties sont rivetées
  • Dimensions : H. 107 cm. ; L. 87 cm. ; l. 43 cm.
  • Ville de conservation : Pise
  • Lieu de conservation : Museo dell’Opera del Duomo
  • Inscription :

    1. بركة كاملة ونعمة شاملة

    2. غبطة كاملة وسلامة دائمة وعافية

    3. كاملة وسعادة واعدة (؟) لصاحبه

  • Traduction :

    1. « Bénédiction parfaite, bien-être complet

    2.  joie parfaite, paix perpétuelle et santé

    3.  parfaite, et bonheur et bons augures ( ?) pour le propriétaire »

Le griffon, mi-oiseau, mi-félin, est un des plus célèbres objets de bronze islamiques. Sa partie supérieure est couverte d’un dense décor gravé qui mêle des éléments divers distribués indépendamment de la volumétrie de l’animal, tout en suivant une syntaxe décorative typiquement islamique. Le poitrail  est couvert d’un plumage à écailles qui prend appui sur une frise épigraphique en caractères kufiques, laquelle se poursuit comme bordure du caparaçon à rouelles couvrant le dos du griffon ; sur le cou et les ailes, le plumage est caractérisé par des boucles, tandis que les attaches des pattes sont soulignées par des cartouches en forme d’écus décorés d’animaux[1] sur fond d’arabesques.

La sculpture est pourvue de trois ouvertures : une à l’arrière, peut-être en correspondance avec la queue aujourd’hui disparue, une au niveau du bec et une troisième située sur le ventre, à l’intérieur de laquelle se trouve une « coupe » globulaire en bronze ouverte vers le ventre et soudée à l’arrière grâce à un fin morceau du même métal. Un tel système, attesté également pour un lion de bronze attribuable à l’Espagne des XIe – XIIe siècles[2], est difficile à interpréter mais semble s’opposer à l’idée que le griffon était une bouche de fontaine.

Si la dimension statique et monumentale de l’objet le rapproche de la sculpture animalière persane de la même période[3], du point de vue décoratif, stylistique et épigraphique[4], il se rapproche d’un groupe d’objets espagnols datés des Xe – XIIe siècles : le « lion de Monzòn »[5], l’aquamanile en forme de lion de la Keir Collection de Londres, le quadrupède du Bargello de Florence[6] — qui présentent aussi un décor dorsal imitant un tissu à rouelles, délimité par une frise épigraphique en caractères kufiques[7] — mais aussi le cerf trouvé à Madinat al-Zahra[8] et celui de Madrid[9]. Plus généralement, des traits stylistiques et décoratifs similaires se retrouvent sur deux aquamaniles en forme d’oiseau, conservés à Cagliari[10] et au Louvre[11] et attribués à l’Espagne des XIe – XIIe siècles.

Le griffon de Pise, considéré au XVIIIe siècle[12] comme une pièce antique médiocre, puis, au XIXe siècle, comme une sculpture médiévale peut-être liée à l’Œuvre de la cathédrale[13], n’a été attribué à l’art islamique[14] qu’après la publication de l’inscription en arabe par l’Abbé Lanci[15]. Depuis la seconde moitié du XIXe siècle, on a avancé que le griffon aurait été rapporté à Pise comme butin des opérations militaires menées aux XIe – XIIe siècles par la cité contre les Musulmans de Sicile, Tunisie et Espagne. Ainsi, contre l’attribution à l’Égypte fatimide (XIe siècle) proposée par G. Migeon sur des bases stylistiques, U. Monneret de Villard l’a mis en relation avec l’Espagne de la fin XIe – début XIIe siècle, en liant l’hypothèse d’un butin fait lors de la conquête d’Améria (1089) ou des Baléares (1114)[16] et les similitudes claires, sur le plan formel et décoratif, avec des pièces indubitablement de fabrication espagnole[17]. Il a été suivi par U. Scerrato, qui a resserré la datation au XIe siècle, tandis que Melikian-Chirvani, revenant sur sa première attribution au Khurasan (Iran) de la première moitié du XIe siècle, a avancé l’hypothèse d’une œuvre réalisée par des artisans iraniens dans l’Espagne du XIe siècle.

M. Jenkins, quant à elle, a mis en relation la pièce avec le butin consécutif aux attaques lancées par Pise et Gênes contre Mahdiya et Zawila en Tunisie (XIe siècle), en reproposant une attribution à l’Égypte et à la Tunisie fatimide. Cette thèse a récemment été critiquée de manière argumentée par A. Contadini qui reprend l’idée d’une production espagnole des XIe –XIIe siècles, en accord avec ce que proposent des publications récentes, même si leur chronologie renvoie plutôt à la fin Xe – début XIe siècle[18].

NOTE

[1] Les animaux représentés sont un lion rampant sur les cartouches antérieurs et un volatile sur les cartouches postérieurs.

[2] New York, The Metropolitan Museum of Art, lent by the Mari-Cha Collection Ltd., L.2000.84. L’objet a en commun avec le griffon de Pise les proportions, les caractéristiques de la décoration et le style kufique de l’inscription, si bien que l’on peut émettre l’hypothèse que les deux pièces proviennent d’un même atelier et font partie d’un complexe unique.

[3] Dont, selon certains, le griffon dérive : cf. U. Scerrato 1985, ill. 525.

[4] En particulier, le style kufique du griffon est très proche de celui d’une lampe de bronze conservée à Madrid et datée de la fin du XIe –e siècle (cf. Gomez Moreno, M., 1951, p. 326, fig. 389 ;Fernandez Puertas, A., « Candiles epigrafiado de finale del siglo XI o comienzos del XII », in Miscelanea de estudios Arabes y Hebraicos, XXIV, 1975, pp. 107-114). début du XII

[5] Musée du Louvre, Département des Arts de l’Islam, inv. 7883.

[6] Florence, Museo Nazionale del Bargello, inv. N. 63c.

[7] Une telle typologie textile trouve des points de comparaison précis avec des tissus espagnols du XIIe siècle (Grube, E., « Two Hispano-Islamic Silks », in The Metropolitan Museum of Art Bullettin, XIX, n. 3, 1960, p. 85-88 ; Bagnera, A., Tessuti islamici nella pittura medievale toscana, p. 254) et du XIIIe siècle (Rogers, J. M., «Granada and New-York. The Art of Islamic Spain », compte-rendu de l’exposition in The Burlington Magazine, août 1992, p. 549-552).

[8] Cordoue, Museo Arquològico Provincial  (n. inv. 500).

[9] Madrid, Museo Arqueòlogico Nacional (n. inv. 51.856).

[10] Cagliari, Pinacoteca Nazionale, inv. N. 1445.

[11] Paris, musée du Louvre, Département des Arts de l’Islam, inv. N. MR 1569.

[12] Martini, G., Teathrum Basilicae Pisanae, Rome : 1705, n. 10, p. 13, ill. 4,5, 7. Trois incisions le représentent, déjà sans queue, sur le sommet de la nef centrale de la cathédrale de Pise ; Da Morrona, A., Pisa ilustrata nelle arti del disegno, Pise : 1787-1793 (première éd.; seconde éd. Livourne : 1812), vol. I, p. 190-195.

[13] Cicognara, L., Storia della scultura, Prato : 1823 (deuxième. éd.), II, p. 108-109.

[14] Comme l’œuvre d’artisans musulmans opérant dans l’Italie méridionale d’époque normande par Marcel, M. J. J., « Notice sur un monument arabe conservé à Pise » in Journal Asiatique, 3° série, t. VII, 1839, p. 81-88, surtout p. 85-86 ; comme un objet islamique destiné au marché chrétien ou juif et daté entre la fin du XIe et le début du XIIe siècle sur la base des caractères épigraphiques par Rohault de Fleury, G., Les Monuments de Pise au Moyen Age, Paris : 1866, p. 42, 122-124, tav. XLVI.

[15] D’abord en 1829, puis, de nouveau dans son Trattato delle simboliche rappresentanze Arabiche de 1846, p. 54-57, où le griffon aparaît illustré par une gravure (ill. XXVII).

[16] Dans le même butin, serait arrivé à Pise, selon Monneret de Villard (1946, 1, p. 23) également le chapiteau de Madinat al-Zahra (Pise, Museo dell’Opera del Duomo, sala 1, n. 30) d’abord installé dans le transept de la cathédrale de Pise, puis déplacé dans le baptistère où il occupait le centre de la cuve des fonds baptismaux et supportait une statue de St Jean en bronze : cf. Cf. Contadini 1994, cat. 39 ; cat. exp. Les Andalousies, 2000-2001, n°230.

[17] La comparaison est établie, en particulier pour la décoration du dos dérivée d’un motif textile, surtout avec le cerf de Madinat al-Zahra, avec le « lion de Monzòn » et avec le quadrupède du Bargello.

[18] Berlin 1989 ; Grenade 1992; Ward 1993, p. 67, ill. 50.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Migeon, G., Manuel d’Art musulman : arts plastiques et industriels, Paris, 1907, vol. I, p.375, fig. 182.

Monneret de Villard, U., « Le chapiteau arabe de la cathédrale de Pise », in Comptes Rendus de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1946, p. 1-26.

Melikian-Chirvani, A. S., « Le griffon iranien de Pise : matériaux pour un corpus de l’argenterie et du bronze iraniens , III » , in Kunst des Orients, 1968, 5, p. 68-86.

Melikian-Chirvani, A. S., « Greif », in Die Kunst des Islam, Propyläen Kunstgheschichte, vol. IV, Berlin, 1973, n. 194, p. 263.

Jenkins, M., « New Evidence for the Possible Provenance and Fate of the so-called Pisa Griffin », in Islamic Archaeological Studies, 1978, 1, p. 79-85.

Scerrato, U., « Arte Islamica in Italia », in Gli Arabi in Italia: cultura, contatti e tradizioni, Milan, 1979, p. 542 et ill. 525 p. 568.

Europa und der Orient. 800-1900, (cat. exp., Berlin, 1989), Berlin, 1989, n. 4/83, p. 592-593.

Al-Andalus. The Art of Islamic Spain (cat. exp., Grenade, Alhambra, 1992), New York, 1992, J.D. Dodds, n. 1, p. 216-218.

Contadini, A., « La Spagna dal II/VII al VII/XIII secolo », in Eredità dell’Isam, Arte islamica in Italia (cat. exp., Venise, Palazzo Ducale, 1994), Venise, 1994, cat. n. 43 

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Gomez Moreno, M., « El Arte Español hasta los Almohades- Arte Mozàrabe », in Ars Hispaniae, vol. III, Madrid, 1951.

Scerrato, U.,  Metalli Islamici, Milan, 1966.

Fehervari, G., Islamic Metalwork of the Eighth to the Fifteenth Century in the Keir Collection, Londres, 1976.

Ward, R., Islamic Metalwork, Londres, 1993.



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