Qantara Qantara

Sultan Han

Route de Konya à Aksaray

  • Nom : Sultan Han
  • Lieu : Turquie
  • Date/période de construction : 1229
  • Décor architectural : Pierre sculptée ; mosaïque de céramique
  • Inscriptions :

    Portail : Un bandeau épigraphique sur le portail d’entrée donne le nom du sultan ‘Alâ’ al-Dîn Kay- Qubâdh I et la date de 1229. Sur les côtés de l’arc couronnant le portail : deux médaillons hexagonaux portent le nom de Amele Muhammad ibn Havla al-Dimiski, maître-architecte.

    Cour : une inscription dans les parties hautes donne le nom du gouverneur local Seraceddin Ahmed Kerimeddin ibn al-Hasan, à l’origine de la rénovation consécutive à l’incendie de 1278.

Ce caravansérail est le plus vaste des quelques 250 gîtes d’étapes d’Anatolie Seljukide. Neuf sont connus comme « sultan han », commandités par les sultans. Au XIIIe siècle, l’Empire seljukide acquiert une grande puissance politique due à sa localisation géographique, entre les mondes méditerranéen et oriental. De nombreux caravansérails sont bâtis sur le territoire, à des distances de 30 kilomètres correspondant à une étape de caravane.

Ils servaient principalement à l’hébergement. L’existence de bâtiments aux fonctions similaires est attestée depuis les débuts de la civilisation islamique[1]. Elle est héritée des périodes antérieures : le domaine géographique couvert par la nouvelle civilisation porte en effet les vestiges de bâtiments achéménides, romains[2], parthes et sassanides[3] assimilables à des caravansérails. Aux XIe-XIIe siècles, sous influence iranienne, les khan furent introduits en Anatolie. Des bâtiments similaires existent en zone urbaine[4] au Proche-Orient et en Occident[5].

L’extérieur du bâtiment est défensif. Les enceintes sont ponctuées de tours demi-rondes et hexagonales. L’entrée unique, ménagée dans un grand portail rectangulaire, est flanquée de triples colonnes. Le portail à niche triangulaire à muqarnas est richement sculpté de motifs géométriques, épigraphiques et végétaux. Deux colonnes latérales à fûts chevronnés évoquent les bâtiments croisés de Palestine. Ce type de portail est fréquent dans les bâtiments anatoliens : mosquées[6], madrasa[7], mausolées.

L’intérieur est organisé en deux zones, une cour et une salle fermée. Ce plan est un des nombreux mis en œuvre en Anatolie, surtout utilisé dans les khan sultaniens. Le portail est suivi d’un vestibule voûté en arête. La cour est occupée au centre par un petit bâtiment dont l’étage servant d’oratoire est accessible par un escalier à double volée. Le décor est constitué de bandeaux à motifs géométriques soulignant les lignes de construction ; les arcs sont décorés de motifs fleuronnés et flanqués de médaillons circulaires. Déjà présent dans les caravansérails préislamiques[8], cet édicule constitue peut-être une réminiscence des donjons qui se dressaient au centre des bâtiments fortifiés parthes[9].

De nombreuses pièces aux fonctions variées encadrent la cour. Les pièces administratives sont au nord : salle des gardes, bureaux. À l’ouest, des pièces ouvertes sur la cour et communicant entre elles par des arcades servaient probablement d’étables et de zone de déchargement. Des salles fermées à l’est accueillaient deux bains, des pièces de cuisine et de restauration. Les latrines se trouvaient à l’angle nord-ouest. La salle couverte, probablement utilisée pendant l’hiver, succède à la cour. On y accède par un portail à niche triangulaire à muqarnas. À piliers, elle est organisée autour d’une nef centrale et de neuf travées voûtées en berceau. Une coupole sur trompes à muqarnas couvre la zone centrale. Le motif hélicoïdal formé par les agencements de pierre du dôme rappelle les jeux décoratifs des briques de l’architecture iranienne[10]. À cette coupole intérieure correspond un toit conique, connu dans l’architecture arménienne[11] et les turbe[12]. anatoliens

Des composantes étrangères entrent en compte, attestées historiquement par l’inscription du portail mentionnant un architecte « de Damas »[13]. Les échos à l’architecture syrienne sont nombreux, par exemple dans l’usage de linteaux bichromes et de niches à muqarnas aux entrées, éléments visibles  pour la première fois à l’hôpital de Nûr al-Dîn à Damas (1154) et présents dans l’architecture ayyubide au XIIIe siècle.

NOTE

[1] Caravansérail de Robat Karim, Iran, route de Téhéran à Saveh, début de la période islamique.

[2] Les enceintes fortifiées découvertes dans la région de Palmyre (Syrie, Ier s. av. J.C. - IId s. ap. J.C.) ont servi probablement de lieu de tractation commerciale.

[3] Qasr Daba, près d’Ukhaydir (Irak), époque parthe et sassanide.

[4] En contexte urbain, les caravansérails ont aussi un important rôle commercial. La wakala du sultan al-Ghawrî (r. 1501-1505) au Caire en est un exemple très bien conservé.

[5] Venise, fondaco dei Turchi.

[6] Mosquée de Khuand Khatun, Anatolie, Kayseri, 1237-1238.

[7] Cifte Minareli madrasa, Anatolie, Erzerum, 1253.

[8] Caravanserail de Bibsetun (Iran), période sassanide.

[9] Forteresse de Khirbat Jaddalah, Irak, 141 ap. J.C.

[10] Voir par exemple la coupole du mausolée de Sangbast (Iran), 1028.

[11] Église de Sainte-Marie, Arménie, Bdjini, XIe siècle.

[12] Tombe de Hüdavend Hatun, Turquie, Nigde, 1312.

[13] C’est peut-être lui qui a travaillé à la Grande Mosquée de Konya (1156).

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

Aslanapa, O., Turkish Art and Architecture, Faber and Faber, 1980, p. 146-161.

Yavuz, A.T., « The Concepts that Shape Anatolian Seljuq Caravanserais », in Muqarnas, vol. XIV, Leyde : E.J. Brill, 1997, p. 80-95.

Les khans anatoliens, [en ligne]. Disponible sur

< http://www.turkishhan.org/sultanaksaray.htm>, (consulté le 12/10/2007).

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Cassanelli, R. (dir.), La Méditerranée des Croisades, Paris, Citadelles & Mazenod, p. 175-193.

Ettinghausen, R., Grabar, O., The Arts and Architecture of Islam, 650-1250, Yale University Press, 1974, p. 313-323.

Redford, S., « The Seljuqs of Rum and the Antique 4 », Muqarnas,  vol. X, 1993, p. 148-155.

Konya et le règne des Seldjoukides, (cat. exp., Amiens, musée de Picardie, 1999), Amiens, Musée de Picardie, 1999, p. 11-15.



Expression #1 of ORDER BY clause is not in SELECT list, references column 'qantara.fr_index.in_poids' which is not in SELECT list; this is incompatible with DISTINCT