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Bassin aux harpies

  • Titre / dénomination : Bassin aux harpies
  • Lieu de production : Iznik, Turquie
  • Date / période : Vers 1570-1580
  • Matériaux et techniques : Céramique siliceuse ; décor peint sur « engobe siliceux » sous glaçure plombeuse
  • Dimensions : H. 22,3 cm ; D. 39,4 cm
  • Ville de conservation : Londres
  • Lieu de conservation : British Museum
  • Numéro d'inventaire : G 1983-158

Ce grand bassin est orné sur toute sa surface extérieure d’un décor d’animaux disposés en un mouvement tournoyant qui, associé aux vifs coloris utilisés, fait de cette pièce un objet pittoresque.

La forme est exceptionnelle par ses dimensions qui ne sont pas sans rappeler, avec quelques variantes dans le profil néanmoins, une série de grandes vasques ottomanes de la première moitié du XVIe siècle[1] dont l’usage, selon certains, serait lié à la pratique rituelle des ablutions.

Le bassin est façonné dans la pâte qui fit la célébrité d’Iznik, l’antique Nicée, devenue officiellement le siège de la principale manufacture de céramique ottomane sous le règne de Soliman le Magnifique (1520-1566). Peut-être élaborée dans une volonté d’imiter les porcelaines chinoises, la nouvelle recette mise au point utilise 80% de silice, à laquelle est ajoutée de la fritte plombeuse (10%) et de l’argile blanche (10%). Comme la couche d’engobe et la glaçure transparente recouvrant le décor peint sont elles aussi à base de silice et de fritte, la pièce cuite présente une brillance qui fut admirée jusqu’en Europe. Des imitations des productions ottomanes virent ainsi le jour en Italie tout au long des XVIIe-XVIIIe siècles[2].

Le décor est traité en réserve sur un fond vert émeraude, quelques touches de rouge et de bleu rehaussant les motifs. Le fond coloré est connu à Iznik depuis les années 1550, c’est alors le bleu foncé qui en constitue généralement la teinte[3]. Le vert émeraude, qui apparaît avec le rouge sur les pièces à décor floral de la seconde moitié du XVIe siècle, est souvent associé aux pièces à décor animalier fabriquées sous le règne de Murâd III (r. 1574-1595)[4].

Une ronde d’animaux (lièvres, cervidés, singes, félins, dragon, oiseaux) se déroule sur tout le champ de la pièce ; les figures de harpies affrontées constituent les seuls motifs statiques. Le thème animalier n’est pas souvent traité à Iznik, même si quelques pièces présentent des animaux isolés[5]. Le seul exemple précoce d’un décor animalier est un carafon du milieu du XVIe siècle[6], et il faut attendre le règne de Murâd III pour qu’il connaisse son plein développement. Le thème présente des parallèles avec celui des chasses, hérité du monde pré-islamique[7], qui perdura après la conquête et sera traité sur différents supports. On le retrouve également sur des métaux produits en Serbie ottomane au XVIe siècle. Ceux-ci accordent en effet la même faveur au bestiaire réel et fantastique et la sensation de mouvement est omniprésente. Quelques sujets sont même traités à l’identique, comme le singe couronné présent sur un encensoir fabriqué en 1526 en Serbie. Le thème des harpies est issu du monde antique. Le mot est tiré du grec harpuia (ravisseuse). Ces oiseaux à tête humaine sont présents dans les mythologies grecque, égyptienne, et indienne. Le thème est abondamment repris dans les arts islamiques à partir du XIe siècle, particulièrement en Égypte fatimide[8] et en Anatolie seljukide[9]. Il apparaît de manière sporadique dans la céramique d’Iznik[10] dans le cadre des productions du règne de Murâd III.

De petits éléments végétaux (tulipes, demi-palmettes, fleurons, enroulements végétaux) servent de motif de remplissage, comme sur plusieurs pièces de la même série. Les tulipes et les petites fleurs à cinq pétales du bandeau décoratif intérieur dérivent du style « quatre fleurs » créé au milieu du XVIe siècle dans les ateliers impériaux de l’art du livre. Largement utilisé à Iznik dès les années 1550, il essaima sur des supports variés dans la seconde moitié du siècle, en particulier sur les textiles[11]. On peut observer également une influence de ce style sur les arts décoratifs européens dès le XVIIe siècle[12].

NOTE

[1] Ces vasques sont regroupées sous les vocables « Ayakli legen » et « Ayak Tası » (« bol à pied » ou « bol pour (laver ?) les pieds »).

[2] Voir la production des candiane, illustrée entre autres par le plat aux armoiries, Italie, Vénétie, 1633, Sèvres, Musée national de céramique, inv. 4617.

[3] Plat, Turquie, Iznik, Paris, musée du Louvre, inv. 1276.

[4] Plat, Turquie, Iznik, vers 1585, Château d’Écouen, Musée national de la Renaissance, inv. Cl.8357.  

[5] Plat au paon, Iznik, Turquie, 1540-1555, Paris, musée du Louvre, inv. K 3449.

[6] Carafon, céramique siliceuse à décor peint sur « engobe » siliceux et sous glaçure transparente plombeuse, Iznik, Turquie, 1545-1555, Londres, collection privée.

[7] Voir les chasses de Bahrâm Gûr, roi sassanide.

[8] Coupe à la harpie, céramique argileuse à décor lustré et gravé sur glaçure opacifiée, Égypte, XIIe siècle, Londres, Victoria and Albert Museum, inv. C 47-1960.

[9] Décor de pierre sculptée en méplat, türbe de Hudavend, Turquie, Nigde, 1312.

[10] Plat creux, céramique siliceuse à décor peint sur « engobe siliceux » sous glaçure plombeuse, Iznik, Turquie, 1580-1585, Lisbonne, Musée Calouste Gulbenkian, inv. 774.

[11] Panneau en velours, soie et fils d’or et d’argent de la collection J. Soustiel, Turquie, Bursa ou Istanbul, XVIe siècle : de gros œillets contiennent un bouquet composé de tulipes, d’églantines, de jacinthes et d’œillets.

[12] Plat à décor floral et armoiries, Italie, 1630-1640, Sèvres, Musée national de Céramique, inv.19209.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Atasoy, H. ; Raby, J., Iznik, la poterie en Turquie Ottomane, Paris, Éditions du Chêne-Hachette Livre, 1990, p. 246-260, n° 544.

L’étrange et le merveilleux en terres d’Islam, (cat. exp., Paris, musée du Louvre, 2000), Paris, RMN, 2000, p. 146, n° 108.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Atasoy, H. ; Raby, J., Iznik, la poterie en Turquie Ottomane, Paris, Éditions du Chêne-Hachette Livre, 1990, n° 374.

Branka, I., Jewelry from the 15th to the 19th Century from the Belgrade National Museum Collection, Beograd, Narodni Muzej, 1995.

L’étrange et le merveilleux en terres d’Islam, (cat., exp., Paris, musée du Louvre, 2000), Paris, RMN, 2000, p. 142-146.

Masterpieces of Goldsmiths’ Serbian, (cat. exp., Londres, Victoria and Albert Museum, 1981), Londres, 1981.



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