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Siège de la forteresse de Temeşvar (Timisoara)

Futûhat-i gamîla

  • Titre / dénomination : Siège de la forteresse de Temeşvar (Timisoara)
  • Lieu de production : Turquie
  • Date / période : 964 H./1557
  • Matériaux et techniques : Couleurs opaques, or et argent sur papier apprêté ; encre Graphie nasta‘liq ; reliure à rabat d’origine
  • Dimensions : page : 33 x 22,7 cm ; peinture : 28,7 x 18,3 cm
  • Ville de conservation : Istanbul
  • Lieu de conservation : Bibliothèque du Topkapı Sarayï Müzesi
  • Numéro d'inventaire : H. 1592, f. 18 v°-19 r°

Ces deux peintures proviennent d’un petit ouvrage en persan qui retrace la campagne de Hongrie de 1551-1552. Copié à Istanbul par un calligraphe de Chiraz, l’auteur en est inconnu ; cependant, la similitude de certains passages avec le Suleymannâme écrit par l’historiographe du palais ’Arifi pourrait laisser supposer qu’il en serait également l’auteur. Trente pages ponctuées de sept peintures retracent le rôle de Sokullu Mehmet Pacha, beylerbey[1] de Roumélie, chargé de la conquête de la région de Temeşvar.

En 1551, l’Empire ottoman qui s’étend sur plusieurs fronts est engagé dans plusieurs campagnes, en Iran et en Hongrie. Une armée commandée par Sokullu, après s’être emparée de plusieurs forteresses[2], assiège Temeşvar, mais l’hiver arrivant, le siège est abandonné. Il reprend en 1552 avec le second vizir Kara Ahmed Pacha, qui avec Sokullu s’empare de toute la région.

Ces deux peintures qui retracent l’histoire de ce siège enserrent des cartouches expliquant la scène : « Une pierre (boulet de canon) se déchaîna avec un bruit de tonnerre accompagné d’un éclair et il inonda la terre de sang. Elle atteignit la tête du cheval du vizir et la fracassa », « le cheval s’écroula sous le vizir et son sang arrosa la terre ». Ces vers sont éclairés par une autre source turque qui décrit cette bataille ; elle rapporte que Sokullu, qui occupait un château, fut un jour pris pour cible par les canons chrétiens ; miraculeusement, seul son cheval fut touché.

Le folio 19 r° est divisé en trois zones, la partie basse avec la scène de bataille, le centre qui comprend les douves et le cartouche, et la partie supérieure la forteresse. La scène de bataille se déroule sur deux niveaux, au premier plan un cavalier turc transperce de sa lance un Hongrois précipité de sa monture, au sol gisent un chrétien décapité et un musulman blessé ; au second plan s’étale le cheval décapité du second vizir, qui muni de son arc se dirige vers sa nouvelle monture harnachée d’or présentée par ses guerriers. La partie supérieure de l’image est conforme aux représentations traditionnelles ottomanes de villes, on note l’étrange perspective et les disproportions, mais également l’importance et la précision accordée aux détails. Le canon qui a atteint le cheval crache encore de la fumée, et les soldats dont seules les têtes émergent sont aux aguets sur les remparts qui surmontent les douves où flottent des bateaux[3].

Le folio 18 v° à la composition axée dominée par un arbre décrit le campement ottoman. Au centre, la tente d’Ahmed Pacha ouverte laisse apparaître un trône orné de trois cygnes. Des tentes plus petites l’environnent ainsi que des groupes de personnages en conversation dont les coiffes diverses témoignent de leur statut. Derrière la colline, séparés par l’arbre, et sur un fond de ciel bleu rappelant les couleurs de la tente principale, deux groupes de guerriers en arme attendent de partir au combat.

La minutie des costumes, des armes et harnachements, les détails de la forteresse (toits de tuiles, portes, ouvertures, murailles…) témoignent de l’aspect documentaire et topographique de ces peintures. La véracité de ces détails nécessitait une bonne connaissance du monde occidental et chrétien. On sait que des artistes hongrois travaillèrent dans les ateliers de Topkapi, participant notamment aux peintures retraçant les chroniques de cette conquête ; certaines oeuvres témoignent d’une excellente connaissance de la peinture occidentale. Il faut également mentionner l’importance de ces ateliers et la richesse de la bibliothèque qui fournissait aux artistes des cartons et des modèles ainsi qu’une riche documentation leur permettant d’élaborer ces peintures historiques, qui encore aujourd’hui constituent une riche source de connaissance sur le monde occidental.

NOTE

[1] Bey des Bey, position équivalente au gouverneur-général.

[2] Forteresses de Beese, Beeskerek, Csanad et Lipp.

[3] Le Süleymannâme de  ’Arifi (1558) présente une illustration de la même scène (f. 533a) qui s’organise sur deux niveaux seulement, avec une accentuation de la scène de décapitation du cheval ; on y retrouve la même minutie des détails.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Fehér, G., Miniatures turques des chroniques sur les campagnes de Hongrie, Paris, Gründ, 1978, pl. XXXIV A/B.

Rogers, J.M. (dir.), Topkapi Sarayi Manuscrits et miniatures, Paris, Édition du jaguar, 1986, p. 151.

Soliman le magnifique, (cat. exp., Paris, Galeries nationales du Grand Palais, 1990), Paris, RMN, p. 94-95, n°97.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Fehér, G., Miniatures turques des chroniques sur les campagnes de Hongrie, Paris, Gründ, 1978.

Rogers, J.M. (dir.), Topkapi Sarayi manuscrits et miniatures, Paris, Édition du jaguar, 1986, p. 217-224.



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