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Défilé de la maquette de la mosquée de soliman

Provient du Surnâme de Murad III

  • Titre / dénomination : Défilé de la maquette de la mosquée de soliman
  • Lieu de production : Turquie, Istanbul
  • Date / période : Vers 1582
  • Matériaux et techniques : Couleurs opaques, or et argent sur papier apprêté
  • Dimensions : H : 31 cm ; l : 21,3 cm
  • Ville de conservation : Istanbul
  • Lieu de conservation : Bibliothèque du Topkapi Sarayi Müzesi
  • Numéro d'inventaire : H 1344, fol. 90v°-191r°

Cette double page illustrée provient du Livre des Festivités, récit illustré des fêtes données par le sultan Murad III  (1574-1595) pendant cinquante deux jours et cinquante deux nuits à l’occasion de la circoncision de son fils le prince Mehmet.

Le manuscrit possédait à l’origine 250 illustrations en double page, réalisées par huit artistes de styles différents, travaillant sous la direction du maître Osman. Cette double page illustre le défilé des architectes accompagnés de la maquette de la mosquée de Soliman.

La scène prend place dans un cadre fixe dont la présence sur toutes les doubles pages de l’album renforce l’impression du mouvement du défilé. L’hippodrome d’Istanbul, haut lieu de la vie publique depuis l’époque byzantine, a été aménagé pour l’occasion. On y voit la colonne maçonnée à gauche et l’obélisque au centre. Le palais du vizir Ibrâhîm Pacha, en haut à gauche, fut le lieu de résidence du sultan pendant toute la durée des festivités. Il pouvait directement, depuis la loggia, en suivre le déroulement. Les artistes européens en visite à Istanbul au XVIe siècle ont également livré des représentations de l’hippodrome[1].

La partie droite est occupée par le bâtiment des spectateurs turcs et étrangers. On reconnaît les invités européens à leur costume particulier ; à cette époque, l’habillement constitue un élément identitaire important. Ainsi, en Occident, c’est le costume turc qui, dans un esprit quasi-ethnographique, intéresse les artistes européens[2]. La partie centrale du bâtiment, aux volets clos rouges, était réservée aux femmes.

Le défilé est évoqué avec la même précision et la même abondance de détails que l’arrière-plan. Les scènes changent d’une page à l’autre et font contraste avec le fond immuable, donnant ainsi l’illusion de mouvement.

L’exposition en 1582 de la maquette d’un bâtiment réalisé quelques décennies plus tôt (1550-1557) atteste de la place particulière que la célèbre mosquée édifiée par l’architecte Sinan, dont le génie est loué dans le Surnâme, occupa dès le XVIe siècle dans l’histoire de l’architecture ottomane. On sait ainsi que les plans étaient complétés par ces maquettes. La même pratique avait cours en Italie à la Renaissance, et se poursuivit dans l’empire ottoman jusqu’au XXe siècle[3].

Le sujet du recueil révèle le goût ottoman pour l’histoire contemporaine. Cette tendance est apparue dès le début du XVIe siècle sous le règne de Sélim Ier (1512-1520) avec le Selîmnâme[4]. Cet intérêt s’incarne aussi dans les cartes et vues de villes réalisées par des historiens comme Matrakçi Nasuh[5] ou Pir-i Reis et se traduit stylistiquement par une grande attention portée au réalisme des scènes représentées. Ce souci du détail fait des miniatures de formidables sources d’information sur la vie sociale, culturelle et économique à Istanbul dans la seconde moitié du XVIe siècle.

Cette tendance au réalisme fait suite à une période d’influence de la peinture iranienne qui débuta après 1514, lorsque des artistes de Tabriz vinrent à Istanbul[6]. Les années 1530 virent l’émergence, avec l’impact de la peinture safavide de Chiraz des années 1520, d’un style plus réaliste dans lequel l’aspect décoratif est encore très présent[7].

L’arrivée dans l’atelier du palais de Nakkas Osman dans les dernières années du règne de Soliman signe le début de ce style typiquement ottoman. La collaboration entre ce maître et l’historiographe et calligraphe Sayyid Lokman, dont la présence est attestée au palais dès 1566, donna naissance au récit illustré de l’histoire du règne du sultan Soliman, le Süleymânnâme[8].

NOTE

[1] Pierre Coeck, Vue de Constantinople à partir de l’Hippodrome, Istanbul, 1533, Paris, Bibliothèque Nationale de France, Cabinet des Estampes, Od. Soliman RMN p.286 n°311.

[2] Diverses manières de se vêtir des Turcs, probablement Istanbul, XVIIes., Venise, Biblioteca Nazionale Marciana, inv. Cod.It.IV, 491 (5578). Photo in venise et l’orient , p.114-115, n°13.

[3] Maquette de fontaine, Turquie, 1907, bois peint, sculpté et doré ; incrustations de nacre, d’ivoire et de marbre polychrome, Istanbul, Yildiz Sarayi Müzesi, inv.364. Photo in Topkapi à Versailles, p.312.

[4] Cet album est conservé dans la Bibliothèque du Topkapi Sarayi, inv. H.1597-98.

[5] Le port de Modon, Tarîh Sultan Bayazid, Turquie, vers 1540, encre et couleurs, argent et or sur papier apprêté filigrané, Istanbul, Bibliothèque du Topkapi Sarayi Müzesi, inv. R.1272, f. 24v°-25r°. Photo in Soliman p.96.

[6] Anthologie poétique, Turquie, vers 1520-1530, couleurs opaques et or sur papier apprêté, Istanbul, Bibliothèque du Topkapi Sarayi Müzesi, inv. YY846, f. 57v°-58r°. Photo in Soliman p.200 n°215.

[7] Hamse-i Neva’i, Turquie, 1530-1531, Istanbul, Bibliothèque du Topkapi Sarayi Müzesi, inv. H 801.

[8] Suleymânnâme, Turquie, 1579-1580, Dublin, Chester Beatty Library, inv. 413.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Soliman le magnifique, [Exposition, Paris, Galeries nationales du Grand Palais, 15 février-14 mai 1990], Paris, RMN, 1990, p.132 n°140.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Yérasimos, S., Istanbul, la mosquée de Soliman, CNRS éditions, Paris, 1997.

Berthier, A., « Fêtes et divertissements », Topkapi à Versailles, Trésors de la cour ottomane, [Exposition, Versailles, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, 1999], Paris, RMN & AFAA, 1999, p.298-313.

Necipoglu-Kapadar, « Plans et models in 15e-16e ottoman architectural practice », Journal of the society of Architectural Historians, vol. XLV, n°3,1986, ville, pp.224-243.



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