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Taqi Al-Din et des astronomes dans son observatoire

Shâhinshâhnameh de Murad III par 'Ala ad-Din Mansur-Shirazî

  • Titre / dénomination : Taqi Al-Din et des astronomes dans son observatoire
  • Lieu de production : Turquie
  • Date / période : 1581
  • Dimensions : H. : 21,5 cm ; l. : 12 cm
  • Ville de conservation : Istanbul
  • Lieu de conservation : University Library
  • Numéro d'inventaire : T.Y. 1404

Cette page représente Taqî al-Dîn ibn Ma’rûf (Damas, 1525 – Istanbul, 1585) en compagnie de plusieurs astronomes dans son observatoire à Istanbul. Le célèbre scientifique fut successivement au service des sultans ottomans Sélim II et Murad III. Il rédigea un traité dans lequel il nota le caractère obsolète des tables astronomiques alors en usage et sollicita l’établissement de nouvelles. Sous cette impulsion, Murad III décida en 1575 de la construction d’un observatoire astronomique à Istanbul, sur la rive européenne du Bosphore, en haut d’une colline du quartier de Topkhane. L’observatoire, achevé en 1577, occupait deux bâtiments, l’un accueillant une bibliothèque et les chambres pour le personnel, le second contenant les multiples instruments de mesure et d’étude du ciel appartenant au savant. L’ensemble rivalisait avec ses équivalents européens, notamment l’observatoire de Tycho Brahe (1576, Uroniborg, Danemark). L’observatoire d’Istanbul fonctionna jusqu’en 1580 quand Murad III commanda sa destruction, peut-être à la suite d’une prédiction erronée du savant, qui, après observation d’une comète, avait conclu à une victoire de l’armée ottomane, ce qui n’advint pas.

La scène se déroule à l’intérieur du bâtiment vu en coupe selon une convention déjà utilisée dans les manuscrits de l’école arabe dès la fin du XIIe siècle, sans doute dans un jardin à juger par les cyprès et les branches fleuries de l’arrière plan. Devant une bibliothèque chargée d’ouvrages, les savants travaillent autour d’une grande table sur laquelle sont posés de nombreux instruments de calculs et d’observation : astrolabe[1], quadrant, sextant, horloge,… Ces outils sont décrits et leur usage est détaillé dans un traité rédigé par Taqî al-Dîn en 1580[2]. Au premier plan, d’autres astronomes, dont un manipulant une mappemonde, complètent l’ensemble.

L’étude de l’astronomie a été une préoccupation constante des sciences arabes depuis les débuts de l’islam. L’observatoire al-Shammasiyah (Bagdad, vers 828), aujourd’hui disparu, est le plus ancien représentant de ces établissements.

La construction des observatoires, émanant toujours de commandes princières, se poursuivit au cours des siècles. Des sources indiquent l’existence d’un observatoire en contexte seljuqide, sous Malik Shâh (1072-1092). Celui de Maragha (Azerbaidjan), élevé au XIIIe siècle à l’époque ilkhanide, fonctionna sous la direction de Nasir al-Dîn Tûsi, auteur des tables critiquées par Taqî al-Dîn. Dans son sillage fut érigé l’observatoire d’Ulugh Beg à Samarcande (Iran, 1429)[3].

Le rendu très détaillé de tous les éléments de la scène (cadre architectural et mobilier, instruments,…) caractérise la peinture ottomane dès la seconde moitié du XVIe siècle. On peut en effet observer dans la plupart des ouvrages de la période le même souci du détail, la même recherche de véracité quasi-documentaire que dans cette page. Ce goût ottoman pour le réalisme s’exprimera notamment à travers les ouvrages retraçant l’histoire contemporaine de la dynastie avec ses fêtes[4], ses vues de ville[5], ses conquêtes armées,…Les éléments végétaux de la zone supérieure sont quant à eux à rapprocher de la tradition de la peinture iranienne, dont l’impact est notable dans le nakkashane du palais depuis 1514, lorsque des artistes de Tabriz intégrèrent l’atelier royal de peinture. L’influence de l’école safavide de Shiraz, dont l’auteur de la page est originaire, est notable dans la peinture de miniature turque dès les années 1520, et se traduit par une tendance au réalisme tempérée par le traitement très décoratif de certains éléments (végétation[6], décor architectural), comme c’est le cas ici.

NOTE

[1] Nombre de ces instruments sont conservés dans les musées et collections d’art islamique. Voir par exemple : astrolabe, fin du XVIIIe siècle, Iran, laiton coulé, décor gravé, Paris, musée du Louvre, inv. MAO 394. http://cartelfr.louvre.fr/cartelfr/visite?srv=car_not_frame&idNotice=26212

[2] Quadrant en bois, Alât i-rasadiya li zîj al-Shâhinshâhiy, (Instruments d’observation pour les tables de Shâhinshâh), par Taqiy al-Dîn ibn Ma’rûf, Turquie, 1580, Paris, Bibliothèque Nationale de France, département des Manuscrits orientaux, suppl. Turc 1126, f.11r°. Age d’or des sciences arabes, p.96 n°21.

[3] Deux campagnes de fouilles au XXe siècle (1908 et 1941) ont permis de mettre à jour de gigantesques instruments de mesure dont un sextant géant en marbre et de reconstituer un plan d’ensemble, circulaire, sur trois niveaux.

[4] Défilé de la maquette de la Suleymaniye, Sûrname de Murad III, Turquie, Istanbul, 1582, Istanbul, Bibliothèque du Topkapi Sarayi Müzesi, inv. H 1344, f. 90v°-191r°.

[5] Vue de Lépante, Turquie, vers 1540-1550, Istanbul, Topkapi Sarayi Müzesi, inv. 17/378.

[6] Khamseh, Nizâmi, Iran, Shiraz et Qazvin, 1560-1561, Paris, Bibliothèque nationale de France, Mss or. Suppl. persan 1956, f. 274v°-275.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

L’âge d’or des sciences arabes, (cat. exp., Paris, Institut du monde arabe, 2006), Paris, Actes Sud, IMA, 2005, p. 242.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Djebbar, A., Une histoire de la science arabe. Entretiens avec Jean Rosmorduc., Paris, éditions du Seuil, 2001, p. 154-200.

Gautier, A., « L'âge d'or de l'astronomie ottomane », in L'Astronomie, (Revue mensuelle fondée par Camille Flammarion en 1882), décembre 2005, volume 119, Paris, Flammarion, 2005.

Saliba, G., « L’astronomie arabe », in L’âge d’or des sciences arabes, (cat. exp., Paris, Institut du monde arabe, 2006), Paris, Actes Sud, IMA, 2005,  p. 53-67.

Savoie, D., « Les astrolabes », in L’âge d’or des sciences arabes, (cat. exp., Paris, Institut du monde arabe, 2006), Paris, Actes Sud, IMA, 2005, p. 93-112.

Tekelfi, S., Observational Instruments of Istanbul Observatory, International symposium on the Observatories in Islam, 19-23 septembre 1977, Istanbul, Istanbul, M. Dizer, 1980, p. 33-43.

Zaimeche, S.,  A cursory review of muslim observatories, Foundation for Science, Technology and Civilisation, Manchester, FSTC, 2002, [en ligne]. Disponible sur <http://www.muslimheritage.com/topics/default.cfm?ArticleID=235>, (consulté le 02 mai 2008).



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