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Exercice de Furûsiyya

Recueil destiné aux personnes qui cultivent les différentes branches de l’art militaire

(Kitâb al-makhzûn li-arbâb al-funûn fî-l-furûsiyya wa la’b al-ramh wa bunûdihim)

  • Titre / dénomination : Exercice de Furûsiyya
  • Auteur : Nâsir al-Dîn ibn Tarâbulusî, Copié par Shâhîn al-zînî al-Muzahib
  • Lieu de production : Égypte (?)
  • Date / période : 1578-1579
  • Matériaux et techniques : Papier
  • Dimensions : H : 28,5 cm ; L. 19 cm
  • Ville de conservation : Paris
  • Lieu de conservation : Bibliothèque Nationale de France
  • Numéro d'inventaire : Arabe 2628, fol. 82 v°-83

Cette double page illustrée est tirée d’un ouvrage rédigé en Égypte au XVIe siècle,  rassemblant plusieurs traités relatifs à l’art militaire. Le volume appartenait initialement à la collection de manuscrits orientaux de Melchisedech Thévenot (1620-1692), physicien et écrivain français, diplomate et bibliothécaire du roi Louis XIV[1]. Il fut vendu à la bibliothèque royale en 1712, en même temps que le reste de sa collection.

L’espace de la page est dominé par le dessin d’un manège circulaire flanqué de deux cercles plus petits autour duquel évoluent deux cavaliers mamlûks munis d’une lance, vêtus d’une longue robe (kibr) et d’un haut bonnet en fourrure rouge (zamt), montés sur deux chevaux richement harnachés aux pattes teintées au henné.

L’ouvrage appartient à une production littéraire très abondante dans la civilisation islamique, relative au domaine de la fûrusiyya. Ce terme arabe se rapporte à la somme de connaissances théoriques et pratiques relevant de domaines très variés comme l’équitation, l’art vétérinaire, les jeux (polo, boxe, hockey, échecs…) et l’art militaire (maniement des armes, …). Le concept naquit à l’époque abbâsside dans la seconde moitié du VIIIe siècle, en contexte princier : les domaines englobés par la fûrusiya étaient des composantes essentielles de l’éducation des prétendants au trône califal. La fûrusiyya devint une institution d’état dès la fondation de Baghdad sous al-Mansûr (r.754-775). C’est à cette époque qu’Ibn Akhî Hizâm, commandant de l’armée de métier du Khorassan, au service du calife abbâsside al-Mutawakkil, en rédigea le premier traité, Kitâb al-furûsiyya wa-l baytara, qui comportait deux parties, une traitant de l’hippologie de l’équitation et de l’art vétérinaire, la seconde consacrée à l’équitation militaire, aux armes, à l’archerie et au polo.

L’époque mamlûke (1258-1517) constitue une période très bien documentée dans ce domaine. Le traité de Hizâm fut maintes fois recopié, et la littérature dans ce domaine connut une grande expansion, notamment à travers la production d’ouvrages de vulgarisation, dont le manuscrit étudié ici fait partie.

Bien que rédigé à l’époque de la domination ottomane sur l’Égypte, ce recueil s’inscrit parfaitement dans la tradition mamlûke. Les cavaliers représentés sont vêtus de la tenue réservée à la caste militaire des Mamlûks burjites, qui furent au pouvoir en Égypte et en Syrie entre 1382 et 1517, jusqu’à leur défaite face aux Turcs. Le style adopté est très sobre : dessin à l’encre noire, utilisation de la couleur réservée à quelques détails comme le harnachement des montures, les pattes teintées au henné et le bonnet des cavaliers. Cette simplicité est en adéquation avec la vocation documentaire et pédagogique de l’illustration.

L’exercice illustré s’inscrit dans le cadre de l’apprentissage du maniement de la lance, un des deux domaines de la fûrusiyya, avec celui de la masse d’armes, dans lesquels les Mamlûks apportèrent leur contribution. Il s’agit probablement de l’illustration d’une figure de parade qui, on le sait d’après les sources, étaient souvent réalisées à l’occasion de spectacles au cours desquels diverses équipes s’affrontaient dans des simulacres de combats. Après la conquête de l’Egypte par les armées de Selim Ier (r.1512-1520), les traités traditionnels de fûrusiyya furent traduits en turc, l’institution fut rapidement adoptée par les sultans ottomans, et les arts de la fûrusiyya enseignés par des maîtres égyptiens[2].

Ces démonstrations publiques d’art équestre ne sont pas sans évoquer le phénomène des carrousels, ces spectacles équestres qui virent tout d’abord le jour dans les cours italiennes au XVIe siècle avant de s’étendre aux autres cours d’Europe[3].

NOTE

[1] Il est aussi l’auteur des Relations de divers voyages curieux (1663-1672), recueil de récits de voyages effectués entre le XVe et le XVIIe siècle à travers le monde entier. Les quatre volumes sont richement illustrés de gravures, de reproductions de systèmes d’écriture, de plans et de cartes, dont certaines ont été réalisées par l’auteur lui-même.

[2] Inal Beg rédigea d’ailleurs le seul traité de fûrusiyya ottoman, le Tuhfat al-Ghuzat, date.

[3] En France, le premier carrousel se déroula à l’hôtel Bourgogne à Paris en 1605 ; le manège royal de Versailles fut créé en 1680.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Chevaux et cavaliers arabes dans les arts d’Orient et d’Occident (cat. exp. Paris, Institut du monde arabe, 2002-2003), Paris : Institut du monde arabe/Gallimard, 2003, p. 106, 35.

Furûsiyya. L’Art des chevaliers en pays d’Islam. Collection de la Furûsiyya Art Foundation, (cat. exp. Paris, Institut du monde arabe, 2007), Paris : Institut du monde arabe/Skira, 2007, pp. 379-400.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Al-Sarraf, S., « Evolution du concept de furûsiyya et de sa littérature chez les Abbassides et les Mamlouks », in Chevaux et cavaliers arabes dans les arts d’Orient et d’Occident, (cat. exp. Paris, Institut du monde arabe, 2002-2003), Paris : Institut du monde arabe/Gallimard, 2003, pp.67-72.



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