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Bouteille au nom de l'Atabeg ‘Imâd Al-Dîn Zangî

  • Titre / dénomination : Bouteille au nom de l'Atabeg ‘Imâd Al-Dîn Zangî
  • Lieu de production : Syrie
  • Date / période : Première moitié du XIIe siècle
  • Matériaux et techniques : Verre soufflé ; décor doré
  • Ville de conservation : Londres
  • Lieu de conservation : British Museum
  • Numéro d'inventaire : OA 1906.7-19.1

Cette pièce à panse globulaire reposant sur une base annulaire est fortement endommagée. Il est difficile d’imaginer la forme du col. Elle est inscrite au nom d‘Imâd al-Dîn Zangî, gouverneur turc de Mossoul (r. 1127-1146), fondateur de la dynastie zangîde[1]. Cela fait de cet objet le premier exemple datable pour un décor doré en Syrie au XIIe siècle. Ce jalon est d’importance quand on sait l’essor extraordinaire que connurent les arts du verre à l’époque ayyubide (1169-1249), avec le développement du décor émaillé qui, ajouté au décor doré, semble parfaitement maîtrisé par les ateliers syriens dès le dernier quart du XIIe siècle[2].

Le décor est réparti, comme très souvent dans l’art islamique, en registres horizontaux délimités par de fines lignes. Au centre se déroule l’inscription cursive, interrompue par des motifs cruciformes formés de petits points. Les registres inférieur et supérieur sont ornés de motifs de grenadiers épousant une forme de feuille qui n’est pas sans évoquer les motifs foliés marginaux des débuts de sourates, dans les corans des premiers siècles de l’islam. Ils alternent en bas avec des figures d’aigles aux ailes éployées et en haut avec les figures de deux danseuses munies l’une d’une harpe, l’autre de castagnettes. De délicats rameaux, groupés par trois, s’inscrivent dans les intervalles.

L’objet a été soufflé à la volée et travaillé au pontil selon un procédé inventé au Ier siècle avant J.C. dans l’Empire romain.

Le décor doré a été appliqué après la cuisson de la pièce : il s’agit d’or en poudre mélangé à un liant (eau, gomme arabique ou matière huileuse). Cette couche fragile est fixée par une cuisson à basse température (650°C). Le verre à décor doré est connu depuis l’Antiquité romaine[3]. Dans les arts de l’Islam, il est peu répandu avant la fin du XIIe siècle. Des verres « sandwich »(feuille d’or enserrée entre deux couches de verre) sont connus au Xe siècle[4]. On peut noter l’existence d’une production de verre doré en contexte byzantin[5].

Les motifs réalisés en petites touches préfigurent les décors émaillés de la période ayyubide[6].

L’épigraphie cursive qui occupe le registre central est employée fréquemment à la période zangide, sur différents supports[7]. Ce type d’épigraphie remplace progressivement l’écriture kûfique foliée, largement utilisée jusqu’alors dans la région.

Le grenadier, une essence cultivée en Iran depuis au moins 5000 ans, est un motif végétal apprécié dans les arts décoratifs islamiques à différentes époques et dans différentes aires géographiques. Déjà connu dans l’art sassanide, il apparaît dans l’art omeyyade en Syrie et en Andalousie. L’art ottoman fera grand usage de ce motif au XVIe siècle, dans le textile et le décor de céramique.

Les danseuses du registre supérieur présentent une parenté très nette avec des figures féminines de danseuses ornant une couronne orfévrée et émaillée produite à Constantinople au XIe siècle[8]. La tenue et la coiffure sont assez proches pour que l’on puisse envisager l’influence de l’art géorgien voire le concours d’artisans chrétiens pour le décor de cette bouteille zangide.  Les danseuses sont associées, dans l’art islamique, à la thématique des plaisirs princiers. Elles y apparaissent abondamment depuis l’époque ommeyade. L’art fatimide d’Égypte a fourni des ivoires décorés de danseuses-musiciennes[9].

La figure de l’aigle, étroitement liée à l’iconographie du pouvoir depuis l’Antiquité, apparaît largement dans l’art byzantin, dont nous avons déjà évoqué les possibles liens avec cet objet.

NOTE

[1] Il a cependant récemment été proposé d’y voir une allusion à Zangî II, souverain de Sinjâr et d’Alep dans le dernier quart du XIIe siècle (1171-1197 et 1181-1183).

[2] Gobelet, verre soufflé, traces de dorure et d’émaux, Syrie, vers 1181-1207, Washington, Smithsonian American Art Museum, inv. LTS 1985.1.170.8. 

[3] Coupe en verre, décor de feuille d’or représentant le monogramme du Christ et une scène de chasse d’inspiration sassanide, Italie, Piémont, III-IVes.

[4] Coupe fragmentaire, émail bleu et or dans verre sandwich, Syrie ou Iran, Xe siècle, collection Davids, Copenhague, inv. 4/1987 ; carreau, verre sandwich, Syrie, Inv. AC 102, il provient peut-être de l’église de Maaret el Namaan (sud d’Alep).

[5] Coupe en verre teinté pourpre, décor doré et émaillé, Constantinople, Xe, Venise, Trésor de Saint-Marc.

[6] Gobelet à décor perlé, verre à décor émaillé et doré, Syrie, première moitié XIIIes., Paris, musée du Louvre, inv. OA 6121.

[7] Minbar au nom de Nûr al-Dîn Zangî, bois, Syrie, 1163, Hama, musée de Hama, inv. 3266.

[8] Couronne d’André de Hongrie, offerte par Constantin IX Monomaque à la Hongrie, Byzance, 1042-1050, argent doré et émaillé, perles, Budapest, Musée national hongrois.

[9] Danseuse-musicienne, Égypte, XIe s., ivoire, décor sculpté et gravé, Florence, musée du Bargello.



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