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Al-Jazarî, Kitâb al-jâmi‘ bayn al-‘ilm wa l-‘amal al-nâfi‘ fî sinâ‘at al-hiyal

Recueil utile de la théorie et de la pratique dans les procédés ingénieux

  • Titre / dénomination : Al-Jazarî, Kitâb al-jâmi‘ bayn al-‘ilm wa l-‘amal al-nâfi‘ fî sinâ‘at al-hiyal
  • Lieu de découverte : Syrie / Égypte
  • Date / période : Ramadan 715 H. / Décembre 1315
  • Matériaux et techniques : Encre, couleurs opaques et or sur papier
  • Ville de conservation : New York, Londres, Koweit, Boston, Washington
  • Lieu de conservation : Metropolitan Museum of Art, Freer Gallery, Keir Collection, Collection al-Sabah, Museum of Fine Art

C’est à la demande du sultan Artûkide de Diyarbakir, Nasîr al-Dîn Mahmûd (1200-1222), qu’Abû al-Izz ibn Ismâ‘îl al-Razzâz al-Jazarî, également connu sous le nom de Badî’ al-Zamân, ingénieur personnel du sultan, rédigea son Recueil utile de la théorie et de la pratique dans les procédés ingénieux[1]. Composé de six parties, il aborde successivement la question de la réalisation d’horloges hydrauliques, d’automates ludiques utilisés lors des banquets et de ceux servant à la toilette ou aux saignées, des fontaines polymorphes, des machines permettant de faire remonter l’eau d’un puits ou d’une rivière et enfin de serrures et autres mécanismes.

Son traité est à mettre en lien avec les découvertes scientifiques de la Grèce antique, diffusées dans le monde musulman par le biais de compilations traduites en arabe, comme celles de Philon de Byzance qui rédige le premier traité sur les mécanismes ingénieux (IIIe siècle avant J.-C.) et de Héron d’Alexandrie (Ier siècle avant J.-C.). Ces traités étaient généralement accompagnés d’illustrations représentant les machines : celui d’al-Jazarî est considéré comme l’un des plus complets, apportant des indications tant sur la réalisation que sur le fonctionnement des mécanismes complexes qu’il décrit.

Selon Vitruve, c’est à Ctésibius, technicien égyptien d’Alexandrie du IIIe siècle avant notre ère, que l’on doit la première clepsydre et le premier automate musical. Dès le IXe siècle, des automates arabes parviennent en Occident chrétien. Présents diplomatiques admirés, ils sont décrits par les commentateurs et classés dans les mirabilia (merveilles, ‘ajâ’ib). La clepsydre offerte par Hârûn al-Rashîd à Charlemagne est décrite par Eghinhard (770-840) dans la Vita Karoli et nous est connue à travers une peinture d’un traité d’al-Jazarî conservé à Istanbul et aujourd’hui dispersé[2]. L’on possède également des rapports d’ambassades européennes qui de retour de mission ont décrit avec force détails ces automates qu’ils avaient admirés. Celle d’Otton Ier auprès de Constantin VII de Byzance évoque les automates qui gardent le trône : de grands lions d’or à la queue articulée qui rugissent[3]. Un chroniqueur arabe qui rapporte la visite d’ambassadeurs byzantins auprès du calife al-Muktadir à Baghdâd en 917 décrit un automate jaillissant de terre sous la forme d’un arbre aux branches pleines d’oiseaux chantants, qui remplit la coupole de la pièce de jets d’eau de rose et de musc.

Le traité d’al-Jazarî fut diffusé par de nombreuses copies qui montrent l’intérêt porté à l’époque médiévale à ce que l’on pourrait appeler la technologie du divertissement, celle réalisée par Farrukh ibn ‘Abd al-Latîf al-Kâtib al-Yaqutî al-Mawlawî en 1315, aujourd’hui dispersée, en offre la meilleure version, tant par la qualité de ses peintures, chefs d’œuvre de l’art mamlûk, que par les nombreux détails et indications qu’elles fournissent. Elle témoigne également du complexe jeu d’influences et de contacts qui existent dans la sphère syro-égyptienne avec l’Asie, les mondes iranien, chrétien et indien.

On connaît plusieurs folios de cette copie de 1315, conservés à Istanbul avant leur dispersion dans plusieurs collections. Parmi ses illustrations, la représentation d’un automate verseur de boisson qui porte une tunique dont les plis évoquent les productions byzantines contemporaines[4]. Celle d’une horloge à l’éléphant[5] dont les différentes parties sont numérotées suivant le système alphanumérique en alphabet grec, montre à la fois un lien avec le monde indien par l’éléphant et son cornac, et le monde médiéval occidental en renvoyant aux automates des beffrois médiévaux qui avaient également un rôle ludique dans l’annonce du passage du temps.

NOTE

[1] Sa première version autographe de 1206 est conservée au musée de Topkapï à Istanbul.

[2] Istanbul, bibliothèque d’Aghia Sophia, cod. 3606.

[3] Jannic Durand, Liutprand de Crémone pour le compte de Otton 1er (912-974).

[4] Copenhague, David Collection, inv. 20/1988.

[5] New York, The Metropolitan Museum of Art, inv. 55.51.23.

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