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Figure de fontaine : cervidé

  • Titre / dénomination : Figure de fontaine : cervidé
  • Lieu de découverte : Trouvé en fouille à l’emplacement de l’ancien couvent Sainte-Croix à Poitiers (Poitou)
  • Date / période : XIIe siècle
  • Matériaux et techniques : Pierre calcaire
  • Dimensions : 80x23x65
  • Ville de conservation : Poitiers (Vienne)
  • Lieu de conservation : Musée Sainte-Croix

Ce cervidé en pierre calcaire a été découvert en différents fragments à l’emplacement de l’ancien couvent Sainte-Croix à Poitiers. Un doute plane quant à son emplacement original. Il a pu faire partie de l’aménagement tardif du baptistère voisin, à l’image de celui du Latran, où le bassin était alimenté par une figure de cervidé. Mais, comme le suggère J.-R. Gaborit, il est plus probable que ce cerf, comte tenu de son matériau et de ses dimensions, ait fait partie d’une fontaine extérieure.

Le traitement iconographique et stylistique de ce cervidé renvoie aux célèbres cerfs de bronze ciselé du Xe siècle trouvés à Madinat al-Zahra, cité califale construite par les Omeyyades de Cordoue. Ils appartenaient vraisemblablement à un ensemble de douze animaux autour d’un bassin. L’eau remontait par les quatre pattes creuses et jaillissait depuis la gueule béante. On retrouve une même silhouette rigide, une tête de section carrée aux flancs aplatis, un œil en amande, des oreilles qui devaient être couchés vers l’arrière. Toutefois la forme du cervidé de Poitiers est agrandie et le traitement est plus rustique. Certains objets comparables, rapportés comme butin par les comtes de Poitiers – qui ont eu un rôle décisif dans les premières expéditions en Espagne musulmane – ont pu servir de modèles aux sculpteurs locaux.

Le choix du cerf comme partie de fontaine d’où jaillit l’eau n’est pas fortuit quand on sait qu’une légende, connue dans les traditions orientale et occidentale, lie l’animal à cet élément naturel. Ainsi, quand l’âge a éteint la vigueur du cerf et affaibli sa vue perçante, le cerf remplit sa bouche d’eau et va la répandre dans le repaire du serpent. Bientôt le serpent demi-mort s’élance et se tord à ses pieds : le cerf le saisit. Mais alors un feu dévorant s’allume au fond de ses entrailles. Brûlé par l’ardeur du venin, haletant d’une soif ardente, il s’échappe à travers les bois et court jusqu’à ce qu’il trouve une source. Il s’y désaltère et se cache dans les fourrés. Il voit alors ses bois tomber, son pelage se transformer. Quand il sort de sa retraite, il a recouvré sa vigueur, sa vue perçante et sa jeunesse : une vie nouvelle lui est acquise. Cette légende trouve de nombreux échos chez les auteurs orientaux et occidentaux : les auteurs arabes Al-Kasvini et Damir, mais aussi Guillaume de Champeaux, Hugues de Saint-Victor, Gilbert Foliot, Vincent de Beauvais. A l’antagonisme des deux animaux, les auteurs occidentaux n’ont fait que transposer au cerf d’Europe les mœurs d’animaux orientaux d’espèce voisine de la sienne, que les Persans nomment pausen. Les Mazdéens voient dans le duel du pausen et du serpent l’image allégorique de la lutte victorieuse du principe bon, Ormuzd, contre le principe mauvais, Ahriman. De même, dans les écrits chrétiens, le triomphe du cerf sur le reptile symbolise la victoire du Sauveur sur cet esprit des ténèbres. Dans les bestiaires médiévaux le cerf est alors l’image du Christ chassant les démons par sa sagesse figurée par l’eau. L’eau rejetée devient l’image allégorique de la Parole victorieuse du Sauveur, de son Verbe. 

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Les Andalousies de Damas à Cordoue, M. Bernus-Taylor éd., catalogue d’exposition, Institut du Monde Arabe, Paris, 2000, n°90 et n°91.

AYZAC F., « Le cerf, étude de zoologie mystique », Revue de l’art chrétien, 1864, 8, p. 541-568.

BOISSIER, « Les cerfs mangeurs de serpents » Revue archéologique, 4e série, IX, 1907, p. 224-225.

La France romane, catalogue d’exposition, Musée du Louvre, Paris, 2005, n° 137.



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