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La Coupole du Rocher

  • Nom : La Coupole du Rocher
  • Lieu : Jérusalem, Palestine
  • Date/période de construction : 691
  • Matériaux de construction : Pierre, briques, bois, marbre, colonnes et chapiteaux de remploi, plomb
  • Décor architectural : marbre et pierres de couleur, mosaïques à fond d’or, nacre, bronze repoussé ; bois sculptés et peints, stucs peints, carreaux de céramique, moucharabieh
  • Destinataire/mandataire : Commanditaire : calife ‘Abd al-Malik
  • Dimensions : Octogone extérieur : H. totale : 35,3 ; L. 20,6 ; coupole : 20,44 ; H. mur : 12,1 m. Porches : l. un peu plus de 9 m ; prof. 2,80 m Portes : H. 4,30 ; l. 2,60 m
  • Inscriptions :

    en frise au sommet des murs de l’octogone intérieur, 240 m de long. Graphie en coufique simple, sans point ni signe :

    Cor CXIII ; XXXIII, 54 ; XVII, 3 ; LXIV, 1 et LXVII, 2 ; LXIV, 1 et LXVII, 2 ; XXXIII, 54 ; IV, 169-171 ; XIX, 34-37 ; III, 16-17.

  • Restauration :

    1554, restauration de l’extérieur sous Soliman le Magnifique

Jérusalem est, après la Mecque et Médine, la troisième ville sainte du monde islamique. Selon la tradition, c’est le deuxième calife, ‘Umar (634-644) qui, lors de la conquête de la Syrie et de sa visite de Jérusalem en compagnie du patriarche de la ville, Sophronius, aurait choisi l’emplacement de la Coupole du Rocher, sur le Haram al-Sharîf, esplanade où s’élevait le temple de Salomon. Elle est construite autour du rocher qui serait le sommet du Mont Moriah, où Abraham devait sacrifier Isaac[1] et où se situerait la tombe d’Adam ; une tradition islamique, liée au mi‘raj du Prophète Muhammad s’y rattache aussi[2]. Sous le Rocher, existe une grotte, transformée en oratoire, fait qui se retrouve dans de très nombreux lieux sacrés, dans la plupart des religions. Lieu privilégié pour les Juifs et les Chrétiens, l’esplanade l’est donc aussi pour les musulmans ; c’est là aussi que se dresse un autre édifice omeyyade, une mosquée cette fois, celle d’al-Aqsa.

À l’époque de sa construction, il est possible que le calife, en plus du désir d’édifier une sorte de reliquaire pour le rocher sacré, ait voulu détourner le pèlerinage de la Mecque où règnait alors un calife rival et éclipser les églises chrétiennes, en particulier le Saint-Sépulcre[3].

Huit volées d’escaliers, couronnés d’un portique à quatre baies, donnent accès à l’esplanade, où se dressent plusieurs petits monuments d’époques diverses, sortes d’ex-voto offerts par de hauts personnages. Sur le « trésor » Bayt al-Mal où étaient conservés, dans les périodes anciennes, les biens de la communauté musulmane, la Umma, se trouvent les noms de Radjâ ibn Haywâ et Yazid ibn Sallâm, mais il est difficile de savoir si, en plus de la charge du trésor, ils avaient celle du contrôle de la construction de la Coupole du Rocher. L’édifice, le plus ancien qui nous soit parvenu, est octogonal et dominé par une coupole formée de deux coques indépendantes reliées par des traverses de bois. Elle repose sur un haut tambour percé de seize fenêtres et renforcé par quatre pilastres. Le système de coupole, avec traverses en bois n’est pas très courant dans ces régions de pierre, mais il existe un précédent très important : celle du grand complexe de Saint Siméon, du tout début du VIe siècle (Jézireh syrienne), qui reposait sur une octogone de 27 mètres de diamètre, autour du quel rayonnaient quatre basiliques. Sept niches, presque toutes des fenêtres (40 en tout) ornent la partie supérieure des murs. De chacun des quatre murs axés selon les points cardinaux, s’ouvre une porte précédée d’une voûte supportée à l’origine par quatre colonnes. Les toits, en pente, sont couverts de plomb.

L’intérieur répond à la fonction de l’édifice, non pas mosquée mais lieu de pèlerinage : un double déambulatoire entoure la rotonde centrale, entourée d’une grille en moucharabieh. L’arcade qui enserre le rocher repose sur une alternance de piliers et de colonnes : un pilier, trois colonnes. Celle qui sépare les deux déambulatoires présente une alternance d’un pilier pour deux colonnes. Les colonnes, sur hautes bases, couronnées de chapiteaux corinthiens, puis de gros blocs d’imposte, reçoivent la retombée d’arcs en plein cintre à claveaux alternés noirs et blancs, maintenus par des tirants (rotonde) et de gros architraves (déambulatoire). Les plafonds sont en bois sculpté, peint et doré.

Toutes les surfaces de l’édifice, intérieur et extérieur, sont ornées et la polychromie joue un rôle primordial. Les artisans locaux, formés aux techniques byzantines, les mirent au service de l’idéologie des nouveaux maîtres. L’organisation du décor, le vocabulaire et ses techniques se retrouvaient dans les Grandes Mosquées de Damas, Médine et al-Aqsa.

NOTE

[1] Abraham, selon le Coran, est l’ancêtre des Arabes. « Ami de Dieu », il est considéré comme hanîf : ni juif, ni chrétien, il est détenteur, avant l’Islam, de la vraie religion monothéiste et est donc le premier musulman.

[2] Voyage nocturne de Muhammad, monté sur l’animal fabuleux Burâq, accompagné de l’archange Gabriel. Parti de la Mecque, il se serait arrêté à Jérusalem, et après une prière partagée avec des prophètes de la Bible, serait reparti, depuis le Rocher sacré (où Burâq aurait l’empreinte de son sabot), pour une ascension le menant, à travers les sept cieux, jusqu’au trône de Dieu, après avoir visité l’enfer et le Paradis.

[3] L’église du Saint Sépulcre s’élève sur une autre colline. Edifiée vers 335 sur l’ordre de l’empereur Constantin, sur le modèle du mausolée de Sainte Constance à Rome (commandité par le même souverain), elle présente un plan centré avec déambulatoire et un jeu de colonnes et piliers en alternance qui, face aux quatre points cardinaux, donne l’illusion d’un plan cruciforme. Parmi les autres monuments de ce type, citons le Baptistère du Latran à Rome (461-468), la cathédrale de Bosra en Syrie (512-513) et l’église Saint Georges à Ezra (515).

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

Blair, S., « What is the date of the Dome of the Rock ? », in Bayt al-Maqdis, ‘Abd al-Malik’s Jerusalem, Oxford Studies in Islamic Art, IX, 1999.

Combe, É., Sauvaget, J., Wiet, G. (dirs.), Répertoire chronologique d’épigraphie arabe, I, Le Caire, 1931, Imprimerie de l’Institut Français d’Archéologie Orientale, année 72, n° 9 et 10, p. 8-11.

Creswell, K. A. C., Early Muslim architecture, I, 1, New York , 1979,  Hacker Art Books, p. 65-131.

Duncan, A., The Noble Sanctuary, Londres, 1972, Longmann.

Ecochard, M., Filiation des monuments grecs, byzantins et islamiques, Paris, 1977.

Grabar, O., Le Dôme du Rocher, joyau de Jérusalem, Paris, 1997, Albin Michel, Institut du monde arabe.

Rabbat, N., « The Meaning of the Umayyad Dome of the Rock », in Muqarnas, VI, 1989.

Van Berchem, M., « The Mosaics of Dome of the Rock in Jerusalem », in Creswell, K. A. C., Early Muslim Architecture, I, 1, New York, 1979, Hacker Art Books, p. 213-323.



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