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Grande Mosquée de Damas

Grande Mosquée des Omeyyades

  • Nom : Grande Mosquée de Damas
  • Lieu : Damas, Syrie
  • Date/période de construction : 705-715
  • Matériaux de construction : Pierre, matériaux de remploi, marbre sculpté à jours (claustra), plomb
  • Décor architectural : marbres de couleur, mosaïques à fond d’or et d’argent, nacre, bronze moulé
  • Destinataire/mandataire : Calife al-Walîd Ier
  • Dimensions : Cour : env. 122 X 50 m ; salle de prière : 136 x 37 m ; nef centrale : H. avec corniche : 25,67 m
  • Inscriptions :

    En mosaïque d’or sur fond bleu, une inscription mentionnait l’édification de la mosquée et la destruction de l’église sur l’ordre d’al-Walîd, en 86 H./705 ou 87 H./ 706

La Mosquée des Omeyyades constitue le prototype des mosquées dites de plan arabe et correspond parfaitement au rituel de la prière qui rassemble le vendredi midi toute la communauté. Son plan aurait été inspiré par celui de la maison du Prophète à Médine. Comme à Jérusalem, l’emplacement du principal sanctuaire de la capitale omeyyade témoigne symboliquement de la volonté des nouveaux maîtres d’affirmer la supériorité de leur religion. L’édifice est construit à l’intérieur du téménos du temple de Jupiter Dolichenus (Ier siècle), en y incorporant plusieurs des éléments subsistants : murs sur une certaine hauteur, portes, tours d’angle. Le terrain, en partie occupé par une église du IVe siècle dédiée à saint Jean-Baptiste, fut confisqué par les musulmans en échange d’autres lieux de culte[1]. Trois portes – deux romaines monumentales, à l’est et à l’ouest, une autre plus petite au nord – donnent accès à la vaste cour pavée de marbre et bordée de portiques sur trois côtés ; à l’est et à l’ouest, ils présentent l’élévation d’origine : une alternance d’un pilier et de deux colonnes, supportant des arcs en plein cintre, surmontée d’une petite arcade aux arcs soutenus par une alternance d’un pilier, une colonne. Au nord, refait tardivement, le portique ne présente que des piliers. Trois petits édifices s’élèvent dans cette cour : deux relativement modernes (fontaines) et le Bayt al-Mal, le trésor, où étaient gardés en sûreté les biens de la communauté. C’est une pièce octogonale coiffée d’une coupole de plomb, reposant sur huit colonnes à chapiteaux corinthiens. Une échelle permettait l’accès à la petite porte du côté nord-ouest[2]. Des quatre minarets d’origine, élevés sur les infrastructures des tours d’angle carrées, seuls deux subsistent : celui du sud-ouest, dont la superstructure fut commanditée en 1488 par le sultan Qâ’it Bay et celui sud-est, dit « Minaret de Jésus », sobre tour aux baies géminées surmontées d’un oculus[3]. Au XIIe siècle, celui « de la Fiancée » fut élevé au centre du mur nord.

Au milieu du mur sud, la façade de la salle des prières présente une entrée solennelle : celle-ci, encadrée de deux contreforts carrés, percée de trois baies reposant sur deux colonnes de marbre surmontées de trois fenêtres inscrites dans un arc légèrement brisé, est couronnée d’un fronton. Rythmée de vingt-deux baies aux arcs en plein cintre reposant sur des piliers, la façade présente dans la partie supérieure quarante quatre fenêtres autrefois fermées par des claustra de marbre. Cette façade évoque celle des palais byzantins[4]. La salle de prière, de plan basilical, hypostyle, comporte trois nefs parallèles au mur de la qibla qui possède quatre mihrâb modernes et dans lequel s’ouvre une petite porte réservée aux fidèles. La nef transversale, qui mène au mihrâb principal, était à l’origine éclairée par des fenêtres que les toits, refaits à deux pans, bouchent en partie[5]. Dominée par la coupole « de l’Aigle »[6], elle constitue une allée triomphale. Le palais du calife était accolé au mur sud[7]. Pour donner plus d’élévation à l’ensemble, l’architecte a superposé aux grandes arcades à arcs légèrement brisés, reposant sur des colonnes de remploi à chapiteaux corinthiens, une seconde arcature plus petite[8]. Dans les murs latéraux de la salle des prières et sous les portiques, des portes donnent accès à des salles annexes.

Un grand incendie ravagea l’édifice en 1893. C’est pourquoi il reste peu de choses de la somptueuse décoration d’origine[9], réalisée par les artisans locaux formés aux techniques byzantines et traitée selon le schéma utilisé déjà à la Coupole du Rocher : marbres de couleur dans les parties basses des murs sur environ sept mètres de haut, mosaïques à fond d’or et d’argent dans les parties hautes. Plus réaliste qu’à Jérusalem, le décor figure essentiellement des arbres portant des fruits, légèrement agités par le vent, des édifices divers, isolés ou regroupés ; dans le long panneau du portique oriental, rythmé par des arbres, alternent au bord d’une rivière des bâtiments somptueux, de petits villages sur des collines, des édifices circulaires à toit conique en feuilles reposant sur des colonnes, etc. Ce décor, qui a des équivalents dans les mosaïques byzantines et les peintures murales antiques (à Antioche par exemple), a parfois été interprété comme l’évocation de la ville de Damas au bord du Baradâ. Selon les études récentes, qui tiennent compte du contexte politico-religieux de l’époque, il s’agirait plutôt du symbole des villes conquises par les Arabes, ou encore de l’évocation du Paradis. Le type de décor utilisé à Jérusalem et à Damas se retrouvait dans les grandes mosquées de l’époque omeyyade, telles celle d’Alep, d’al-Aqsa à Jérusalem, de Médine (707-709), ornées, selon les textes, d’arbres fruitiers et des « châteaux » du Paradis.

NOTE

[1] Un petit édicule contenant la tête de saint Jean-Baptiste est actuellement encore vénéré dans la salle de prière de la mosquée.

[2] Innovation qui sera copiée dans plusieurs mosquées, comme celle de Amr à Fustat, de Harran, de Hama (encore en place). Muqadasi en 985, Ibn Jubayr en 1184, évoquent son parement en mosaïques à fond d’or. À partir de 1970, celles-ci ont été entièrement refaites.

[3] C’est là qu’apparaîtrait Jésus, au jour de la Résurrection. Ces minarets carrés servirent de prototype à beaucoup de minarets des pays du pourtour méditerranéen aux époques ultérieures.

[4] Par exemple, connu par les textes, le vestibule (le chalke) du palais de l’Augustéion à Constantinople et, figurant sur les mosaïques de l’église Saint-Appolinaire-le-Neuf à Ravenne (519), la façade du palais de Théodoric.

[5] Ibn Jubayr s’étant promené sur les toits, on est en droit de penser qu’ils étaient en terrasse. Par ailleurs, il parle de la coupole comme si elle était à double coque.

[6] Commanditée dans la seconde moitié du XIe siècle par le sultan seljukide Malik Shâh. Il n’est pas certain qu’il y en ait eu une à l’origine.

[7] Les Grandes Mosquées ultérieures ont repris cette combinaison édifice religieux - édifice civil accolés, mais il n’en reste plus trace.

[8] Deux petits arcs au-dessus de chacun des grands arcs. Cette solution s’applique aussi aux portiques de la cour, dont seuls ceux des petits côtés ont conservé l’alternance primitive des supports. C’est sans doute cette superposition d’arcades, et aussi celle utilisée pour les aqueducs qui inspirèrent l’élévation de la salle des prières de la Grande Mosquée de Cordoue (785 – fin du Xe siècle).

[9] De la décoration de la salle de prière et de la cour ne subsistent qu’une partie de celle de la façade du transept, quelques vestiges de celle des écoinçons extérieurs des arcades, des portiques est et ouest et,  surtout, en grande  partie conservée, celle du vestibule de l’entrée ouest et du portique ouest (34,5 x 7,15 m). Les restaurations contemporaines (un atelier est situé dans l’enceinte de la mosquée) sont délimitées par un trait rouge.

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

Combe, É., Sauvaget, J., Wiet, G. (dirs.), Répertoire chronologique d’épigraphie arabe, I, Le Caire, 1931, Imprimerie de l’Institut Français d’Archéologie Orientale, année 87, n°18, p. 16-17.

Creswell, K. A. C., Early muslim architecture, I, 1, New York, 1979, Hacker Art Books, p. 151-210.

Grabar, O., La Grande mosquée de Damas et les origines architecturales de la mosquée, Synthronon, Art et archéologie de la fin de l’Antiquité et du Moyen Âge, recueil d’études, Paris, 1968, p. 107-114.

Stern, H., « Les origines de la mosquée omeyyade », in Syria, XXVIII, 1951, p. 269-279.

Van Berchem, M., « The mosaics of the Great Mosque of the Umayyads in Damascus », in Creswell, K. A. C., Early muslim architecture, I, 1, New York : Hacker Art Books, 1979, p. 323-372.



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