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Vase aux aigles bicéphales

  • Titre / dénomination : Vase aux aigles bicéphales
  • Auteur : Inconnus
  • Lieu de production : Syrie du Nord, Jezireh ?
  • Date / période : XIIe - début XIIIe siècle
  • Matériaux et techniques : Céramique siliceuse, décor peint sous glaçure
  • Dimensions : H. : 24 cm ; D. bouche : 10 cm
  • Ville de conservation : Paris
  • Lieu de conservation : Musée du Louvre
  • Numéro d'inventaire : OA 8178
  • Inscription :

    Bandeau pseudo-épigraphique sur le col

 

Ce vase balustre épouse une forme souvent utilisée au Proche-Orient pour les récipients destinés à conserver les substances médicinales. La pseudo épigraphie tracée sur le col fait songer à une inscription prophylactique et renforce cette hypothèse. Quoi qu’il en soit, la technique de fabrication est caractéristique de la Syrie du Nord, en particulier de la Jezireh, pendant le règne des Ayyoubides (1171-1260). La pâte est siliceuse ; le décor est protégé par une glaçure alcaline transparente, craquelée par endroit, et qui s’épaissit vers le bas. La palette, surtout composée de noir et de bleu, comprend un peu de roussâtre : probablement un rouge à l’oxyde de fer ayant foncé à la cuisson.

Mais c’est bien entendu les trois aigles bicéphales déployés sur la panse qui retiennent l’attention. Leur dessin nerveux et rapide les fait ressembler à des figures héraldiques. Un même trait noir les unit aux tiges sinueuses sur lesquelles ils reposent. Leur poitrail évidé enferme une amande brun-rouge. De légères touches bleues les environnent.

Dans ce type de représentation, on a souvent vu l’influence des Turcs seldjoukides, établis à cette époque dans l’Anatolie voisine et qui avaient dominé, dans la seconde partie du XIe siècle, tout le Moyen Orient. Bien que champions de l’Islam sunnite, ces Turcs originaires d’Asie centrale conservaient, dans leurs coutumes, leur organisation sociale et leur langue, bien des traces de chamanisme. Selon leurs anciennes croyances, l’oiseau, porteur de l’âme, unissait les hommes au Ciel-Dieu, ce « Tengri » dont le nom était invoqué chez eux, parallèlement à celui d’Allah[1].

Ces croyances venues du monde altaïque fusionnaient, par bien des aspects, avec celles des Persans - gens de la Terre du Milieu - pour lesquels l’axe du Pôle, le Ciel et ses oiseaux  messagers étaient de puissants symboles religieux. Quelques fragments de soieries iraniennes du XIIe siècle, bien que musulmanes, reprennent le thème mazdéen du personnage nimbé emporté par un aigle bicéphale représentant probablement le sîmurgh. A l’époque qui nous intéresse, tout se passe comme si cette image traditionnelle se trouvait revivifiée par les Turcs seldoujkides qui l’associent à l’idée de pouvoir et de protection. En Anatolie, on  relève l’aigle bicéphale sculpté en bas-relief sur les remparts de Diyarbakir, fief des Artukides. On le remarque sur certains carreaux de revêtement de Kubadâbâd, ville-palais du Seljoukide Ala al-Dîn Kayqubâdh Ier (1219-1237). C’est également au début du XIIIe siècle qu’il devient en Orient musulman un rank (une couleur héraldique) : un blason signalant un seigneur et les gens de sa maison et qu’il est figuré sur toutes sortes de supports.

Parallèlement au Proche-Orient, le thème est abondamment traité en Occident musulman ; en Sicile normande, en Espagne où il vient à se substituer à l’aigle romaine. De là, il gagnera la France du sud, comme en témoigne le fragment de soierie hispanique à l’oiseau bicéphale trouvé dans une église des Pyrénées. A Byzance même, sous les Paléologues (1261-1453), l’aigle bicéphale sera représenté sur les objets impériaux, en particulier le mobilier textile et les vêtements liturgiques. C’est par les Balkans que le motif, fréquemment utilisé pour les habits de cérémonie, se répand dans l’Europe du Nord. Il deviendra au cours du Moyen Age l’emblème du Saint Empire romain germanique, de l’Autriche-Hongrie et de la Russie.

NOTE

[1] Dans Le Livre de Dede Korkut, une épopée turcomane transcrite au XVIe siècle, le mot Tengri est encore largement utilisé. On se rappellera également que les Oghuz - vaste confédération de tribus turques à laquelle appartenaient les Seldjoukides - se réclamaient d’ancêtres mythiques qui étaient souvent des fauves ou des rapaces.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

 

Catalogues d’expositions :

« Exposition d’Art Oriental », Paris, 1925, n° 82

« Arts de l’Islam des origines à 1700 dans les collections publiques françaises », Paris, 1971, n° 36

« L’Islam dans les collections nationales », Paris, 1977, n° 267

« Arabesques et jardins de paradis » Paris 1989, n° 199, p. 265

« L’Etrange et le merveilleux en terres d’Islam » Paris, 2001, n° 92, p. 129.



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