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Margelle de puits

  • Titre / dénomination : Margelle de puits
  • Lieu de production : Espagne, Ceuta
  • Date / période : 1190
  • Matériaux et techniques : Céramique à pâte argileuse ; décor estampé sous glaçure transparente verte
  • Dimensions : H. 69 cm ; D. 52,2 cm
  • Ville de conservation : Tétouan
  • Lieu de conservation : Musée ethnographique
  • Numéro d'inventaire : 84.01.693
  • Inscription :

    Inscription : « Ceci a été façonné dans la maison de Hâdj Balkin le jour du (…) sept du mois de rabî’ le dernier en l'an cinq cent quatre-vingt-six [1190]».

Cette margelle, objet de référence daté pour tous les exemplaires de ce type, a une forme cylindrique recouverte d’un décor en panneaux disposés de telle manière que la paroi extérieure semble octogonale. Un gros tore cerne sa base. La partie supérieure présente un rebord à lèvre plate octogonale.

Cette forme est caractéristique de plusieurs margelles produites en Andalousie, en contexte musulman ou mudéjar[1]. Une variante, à fût circulaire et à rebord polygonal, est également assez répandue. Il existe aussi des margelles en pierre, dont des exemplaires sont conservés au Museo Arqueológico de Cordoue[2] ou à Tolède[3] ou encore in situ[4]. Ces margelles se rencontrent aussi bien dans les lieux publics (enceintes de mosquées, palais) que privés (cours des habitations). Leur usage est répandu tant au Maroc qu’en Espagne andalouse puis chrétienne, depuis le XIe jusqu’aux XIVe-XVe siècles. 

Le corps de la pièce a probablement été monté au colombin, ses dimensions imposantes semblant exclure l’usage du tour. Le décor a été réalisé par estampage sur l’argile fraîche, à l’aide d’une matrice en terre cuite ou en bois. La technique, qui existe depuis l’Antiquité, permet une certaine rapidité d’exécution. Elle est fréquemment employée dans le monde musulman à toutes les époques, comme l’illustre une jarre à eau produite en Syrie ayyubide[5]. La trace du moule est perceptible sur l’un des panneaux de la bande supérieure d’arcatures.

Le décor est réparti en cinq zones superposées délimitées par de fines moulures en relief. Les mêmes moulures scandent verticalement chaque registre, créant ainsi un décor en petits tableaux qui correspondent probablement à la surface de la matrice. Trois niveaux portent un décor d’arcatures polylobées, évoquant les architectures almoravide[6] et almohade[7] fortement imprégnées des modèles andalous. Le bandeau supérieur est surmonté d’une frise de polygones étoilés, un motif redondant dans le répertoire décoratif almohade, connu pour son austérité et pour la faveur accordée aux compositions géométriques (même si des éléments végétaux sont parfois employés). D’autres margelles, même plus tardives, comme celle du musée de Cordoue, présentent la même inspiration almohade.

Une glaçure verte à base d’oxyde de cuivre a été appliquée sur l’ensemble de la pièce avant cuisson, y compris à l’intérieur, ce qui l’imperméabilise. L’usage de cette glaçure verte est fréquent à la période almohade[8] et se perpétua également dans les sphères chrétiennes espagnoles aux XIVe-XVe siècles. Mais ses origines semblent plus lointaines, dans l’espace et dans le temps. Elle existait déjà dans les civilisations antiques du Bassin méditerranéen (Empire romain), du Proche-Orient et de l’Iran ancien (Parthes, Sassanides) et se perpétua après la conquête musulmane jusque dans les régions occidentales de l’Empire omeyyade. Une jarre du Musée national de Damas (inv.16476) atteste de l’utilisation précoce de cette technique de décor.

Il faut souligner que quelques margelles présentent un autre type de décor : la cuerda seca, technique existant peut-être depuis le Xe siècle en al-Andalus et consistant en l’application d’une matière gréseuse mélangée à du manganèse pour délimiter les zones colorées du décor[9].

Cette margelle, dans la perspective du groupe qu’elle forme avec les nombreux objets comparables de production musulmane ou chrétienne du Maroc[10] ou d’Andalousie[11], est une bonne illustration de l’unité culturelle et esthétique de la période almohade.

NOTE

[1] Voir la margelle provenant du couvent Sainte-Marthe de Cordoue, XIVe-XVe siècle, conservée au musée archéologique de la ville (inv.596).

[2] Margelle, pierre sculptée, Cordoue, Museo Arquéológico.

[3] Deux exemplaires du musée Santa Cruz de Tolède (inv 293 et 294) en marbre sculpté ont été réalisés sur les ordres du souverain dhû-l-nûnide Isma’îl (r. 1028-1043) à l’époque des Royaumes de Taïfas.

[4] Margelle de l’église San Cristo de la Luz, Tolède, 999, ancienne mosquée Bâb al-Mardum.

[5] Jarre à eau, XIIe siècle, Paris, musée de l’Institut du monde arabe, inv. AI 91-04.

[6] Grande Mosquée d’Alger, Algérie, 1096 ; mosquée de Tlemcen, Algérie, 1136.

[7] Mosquée de Tinmal, Maroc, 1153.

[8] Margelle du musée archéologique de Séville, XIIe-XIIIe siècle, inv. R.O.D 3.515.

[9] Margelle de puits, seconde moitié du XIIe siècle, céramique argileuse à décor de cuerda seca partielle (extérieur) et à décor de glaçure verte (intérieur), Cordoue, Museo Arqueológico, inv. 7.515.

[10] À Sebta, on a découvert fortuitement une de ces margelles.

[11] Des fouilles archéologiques à Shaltishu ont mis à jour des margelles de puits comparables aux pièces marocaines.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Maroc, les trésors du royaume, cat. exp., Paris, musée du Petit Palais, 1999, Paris, Éditions Plume, 1999, p. 161.

Soustiel, J., Kiefer, C., La céramique islamique, Fribourg, Office du livre, 1985, p. 172.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Dectot, X., «Une margelle de puits andalouse» [en ligne], in Un mois, une œuvre, Paris : Musée National du Moyen Âge, 2003. Disponible sur <http://www.musee-moyenage.fr/pages/page_id18461_u1l2.htm> (consulté le 15/10/2007).

Ibn Khaldun. The Mediterranean in the 14th century. Rise and Fall of Empires, cat. exp., Real Alcazar de Seville, 2006, Séville, 2006, p. 230-233.

Les Andalousies, de Damas à Cordoue, cat. exp., Paris, Institut du monde arabe, 2000 − 2001, Paris, Hazan, Institut du monde arabe, 2001, p. 148.

Mezquita de Bab al Mardum, Cristo de la Luz, Toledo, 999-1999, cat. exp., Tolède, San Cristo de la Luz, 1999, Tolède, Fundacion Cultura y deporte Castilla-La Mancha, 1999.



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