Qantara Qantara

Mosquée Kutubiyya

  • Nom : Mosquée Kutubiyya
  • Lieu : Marrakech, Maroc
  • Date/période de construction : 1160 et 1195
  • Matériaux de construction : Pierre, brique, bois
  • Décor architectural : Céramique, plâtre, bois
  • Dimensions : Périmètre de la salle de prière : 305 m ; cour : 46 x 18,75 m ; minaret : H. 69,50 x 12,80 m

La mosquée Kutubiyya (des Libraires[1]) fut construite après la chute des Almoravides et l’entrée glorieuse des Almohades dans la capitale Marrakech, en 1147. Ils y détruisirent les édifices religieux almoravides et entreprirent la construction de nouveaux sanctuaires[2]. ‘Abd al-Mu’min[3], décida de construire une grande mosquée sur l’emplacement même du palais almoravide de ‘Alî ibn Yûsuf.

La Kutubiyya connut deux grandes phases de construction. De la première fondation (mal orientée par rapport à la Mecque) ne restent que quelques vestiges. La seconde phase (bâtiment actuel) reprend le même plan et un minaret est érigé dans l’angle sud-est. La mosquée, de plan trapézoïdal, est l’un des plus grands sanctuaires du Maghreb. Sa salle de prière compte dix-sept nefs perpendiculaires à la qibla, dont la disposition reproduit, comme à la mosquée de Tinmal et de Kairouan, un plan en T. Ce type de plan est déjà connu en Mésopotamie au IXe siècle, à la mosquée d’Abu Dulaf, dans la ville de Samarra (Irak). Ce dispositif est crée par deux nefs magnifiées rythmées de cinq coupoles, l’une dans l’axe du mihrâb, l’autre transversale et parallèle au mur de la qibla. Cette structure est peut-être un héritage des Fatimides, chez lesquels on rencontre déjà des nefs placées devant la qibla et magnifiées de coupoles à la fin du Xe siècle. K.A.C. Creswell suppose que trois coupoles surmontaient la nef transversale de la mosquée al-Hâkim du Caire. Quatre vastes galeries de part et d’autre de la cour s’inscrivent dans le prolongement des nefs latérales, schéma identique à celui de la mosquée d’Abu Dulaf. On accède à la salle de prière par six portes latérales, toutes protégées par d’imposants avant-corps.

Le mihrâb au centre du mur qibli est constitué d’une niche qui s’ouvre par un arc en fer à cheval, circonscrit d’un arc polylobé placé dans un encadrement rectangulaire enserrant un arc (alfiz), aux écoinçons ornés de rosettes saillantes. Cet ornement islamique est caractéristique de l’architecture islamique en Espagne et est transmis par ce biais aux chrétiens d’Occident. Les retombées de l’arc reposent sur des abaques supportées par des chapiteaux omeyyades remployés, que l’on rencontre déjà dans l’architecture almoravide. L’intérieur de la niche est couvert d’une coupole octogonale à muqarnas qui constitue, avec celles de la nef transversale et les deux coupoles de Tinmal, les seuls spécimens almohades encore debout au Maroc. Au dessus du mihrâb, cinq arcatures animent la surface.

Les arcs de la nef transversale et le dernier arc de la nef axiale sont ornés de muqarnas. Les autres arcs de la salle de prière, brisés outrepassés, sont supportés par des piliers quadrangulaires en briques enduites de plâtre et ne présentent pas de décor. La masse de ces organes de support est allégée par de fausses colonnettes engagées surmontées de chapiteaux. Ces derniers présentent un décor floral qui s’organise en deux rangées d’acanthe plate, la rangée inférieure se réduisant parfois à un simple ruban formant un méandre. Les chapiteaux proches du mihrâb font exception. Les feuilles d’acanthe y offrent une digitation plus variée dont le style est certes archaïsant mais assez fin. Les chapiteaux de la Kutubiyya, comme ceux de Tinmal, permettent de comprendre la genèse du chapiteau andalou-maghrébin, issu du type composite à bandeau utilisé à grande échelle dans l’art du califat et au XIe siècle. On rencontre de nombreuses affinités avec les œuvres du palais de l’Aljaferia de Saragosse (XIe siècle) où le riche décor de palmes couvre l’épannelage du chapiteau cordouan. Le décor de la salle de prière de la Kutubiyya s’inscrit dans la tradition de celui de Tinmal : vigoureux, sobre et hiérarchisé.

NOTE

[1] Elle doit son nom aux boutiques de libraires qui étaient auparavant installées sur le parvis, devant son entrée.

[2] C’est l’auteur du Bayan qui rapporte que l’une des premières décisions prises par les nouveaux maîtres de Marrakech fut la démolition des édifices religieux almoravides et la construction de nouveaux sanctuaires, décision qui faisait suite à une ancienne instruction du chef spirituel des Almohades, al-Mahdî ibn Tûmart, qui voulait que l’on n’entre pas à Marrakech avant de la purifier.

[3] Premier calife de la dynastie almohade (r. 1130-1163).

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Basset, H., Terrasse, H., « Sanctuaires et forteresses almohades », in Hespéris, n° V, Paris : Institut des Hautes Études Marocaines, Larose, 1925, p. 311-376 ; VI, p. 107-270 ; VII, p. 117-171, 287-345.

Cenival, P. de, « Marrâkushî » in Encyclopédie de l’Islam, t. VI, nouvelle édition, Leyde, Paris, E. J. Brill, Maisonneuve & Larose, p. 573-582.

Creswell, K.A.C., The Muslim Architecture of Egypt, Vol. I, Ikhshîds and Fâtimids, New York, Hacker Art Books, 1978, p. 65-106.

Deverdun, G., Marrakech des origines à 1912, Rabat, Techniques Nord Africaines, 1959.

Golvin, L., Essai sur l’architecture religieuse musulmane, l’art hispano-musulman, vol .4,  Paris, Klincksieck, 1979.

Hassar-Bensliman, J., et al., « Tinmal 1981, fouille de la mosquée almohade », in Bulletin  d’Archéologie  Marocaine, t. XIV, 1981-1982, p. 277-312.

Marçais, G., l’Architecture musulmane d’Occident, Paris, Arts et Métiers Graphiques, 1954.

Meunié, J., Recherches archéologiques à Marrakech, Paris, Arts et Métiers Graphiques, 1952.



Expression #1 of ORDER BY clause is not in SELECT list, references column 'qantara.fr_index.in_poids' which is not in SELECT list; this is incompatible with DISTINCT