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Mosquée de Tinmal

  • Nom : Mosquée de Tinmal
  • Lieu : Tinmal, Maroc
  • Date/période de construction : 1153-1154
  • Matériaux de construction : Pierre, brique, décor de stuc
  • Dimensions : 48 x 43,6 m ; H. 15,5m ; cour : 23,65 x 16,7 m

La mosquée est construite près de la tombe du Mahdî ibn Tûmart (m. 1130), fondateur d’une nouvelle doctrine religieuse prônant l’unicité de dieu et une sévère réforme morale. Ce bâtiment emblématique de l’architecture almohade a été commandité par son lieutenant ‘Abd al-Mu’min (r. 1130-1163), premier souverain de la dynastie.

On y accède par une entrée située au nord, dans l’axe principal du bâtiment, et par six portes latérales donnant pour deux sur la cour, pour quatre sur la salle de prière. La salle de prière fait suite à la cour, comme souvent dans les mosquées maghrébines dès l’époque almoravide[1]. Elle est organisée selon un plan « en T » : neuf nefs perpendiculaires au mur de qibla viennent buter sur une large travée. Cet agencement est caractéristique des mosquées d’Afrique du Nord depuis l’époque aghlabide[2]. La mosquée omeyyade al-Aqsâ à Jérusalem constitue peut-être un des premiers exemples de ce modèle, repris à Samarra (Irak) à l’époque abbasside[3]. Les nefs des côtés sont aussi plus larges et se prolongent en formant deux galeries latérales dans la cour. Les nefs et la travée sont matérialisées par des piliers de brique (matériau oriental) cantonnés de demi-colonnettes engagées. Ces piliers utilisés dès l’époque abbasside[4] seront repris au Caire aux époques tulunide[5] puis fatimide[6]

Le bâtiment présente des nouveautés formelles qui dénotent une forte influence de l’Orient musulman, plus particulièrement de l’architecture fatimide qui s’épanouit aux Xe-XIe siècles au Maghreb puis en Égypte. C’est le cas des portails en forte saillie[7] et de la travée parallèle au mur de qibla avec ses trois coupoles, une devant le mihrâb, les deux autres à chaque extrémité[8].

La marque de l’Andalousie est aussi présente, conséquence de la réunion des deux régions sous la même autorité politique aux époques almoravide puis almohade. L’influence de la Grande Mosquée de Cordoue (époque d’al-Hâkam, r. 961-966) est manifeste et s’illustre par l’emploi d’arcs polylobés et par le traitement du mihrâb en véritable petite pièce. C’est ce même legs andalou qu’on peut observer dans la zone du mihrâb de la Grande Mosquée de Tlemcen en Algérie (1136).

Le décor est en stuc, sculpté ou moulé. Il est de plus en plus élaboré au fur et à mesure que l’on approche du mihrâb (intrados des arcs, ornementation des chapiteaux[9]), comme à Cordoue, Tlemcen, mais aussi Marrakech (mosquée Kutubiyya, 1158). Les motifs sont presque tous géométriques (entrelacs, rosettes, étoiles). Leur étude par C. Ewert[10] a permis d’établir des similitudes avec le décor du minaret almohade de la Giralda à Séville (1184-1198). Les muqarnasmihrâb présentent un des premiers exemples de décor végétal almohade avec le décor de la Mosquée de Tlemcen. Hormis une petite bande en kufique stylisé à la base des dômes, aucune inscription ne vient enrichir le décor. Les trois dômes à muqarnas en stuc de la travée du mur de qibla reposent sur quatre trompes à muqarnas. Huit muqarnas de la zone supérieure soutiennent un dôme étoilé à huit pointes. Cet agencement est inspiré d’un modèle irakien du XIe siècle, visible au mausolée de l’imam Dûr à Samarra (1085). Sa diffusion est notable dans les régions sunnites. Plusieurs mosquées maghrébines en sont dotées[11]

Le minaret de section quadrangulaire[12] occupe une place assez inhabituelle : il est situé juste derrière le mihrâb, ce dernier en faisant partie intégrante. Son allure extérieure est massive. Un sobre décor d’arcatures aveugles et l’absence de décor de stuc lui confèrent une grande sévérité rappelant l’architecture militaire.

La mosquée aurait servi de modèle à la mosquée almohade de Mertola (Portugal)[13], aujourd’hui transformée en église.

NOTE

[1] Voir par exemple la Grande Mosquée de Tlemcen (Algérie), 1136.

[2] Mosquée Sidi ‘Uqba à Kairouan (Tunisie), IXe siècle.

[3] Mosquée Abû Dulaf, Irak, Samarra, 847-861.

[4] La Grande Mosquée d’Abû Dulaf à Samarra (847-861) présente déjà ces mêmes piliers.

[5] Mosquée d’Ibn Tûlûn, Le Caire, 876-879.

[6] Grande Mosquée d’al-Hakîm, Le Caire, 1003.

[7] Elles sont comparables aux entrées de la Grande Mosquée de Mahdiya en Tunisie (921),  à celles de la mosquée d’al-Hakîm (1003) puis de Baybars (1260) au Caire.

[8] Cette travée à trois coupoles est présente au Caire à la mosquée d’al-Hakîm, et peut-être déjà à celle d’al-Azhar (969-973).

[9] Ces chapiteaux composites utilisant les motifs de l’acanthe et de la palme sont caractéristiques de la période almohade.

[10] Voir bibliographie : Forschungen zur Almohadischen Moschee, die Moschee von Tinmal.

[11] Voir par exemple celle de la mosquée al Qarawiyyin, Fès (Maroc), 1135.  Photo in ettinghausen et Grabar, p.144.

[12] Au Maghreb, les minarets sont généralement de section carrée ou quadrangulaires : Minaret de la mosquée al Qarawiyyin, Fès (Maroc), IXe siècle, par exemple.

[13] En plus des caractéristiques fortement mahgrébines de l’édifice, c’est l’étude du décor de stuc qui a permis de situer la mosquée de Mertola dans la lignée directe de celle de Tinmal.

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

Itinerario Cultural de Almoravides i Almohades, 1999, Junta de Andalucia, Consejeria de Cultura, p. 81-85.

Ewert, C., Wisshak, J.-P., Forschungen zur almohadischen Moschee. Lfg.2, die Mosche von Tinmal (Marokko), Madrider Beiträge, Main-sur-le-Rhin, Ph. Von Zabern, 1984.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Ettinghausen, R., Grabar, O., The Art and Architecture of Islam, 650-1250, Yale University Press, 1987, p. 141-142.

Hattstein, M., Delius, P. (dirs), Arts et civilisations de l’Islam, Könneman, 2000, p. 259-261.



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