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Grande Mosquée de Sousse

  • Nom : Grande Mosquée de Sousse
  • Lieu : Sousse, Tunisie
  • Date/période de construction : 237 H./851 J.C. Agrandissement à la fin du IXe J.C.
  • Matériaux de construction : Pierre en grès coquillier ; Bois ; Marbre
  • Décor architectural : Pierre sculptée
  • Destinataire/mandataire : Le prince aghlabide Abû al-‘Abbas Muhammad (841-856). Travaux supervisés par l'affranchi Mûdam.
  • Inscriptions :

    Inscription en kufique autour de la cour : plusieurs versets coraniques qui exhortent au djihad[1].

La Grande Mosquée est située à l’extrémité est de la médina, près du rempart, à une cinquantaine de mètres du ribât. De plan rectangulaire, elle est composée d’une cour à portiques sur colonnes sur laquelle s’ouvre la salle de prière. Plusieurs entrées ménagées dans les façades latérales y donnent accès. Elle ne possède pas de minaret ; cette absence peut se justifier par la présence, toute proche, de la tour de vigie du ribât. Deux tours occupent les angles nord-est et sud-est de la cour[2]. Celle au nord-est est surmontée d'un édicule à coupole, accessible par un escalier depuis la cour.  Les trois portiques à arcs outrepassés reposant sur des piliers très courtssur colonnes, fut rajouté sans datant de la première phase de construction. Le quatrième, côté salle de prière, doute à l'époque ziride, et fut rénové à l'époque mouradite (1086 H./1675 J.C.), comme l'attestent l'inscription naskrî et le style architectural.

La zone supérieure des trois portiques aghlabides et de la salle de prière est ornée d’une inscription kufique aux lettres inclinées inscrite dans un bandeau en cuvette. Ce principe sera repris sur la façade de la mosquée Bû Fatata (838-841, Sousse), ainsi qu’à la mosquée Zitouna[3] et en Égypte fatimide[4].

La salle de prière[5] à plan en T est composée de treize nefs et six travées, la travée du mihrâb et la nef axiale aux colonnes doublées étant plus larges que les autres. Cette dernière est aussi valorisée par deux coupoles, dont une devant le mihrâb. L’architecture soussienne suivra la disposition en T, déjà présente à la Grande Mosquée de Kairouan (670 et 836) et à la mosquée abbasside d’Abû Dulâf (Samarra, Iraq, 847-861), et adoptera ledeux coupoles dans la salle de prière[6], qui apparaîtra ensuite en Égypte fatimide[7]. principe des

Le premier noyau, de l’époque d’Abû al-‘Abbas Muhammad, comprenait treize nefs couvertes en berceau et trois travées reposant sur des arcs en plein cintre outrepassés dans les deux sens, posés sur des piliers cruciformes. Sous Ibrahim II (875-902), la superficie de la salle de prière fut augmentée par l’ajout de trois travées et d’un nouveau mihrâb précédé d’une coupole sur trompes. Ce mihrâb semi-cylindrique porte un décor ziride, comme l’attestent les niches posées sur des colonnes décorant le cul-de-four et les inscriptions en kufique fleuri des colonnes antiques de remploi flanquant la niche[8]. Il présente une grande similitude avec les mihrâb de la Grande Mosquée de Mahdiyya, de Monastir et celui de l’oratoire du Ribat Sayyida de Monastir.

La coupole du mihrâb d’origine (875) repose sur une base carrée ornée d’une inscription kufique, comme à Kairouan. Des trompes d’angle à coquille, présentes dans le ribât voisin et à Kairouan, assurent la transition vers la coupole. Les tympans latéraux de la travée de la coupole sont ornés de motifs floraux (rosaces, palmettes, feuillages) inscrits dans des carrés posés sur les pointes, rappelant les carreaux lustrés du mihrâb de la Grande Mosquée de Kairouan et le travail du bois et du stuc contemporains[9].

Cette coupole, tout en s'inspirant du principe des coupoles kairouanaises, s'en écarte par l'absence de tambour. Ce type de coupole, qui apparaît dans le porche d'entrée du ribat de Sousse (821), sera repris par l'architecture sahélienne tunisienne. A l’extérieur, la zone des trompes correspond à un tambour à huit pans[10].

L’allure massive et austère du bâtiment rappelle l'architecture des ribât. Sa parenté avec l'architecture hydraulique et souterraine est frappante : citernes de Ramla[11], de Sofra (Sousse, époque pré-islamique). Elle deviendra caractéristique de l'architecture sahélienne de Tunisie[12].

NOTE

[1] Selon Creswell (1979, p.250, note 4), aucune mention historique n’est décelable dans cette inscription.

[2] Le côté ouest était peut-être également doté à l’origine des mêmes tours.

[3] 856-864

[4] Mosquée Salih Talaï, Le Caire, 1160, écoinçons de la façade.

[5] 41 m x  26 m.

[6] Grande Mosquée de Zitouna, 856-864, Grande Mosquée de Sfax, 859.

[7] Mosquée d’al-Azhar, Le Caire, 970-972.

[8] On peut observer l’usage de cette écriture sur un élément de minbar provenant de la mosquée des Andalous, Maroc, 985, Fès, musée du Batha, inv. SN.

[9] Voir le minbar de la Grande Mosquée de Kairouan.

[10] On retrouve ces tambours en Égypte fatimide, par exemple dans les tombeaux du cimetière d’Assouan.

[11] Palestine, début VIIIe s., dans la cour de la Mosquée blanche.

[12] Ribât de Monastir (796), Grande Mosquée de  Mahdiyya (Xe s.).

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

Creswell, K.A.C., Early Muslim Architecture, t.II, New York, 1979, Hacker Art Books, p.248-253.

Lézine, A., Architecture de l’Ifriqiya, recherches sur les monuments aghlabides, Paris, 1966, Klincksieck, p. 85-87.

Lézine, A., Sousse, les monuments musulmans, Tunis, 1968, éditions Cérès, « art et histoire », p.35-43.

Lezine, A.,  Deux villes d’Ifriqiya : Sousse, Tunis, Paris, 1971, Librairie Orientaliste Paul Geuthner, p. 61-71.

Marçais, G., L’architecture musulmane d’Occident, Paris, 1954, AMG, p. 23-24.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Benaboud, N., El-Khatib Boujibar, K. Lakhdar, M., Le Maroc andalou, A la découverte d'un art de vivre, Amman, Aix en Provence, 2000, Musée sans frontières.

Golvin L., Essai sur l’architecture religieuse musulmane, t..III, Paris, 1974, Klincksieck.

Hautecoeur L., Wiet, G., Les mosquées du Caire, Paris, 1932, Librairie Ernest Leroux.



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