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Grande Mosquée de Sfax

  • Nom : Grande Mosquée de Sfax
  • Lieu : Sfax, Tunisie
  • Date/période de construction : 235 H./849 J.C. ; agrandissement à l’époque ziride (378 H./988 J.C.)     
  • Matériaux de construction : Grès ; marbre ; bois
  • Décor architectural : Pierre sculptée ; marbre de remploi
  • Destinataire/mandataire : ‘Alî ibn Sâlim al-Bikrî, frère adoptif du juge kairouanais Sahnûn ibn Sa’id
  • Auteur : Tâhar al-Manîf ; Hâjj Sa’id al-Qattî
  • Inscriptions :

    - Façade orientale, 3e fenêtre en partant de l’angle de la qibla, en kufique fleuri sculpté en relief :

    « Au nom d’Allâh, le Clément, le Misérocordieux ! Louange à Allah, maître des Créatures et paix aux justes ! Que la grâce d’Allâh soit sur le Prophète Muhammad et sur…sa durée et que se prolonge son élévation grâce à la construction de cette mosquée…quiconque s’y présente d’entre les Musulmans pour la prière…sa construction fut achevée dans l’année 378. Que la grâce d’Allâh soit sur le Prophète Muhammad ainsi que sur sa famille et le salut entier. »

    - Façade orientale, tympan de la dernière porte en partant de l’angle de la qibla, en kufique : Cor. II, 263-264 et 267 + « Ceci est au nombre de ce qu’a ordonné de faire l’Emir, Gloire du royaume et son utile Serviteur Abû Mansûr Hammû ibn Melîl, Qu’Allâh l’aide et l’assiste…dans l’année 478 (1085 J.C.) »

    - Le mihrâb, en kufique, datée de  1171 H./1758 J.C.

    - Dans la cour, côté sud, en bas à droite du porche central, sur une dalle en marbre, en kufique, Cor. II, 256 : « La gloire est à Allâh. Il n’y a d’autre divinité qu’Allâh. Il n’a pas d’associé. Muhammad est son serviteur et son envoyé. Que le salut d’Allâh soit sur lui. Au nom d’Allâh, le Clément, le Miséricordieux. Il n’y a pas d’autre divinité que Lui. Ni sommeil ne le saisit, ni assoupissement ».

    - Minaret, second couronnement, quatrième registre, en écriture kufique.

La Grande Mosquée de Sfax est située dans un quartier commercial prospère.

L’aspect de son noyau initial aghlabide (235 H./849 J.C.) est devenu hypothétique à la suite des différents remaniements subis par le monument.

Sa façade orientale, richement décorée, est caractérisée par la présence de plusieurs portes et fenêtres coiffées d’arcs en fer à cheval à triple voussure. Des niches creuses occupent les parties hautes. Tous ces éléments sont soulignés et unifiés par une corniche dentelée. La parenté de cette façade avec celle de la mosquée Sidi ‘Ali Ammar (Sousse, milieu IXe-début Xe siècle) et de la qubba Bin al-Qhaoui (Sousse, XIe siècle) est grande. On pourra aussi observer ce type de décor sur le minaret de la Qal'a des Banû Hammâd (Algérie, 1007-1008) et sur les façades des mosquées cairotes d'al-Hakîm (990) et d'al-Aqmâr (1125), ainsi que sur plusieurs monuments chrétiens[1]. Notons la présence, au-dessus du linteau d’une des fenêtres, d’une plaque de marbre byzantine remployée du côté décoré.

L’entrée dans le sanctuaire se fait actuellement par une porte latérale située sur la façade nord. Elle donne accès à une petite cour entourée de quatre portiques aux arcs en plein cintre outrepassés retombant sur des piliers. Le portique donnant accès à la salle de prière est précédé d’un porche en saillie coiffé d’une coupole sur trompes, directement posée sur la base carrée, une formule que l’on retrouve appliquée aux monuments siciliens[2]. Sur le côté droit du porche, dans la partie inférieure, une niche sculptée et inscrite sert de mihrâb. De tels éléments se rencontrent au Proche-Orient, par exemple en Égypte[3]. A l’époque ziride, la salle de prière était constituée de cinq nefs perpendiculaires au mur de qibla et de six travées. Son mihrâb, muré et abandonné lors des travaux postérieurs à cause de sa position devenue excentrique, fut récemment exhumé : sa niche est creusée de longues niches étroites couronnées d’une coquille rappelant celui du mihrâb de la Grande Mosquée de Monastir. Ce motif est répandu également dans le décor architectural égyptien fatimide[4].

Le plan actuel de la salle de prière remonte à l’époque ottomane. Il présente une salle de prière en équerre, correspondant à l’ajout de cinq nefs. La nef axiale  est surhaussée de deux coupoles, l'une surmontant le mihrâb et l’autre se trouvant dans l’axe du portique d’entrée. Les colonnes en marbre à chapiteaux antiques de remploi et les piliers en pierre soulagent des arcs brisés outrepassés. Ces organes de support constituent des éléments recevant des couvertures en forme de voûtes d’arrêtes et des coupoles sur trompes.

Ce mihrâb husseinite imite curieusement le décor de l'ancien mihrâb ziride : sa niche est creusée des mêmes longues niches étroites et ornementée d'une écriture kufique déclinant  des vers d'un grand poète sfaxien.

Le minaret à base carrée, situé à l’angle nord-ouest, est composé de deux tours superposées et d’un lanternon. Deux parapets richement décorés encadrent le sommet des deux tours. Son allure est proche de celle du minaret de la Grande Mosquée de Kairouan, et il semble qu’un minaret originel ait été construit lors de la fondation de la mosquée et qu’il ait été recouvert par l’actuel. Le bandeau épigraphique de la partie haute n’est pas sans rappeler la base fatimide du minaret de la mosquée al-Hakîm.

NOTE

[1] Palais Normand de Palerme (IXe siècle), Cathédrale de Monreale (1176), ainsi que plusieurs églises pisanes du XIIe au XIVe siècle.

[2] Palerme, La Cubola, Sicile, 1180.  http://www.entasis.it/grandtour/palermo19.htm

[3] Mosquée d’Ibn Tulûn : elles ont été installées à l’époque mamluke, sous le règne du sultan Lâjîn(r.1297-1299).

[4] Façade de la mosquée al-Aqmâr, Le Caire, Égypte, 1125.

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

Lucien Golvin , Essai sur l’architecture religieuse musulmane, t.III, Paris, 1974.

Faouzi Mahfoudh, La ville de Sfax : recherche d’archéologie monumentale et évolution urbaine, Thèse de doctorat, Paris, 1988.

Marçais G. et Golvin L., La Grande Mosquée de Sfax, Tunis, 1960.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Marçais G., L’art musulman, Paris, 1926, Auguste Picard, p. 163.

Leone, N. G., Mauro, E., Quartarone, C., Arabisch-Normannische Kunst Siziliens Kultur im Mittelalter, Berlin, 2004, Edisud.

Le ceramiche medievali delle chiese di Pisa, (cat. exp. Pise, Museo Nazionale di San Matteo, 1981), Pisa, 1981.



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