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La céramique, décor architectural

A Byzance

La fabrication de céramique architecturale est limitée dans le temps, elle commence au XIe siècle, au milieu de l’époque macédonienne (867-1056), et se poursuit jusqu’au début du XIIe siècle, c’est-à-dire jusqu’au début de la période comnène (1081-1185).

Les revêtements de céramique font partie du programme décoratif des édifices byzantins ecclésiastiques ou séculiers. Ils ont été découverts à Constantinople, dans les ruines du monastère de Constantin Lips, dans la basilique de Topkapi Saray?, dans le martyrion de Sainte-Euphémie et dans les églises du Myrélaion, de Saint-Jean Stoudios, de Saint-Polyeucte et de Saint-Georges dans le quartier des Manganes ; en Bulgarie, dans les monastères de Preslav, de Touzlalak et de Patleina. Les plaques décoratives d'édifices séculiers sont plus rares, certaines ont été retrouvées à Constantinople au Grand Palais, dans le gymnase de Zeuxippe et entre les églises de Sainte-Sophie et Sainte-Irène ; en Bulgarie, dans le Grand Palais de Preslav et dans la demeure d'un fonctionnaire ou d'un seigneur à Selište. Ces plaques en pâte blanche, peintes en polychromie, ont été découvertes sur le sol des pièces, au pied des murs qu'elles recouvraient. Aucune n'a été retrouvée fixée in situ dans la maçonnerie. La forme et la taille de ces carreaux permettent de déterminer leur emploi à l’intérieur des bâtiments. Ils couvrent des colonnes, des pilastres, des corniches, des chapiteaux, des frises,  servent de bordures d’encadrement de portes ou de fenêtres, ou encore de cadres d’icônes. Certains carreaux ornent des iconostases (cloison séparant le sanctuaire de la nef et supportant des icônes), d’autres sont insérés dans des dalles de calcaire comme revêtement de sol, des substituts probable aux mosaïques et aux plaquages de marbre. Ils sont ornés de motifs peints au trait en rouge sombre d’aspect noir après cuisson (une solution d’hématite broyée), rehaussés de glaçures colorées - la palette chromatique varie du vert au bleu-gris et du noir au brun ou au jaune et à l'ocre - et couverts d'une glaçure plombifère incolore. Les sujets sont naturalistes avec des frises d’animaux passant, des canards dans des médaillons, des paons et des rosaces, des décors géométriques ou religieux - archanges, saints en buste, saints et martyrs en pied, Vierge à l'Enfant, Christ trônant. Si certains éléments décoratifs de cette céramique architecturale tels que les rais-de-cœur stylisés et les oves ont des origines antiques caractéristiques de l’art de la Renaissance macédonienne, d’autres comme des palmettes, des fleurons et des plumes de paon témoignent d’une influence orientale, sassanide. L'apparition de ces motifs sur la poterie s’est fait par l'entremise des soies de luxe byzantines dont l'iconographie, aux Xe - XIe siècles, est très marquée par le répertoire iranien contemporain qui prolonge une tradition sassanide.

Ces carreaux sont fabriqués dans les ateliers de Constantinople. Des analyses chimiques de plaques à pâte blanche, trouvées dans la capitale, attestent que l’argile employée provient d'Anarvutköy, un village de la rive européenne du Bosphore. Par ailleurs, un texte de 1192, précisant que  l’église du palais des Botaniates (Xe ou XIe siècle) sur la Corne d’or est cédée aux Génois, indique que des plaques en céramique sont fabriquées à Nicomédie. Mais l'hypothèse reste fragile. En Bulgarie, plus de dix ateliers ont été découverts à Preslav, à proximité des bâtiments à décorer. Leur production a longtemps été associée aux grands travaux entrepris, dans sa capitale, par le roi Siméon (Premier royaume bulgare, 893-972). Mais il semble aujourd’hui que cette datation est erronée. La fabrication de céramique architecturale, identique à celle de Constantinople, semble plutôt être liée à la reconquête de la Bulgarie par Basile II. Ces revêtements de céramique, vraisemblablement réalisés par des potiers itinérants venus de Constantinople, pourraient faire partie du programme d’hellénisation de l’Eglise slave au début du XIe siècle.

V. F.